Le plus vieil ADN du monde séquencé sur un mammouth | 24 heures
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Le plus vieil ADN du monde séquencé sur un mammouth

Les mammouths des steppes (représentés ici sur cette photo) existaient bien avant les fameux mammouth laineux comme on en voit dans le film l'Ère de Glace . Et pourtant, ils étaient eux aussi poilus selon une étude parue dans le magazine Nature le 17 février 2021 réalisée sur trois spécimens retrouvés en Sibérie.
AFP

Les mammouths des steppes (représentés ici sur cette photo) existaient bien avant les fameux mammouth laineux comme on en voit dans le film l'Ère de Glace . Et pourtant, ils étaient eux aussi poilus selon une étude parue dans le magazine Nature le 17 février 2021 réalisée sur trois spécimens retrouvés en Sibérie.

Le plus vieil ADN du monde jamais séquencé, datant de plus d’un million d’années, a été récupéré sur des dents de mammouths enfouies dans le pergélisol en Sibérie, révèle une étude publiée mercredi.

Les analyses menées sur trois spécimens de mammouths apportent un nouvel éclairage sur l’âge de glace, quand les grands mammifères régnaient sur Terre, et l’héritage du mammouth laineux, dont les derniers survivants ont disparu il y a seulement 4000 ans de l’île de Wrangel, au large de la Sibérie. 

Cet ADN récupéré sur les dents de mammouths est «incroyablement ancien», insiste Love Dalen, du Centre de paléogénétique de Stockholm, qui a supervisé l’étude publiée dans la revue Nature.

«Les échantillons sont mille fois plus vieux que des restes de Vikings, et même antérieurs à l’existence des hommes modernes et des Néandertaliens.»

Auparavant, le plus ancien ADN jamais séquencé était celui d’un cheval vieux de 500 000 à 700 000 ans.

Fossiles découverts en Sibérie

Les fossiles ont été découverts dans les années 1970 en Sibérie, dans du pergélisol (du sol gelé en permanence), et conservés à l’Académie russe des sciences, à Moscou.

Les chercheurs ont d’abord réussi à dater les dents (des molaires) en les comparant à d’autres espèces, comme des petits rongeurs, réputés pour avoir été uniques à des périodes particulières, et retrouvées dans les mêmes couches sédimentaires.

Le squelette d'un mammouth laineux dans une exposition au musée national d'histoire naturelle des États-Unis à Washington en juin 2019.

AFP

Le squelette d'un mammouth laineux dans une exposition au musée national d'histoire naturelle des États-Unis à Washington en juin 2019.

Ces premières comparaisons ont suggéré que deux des grands mammifères étaient d’anciens mammouths des steppes. Le plus «jeune» des trois mammouths était en fait le plus ancien mammouth laineux jamais découvert. 

De la poudre dentaire

Mais les chercheurs sont allés plus loin, réussissant à extraire des données génétiques à partir de minuscules échantillons de poudre dentaire, que le professeur de génétique compare à une «pincée de sel».  

Malgré leur état dégradé, les scientifiques sont parvenus à estimer l’âge des mammouths. 

Verdict: le plus vieux mammouth, appelé Krestovka, est encore plus vieux qu’estimé au départ, soit 1,65 million d’années. Le deuxième, Adycha, a 1,34 million d’années. Et le «petit dernier» Chukochya, environ 870 000 ans.

Un ADN normal fait de molécules et de chromosomes.

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Un ADN normal fait de molécules et de chromosomes.

En utilisant le génome d’un éléphant d’Afrique, un cousin moderne du mammouth, les chercheurs ont aussi découvert que le plus âgé, Krestovka, était issu d’une lignée génétique jusqu’ici inconnue, qui aurait divergé des autres espèces il y a environ 2 millions d’années puis colonisé l’Amérique du Nord.

D’autres analyses ont révélé des variations génétiques associées à la vie dans l’Arctique, comme la pilosité, la thermorégulation ou les dépôts de graisse, suggérant que les mammouths étaient poilus bien avant l’apparition de leur congénère laineux.

La fonte du pergélisol de l'île de Wrangel en Sibérie continue de révéler de nombreux fossiles pour les chercheurs.

AFP

La fonte du pergélisol de l'île de Wrangel en Sibérie continue de révéler de nombreux fossiles pour les chercheurs.

Le dégel du pergélisol sibérien, lié au réchauffement climatique, met au jour de plus en plus de fossiles. Une véritable mine qui rend les scientifiques avides d’étudier aussi le passé de plus petits animaux, comme les ancêtres des élans, boeufs musqués, ou lemmings.

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