Atelier New Regime: la marque qui génère du cash sans le support des banques | 24 heures
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Atelier New Regime: la marque qui génère du cash sans le support des banques

Mois de l'histoire des Noirs

Portrait de Kossi Awuye à la boutique Atelier New Regime située dans l'arrondissement Saint-Henri
DOMINICK GRAVEL / AGENCE QMI
Dominick Gravel/Agence QMI

Portrait de Kossi Awuye à la boutique Atelier New Regime située dans l'arrondissement Saint-Henri DOMINICK GRAVEL / AGENCE QMI

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, Porte-Monnaie a rencontré 5 entrepreneurs québécois afro-descendants qui lèvent le voile sur leur histoire, les enjeux et les défis d’un entrepreneur noir en 2021.

Depuis plus de dix ans, les fashionistas en ville ont adopté la marque de mode urbaine Atelier New Regime. Malgré son succès local et international, générant plus de 700 000$ de chiffre d’affaires par année, son président Kossi Awuye et le directeur créatif, son frère Koku Awuye, n’arrivent toujours pas à obtenir le soutien des banques pour assurer l’essor de la compagnie. Essuyant plusieurs refus, Kossi souhaite que le sort des entrepreneurs noirs puisse changer.

Kossi Awuye

  • 33 ans, originaire du Togo, arrivé au Québec en 1998
  • Président Atelier New Regime à Montréal depuis janvier 2020 et investisseur depuis 2011 
  • Formation universitaire en économie et politique à l’Université d’Ottawa
  • Collaboration avec Red Bull, Havana Club et le Musée des Beaux-Arts de Montréal

Koku Awuye

  • 30 ans, originaire du Togo, arrivé au Canada en 1998
  • Directeur Créative et Vice-Président Atelier New Regime depuis 2011
  • Passionné par les arts, la mode et la culture

Quelles sont les embûches que tu as rencontrées en tant qu’entrepreneur noir?

Le financement. Atelier New Regime n’a jamais eu de financement de la banque ou d’institutions financières avant 2019. De 2009 à 2018, la compagnie n’a bénéficié d’aucun dollar d’aucune banque. Et pourtant, depuis ses débuts, la marque génère de 650 000$ à un million par année et présente une croissance d’au moins 40% par année.

On a demandé à notre entourage et ça a été de l’autofinancement. Les amis et la famille ont été les premiers investisseurs. Perso, je suis arrivé comme investisseur avec mes propres économies en 2011.

Les frères Kossi et Koku Awuye à leur boutique Atelier New Régime

Dominick Gravel/Agence QMI

Les frères Kossi et Koku Awuye à leur boutique Atelier New Régime

As-tu un exemple du manque d’appui des banques?

J’ai fait une demande de marge de crédit au téléphone à une banque. Au bout du fil, personne ne savait si j’étais noir, blanc ou jaune. Puis, je suis tombé sur un employé qui connaissait la marque et a assuré qu’il ferait tout pour me donner la marge de 20 000$ et que je devais seulement me présenter en succursale pour signer des papiers. Une fois en personne, le processus a été plus long et je ne sais pour quelle raison. On m’a fait tourner en rond durant deux mois et c’est enfin un banquier noir qui nous a vraiment écouté, qui a débloqué le dossier.

Quelle serait donc la solution pour donner un coup de pouce aux entrepreneurs noirs?

Une des solutions les plus importantes est que les acteurs de l’économie entrepreneuriale comme les banques, les investisseurs ou les fonctionnaires gouvernementaux puissent exercer leur métier sans jugement par rapport à notre couleur ou nos origines. Nous sommes des citoyens à part entière. Nous avons aussi des rêves pour le Québec et le Canada. Je vois que le gouvernement fédéral promet une aide de 221 millions pour des entrepreneurs noirs, en réponse aux manifestations de mai-juin 2020 et des inégalités observées durant la pandémie, mais quelles sont les mesures concrètement?

Atelier New Régime a vu le jour en 2009 et 11 ans plus tard, tu en es devenu le président. Comment as-tu monté les échelons?

Avec les années, les cinq partenaires fondateurs n’ont plus eu la même vision de l’entreprise et ont pris un chemin différent. J’aime parler en parabole parce que je vois l’entreprise comme un mariage. Il faut que les deux parties mettent leur égo de côté, car nous avons un enfant, qui est la compagnie. Nous devons tout faire pour que cet enfant soit doté des meilleurs outils et de la meilleure éducation, même en cas de séparation. 

En 2020, j’ai racheté les parts avec mon petit frère Koku Awuye qui avait rejoint l’entreprise avant moi.

Portrait de Koku Awuye, frère de Kossi à la boutique Atelier New Regime
DOMINICK GRAVEL / AGENCE QMI

Dominick Gravel/Agence QMI

Portrait de Koku Awuye, frère de Kossi à la boutique Atelier New Regime DOMINICK GRAVEL / AGENCE QMI

Quels sont les conseils que tu partagerais à d’autres entrepreneurs noirs dans l’industrie de la mode?

Il faut vraiment bien s’entourer en collaborant avec de véritables professionnels comme les comptables, un avocat et des conseillers financiers. Sur ton chemin, tu vas rencontrer beaucoup de personnes, il faut donc faire attention avec qui on travaille et savoir avec qui traîner. L’entourage peut t’aider, mais aussi te détruire.

Il faut être vigilant, patient et avoir beaucoup de rigueur. Il faut avoir du courage et beaucoup de passion pour ce que l’on fait, même si on ne gagne rien. Il faut donner son 1000% peu importe ce qu’on fait. Il ne faut pas se décourager après six mois, un an ou deux ans, car tôt ou tard, ça va finir par payer!