Billet: «Personnes avec embonpoint et minorités visibles, svp, s’abstenir!» | 24 heures
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Billet: «Personnes avec embonpoint et minorités visibles, svp, s’abstenir!»

Image principale de l'article Personnes avec embonpoint et minorités s’abstenir!
Photomontage Julie Verville

BILLET - Le titre de ce texte fait référence à une annonce pour un logement à louer qui circule tristement partout sur les réseaux sociaux, dans laquelle le propriétaire affirme sans gêne qu'il ne veut pas louer à une mère monoparentale, à une «minorité visible» ou à une personne qui fait de l'embonpoint. Même Guy A. Lepage a «retweeté» la publication en gazouillant: «Arkkk».

Dans l'annonce publiée sur la plateforme Marketplace de Facebook, on peut notamment lire: «Aucune mère monoparentale ne sera accepté».

L’individu qui a publié l'annonce n’a pas ajouté le «e» à l’adjectif «accepté»... Faire des fautes d’orthographe en discriminant, bravo, champion! Mais le débat n’est pas là...

En lisant ces lignes, je me suis dit que cette personne était peut-être un troll qui cachait son identité. Eh bien, on ne dirait pas, non. J’ai cliqué sur son nom et le profil d’un homme blanc, qui semble être dans la quarantaine, est apparu. Il avait des amis Facebook et publiait des photos de voitures de luxe, mais, comme on n’est pas amis (oh, hell nooooo), je n’avais pas accès au reste de son profil. Il semble d'ailleurs avoir été désactivé depuis la controverse.

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J’ai lu et relu et relu les lignes de sa petite annonce, pis j’ai lâché un gros taba**** à voix haute. J’ai eu une pensée pour les mères monoparentales qui élèvent du mieux qu’elles le peuvent leurs enfants. Comme la mienne l'a fait, comme ma très bonne amie et ma cousine le font.

Monsieur Je-ne-veux-pas-de-gros-de-Noirs-ni-de-mères-monoparentales n’est pas le seul

C'est rare que les gens l'affichent aussi fièrement sur les réseaux sociaux, mais ce genre de discrimination arrive plus souvent qu'on le pense.

Il n’y a pas très longtemps, mon amoureux a eu une discussion à ce sujet avec quelqu’un de son entourage. C'est un homme blanc qui possède un immeuble de six appartements. Il lui a avoué qu’il ne voulait pas louer à des mères monoparentales, ni à des hommes, et encore moins à des minorités visibles...

Il paie même, de sa poche, une agence qui ne lui trouve que des femmes blanches célibataires. Selon lui, c’est beaucoup moins de trouble: aucun risque de violence conjugale, aucun risque d’entendre des bébés qui pleurent et presque aucun risque de criminalité, parce que les femmes blanches célibataires sont pour la plupart des anges. (Vous sentez le sarcasme, ici? Okay. Merci.)

Il préfère même laisser un logement vide et assumer une perte de revenus plutôt que de louer à un locataire qui ne répond pas à ses critères.

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Attendez une minute. Il n’y a pas si longtemps, j’étais la Anne-Lovely, femme noire, célibataire, 28 ans. Si j’avais été candidate pour la location d’un de ses appartements, je n’aurais pas passé le test. Pourquoi? Pour ma couleur de peau. C’est fou, non?

J’aurais aimé discuter avec lui, mais il est aussi allergique aux journalistes et je me suis dit: «Tant mieux... Je veux éviter les frictions au prochain party de Noël, parce que je suis incapable de me la fermer!»

Je ne cacherai pas que j’ai eu mal au cœur en lisant cette publication. Une nausée mêlée de tristesse pour les personnes discriminées parce que ce sont des mamans, parce qu’elles ont une couleur de peau différente, parce qu’elles sont munies d’une enveloppe corporelle différente... Et vous oserez me dire qu’il n’y a pas de racisme ici? Il y a non seulement du racisme systémique, mais il y a de la discrimination, big time.

À vous qui dites non aux mères monoparentales

Monsieur-je-ne-veux-pas-de-mères-monoparentales, je ne crois pas que vous compreniez l’ampleur de vos mots.

Vous encouragez d’une certaine manière la ghettoïsation. Lorsque vous dites non à une candidate qui est mère, vous forcez ces femmes à trouver logis dans les quartiers plus défavorisés.

Vous fermez la porte, aussi, au mélange des cultures et des classes sociales, et c’est de là que naissent les préjugés et les propos discriminatoires. Vous encouragez la séparation entre les Blancs privilégiés et les autres.

Dans les avenues et les quartiers plus paisibles et plus aisés, je crois fermement qu’il doit exister toutes sortes de citoyens, qui reflètent la réalité de notre société: l’immigration, les familles, les personnes de la communauté LGBTQ+, les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes éduquées et moins éduquées...

Des mères monoparentales infirmières, ça existe.

Des mères monoparentales entrepreneures, ça existe.

Des mères monoparentales artistes, ça existe.

Des mères monoparentales sur l’aide sociale qui recommencent leur vie, après avoir été victimes de violence conjugale, ça existe aussi.

Et ces mères, elles ont besoin de locateurs humains. Elles ont aussi le droit de vivre dans un appartement propre et sécuritaire où bâtir un avenir pour leurs enfants.

Croyez-en mes mots. Je suis l’exemple vivant d’une enfant qui a vécu toute sa vie en appartement avec ses frères et sœurs, dans un quartier aisé. Un jour, il y a eu ce propriétaire qui a donné les clés à cette mère, qui est la mienne, noire et immigrante, étudiante, travaillant au salaire minimum dans un magasin grande surface et qui n’avait pas un, mais trois enfants à nourrir.

C'est drôle, parce qu’aujourd’hui, grâce à ce locateur qui, jadis, a vu plus loin que sa petite personne, je suis devenue à mon tour propriétaire – ouverte à faire signer un bail à une mère monoparentale.

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