Des locataires montréalais évacués d'urgence disent vivre un calvaire depuis un an | 24 heures
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Des locataires montréalais évacués d'urgence disent vivre un calvaire depuis un an

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Une vingtaine de familles montréalaises rapportent vivre des problèmes à répétition depuis que l'immeuble où ils habitent a changé de propriétaire. La fin de semaine dernière, cerise sur le sundae : ils ont tous ont été évacués d’urgence parce que les travaux effectués dans la bâtisse mettent leur sécurité en péril.

Le bloc de 46 logements situé au 3440 avenue Ridgewood, dans le quartier Côte-des-Neiges, a été acheté en juin 2019 par la compagnie Les Investissements 3655 Ridgewood Ltée, selon l'acte de vente consulté par le 24 heures.

Depuis la vente, plusieurs propositions alléchantes ont été faites aux locataires par les représentants de l'équipe de gestion de l'immeuble, Hillpark Capital, pour les inciter à déménager, selon les informations que nous avons recueillies.

Certains locataires ont accepté de quitter leur appartement, mais une vingtaine de ménages ont refusé de déménager.

«J’ai reçu trois offres différentes, on me promettait quatre mois gratuits plus un montant de plus de 5000$», affirme un locataire, qui nous a raconté son histoire sous le couvert de l'anonymat par peur de représailles. 

«J’en connais qui sont partis pour des montants allant dans les cinq chiffres», déclare un autre.

Ascenseur hors d'usage, travaux envahissants

Ces offres n'ont pas suffi à convaincre tous les locataires de déménager, surtout que plusieurs d'entre eux habitaient dans cet immeuble depuis plusieurs années.

Ils rapportent avoir vraiment eu la vie dure depuis : l'ascenseur aurait été hors d'usage pendant des mois, les corridors auraient servi d'entrepôt à des matériaux de construction, des affiches indiquant la présence d'amiante devant des logements en rénovation auraient été installées et l'entrée principale de l'immeuble condamnée avec le courrier redirigé dans un point de chute à 2,5 kilomètres de chez eux.

La fin de semaine dernière, des inspecteurs du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) ont carrément dû évacuer les résidents parce que l'immeuble présentait des risques d'incendie importants. «Les rénovations sont la cause principale des risques d’incendie», nous a confirmé Patrick Fournel, chef de section du SIM.

Les locataires ont été pris en charge par la Croix-Rouge et résident dans un hôtel le temps de pouvoir réintégrer leurs appartements.

Des «rénovictions»?

Des offres alléchantes, une tentative d'éviction puis la vie dure pour les locataires qui décident de rester : les propos rapportés ressemblent à un cas classique de «rénovictions», mot utilisé pour décrire le phénomène qui survient quand des propriétaires espèrent que des locataires quittent pour pouvoir rénover les logements pour les louer à un prix supérieur.

Nous n'avons pas pu avoir la version des événements de l'équipe de gestion de l'immeuble, qui n'avait pas répondu à nos demandes d'entrevues au moment d'écrire ces lignes.

Des arrondissements prennent action

Avec le faible taux d'inoccupation des logements au Québec, la tâche est difficile pour les locataires qui souhaitent trouver un appartement disponible et abordable où vivre.

Pour éviter des cas de «rénovictions», plusieurs arrondissements montréalais - dont Côte-des-Neiges--Notre-Dame-de-Grâce - se sont dotés de règlements obligeant les propriétaires à faire une demande de permis de rénovation au Tribunal administratif du logement (TAL) avant de distribuer des avis d'éviction.

«Cependant, des propriétaires envoient quand même des avis d’éviction tout en sachant qu’ils n’auront pas le permis de transformation», remarque la conseillère Magda Popeanu.

Les locataires peuvent contester les avis d'éviction devant le TAL s'ils suspectent que c'est le cas.

«Quand tu fais des rénovations, qu’il y a de la poussière, tu t’assures de ne pas encombrer les couloirs, tu t’assures de ne pas mettre en danger la sécurité de tes locataires. Tu prends des mesures pour respecter la santé de tous les locataires», dit par ailleurs Mme Popeanu.

- Avec la collaboration de Guillaume Cyr

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