Q&R: pourquoi acheter des vinyles quand on a accès à des apps de streaming? | 24 heures
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Q&R: pourquoi acheter des vinyles quand on a accès à des apps de streaming?

Image principale de l'article Pourquoi acheter des vinyles?

Le regain de popularité pour les vinyles n'est pas un feu de paille : les ventes ont atteint un sommet durant le temps des Fêtes 2020 aux États-Unis, avec pas moins de 3,2 millions d'albums vendus, un record depuis 1991.

Ce qui pouvait sembler une mode passagère s'inscrit durablement dans les habitudes de consommation de toute une génération, qui a pourtant accès à des plateformes de streaming de musique pour des montants dérisoires. On a parlé à trois collectionneurs de vinyles qui nous expliquent pourquoi c'est un investissement qui vaut la peine selon eux.  

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Sébastien Moffet, 38 ans, Montréal  

Emploi : Conseiller chez SOPROQ, un OBNL qui gère les droits de producteurs 

Nombre de vinyles : 832  

Passionné depuis : Le cégep, mais collectionneur depuis 5 ans 

 

Pourquoi as-tu commencé à collectionner des vinyles? 

«Le format est plus intéressant qu’un CD - la pochette en plastique, ça manque un peu de prestige. J’ai plus d’intérêt pour les vinyles parce qu’il y a un effort de fait au niveau de la musique. De la pochette et du pressage, qui est très important pour l’écoute. C’est comme une genre de chasse au bon pressing. C’est une affaire de collectionneur.»  

Pourquoi encore écouter des vinyles aujourd’hui, alors qu’on a la possibilité d’avoir une banque de données musicales presque infinie sur des applications de musique en continu? 

«Pour moi, écouter un vinyle, c’est un peu comme aller à la messe. Je vais m’assoir, je vais écouter la musique et je ne serai pas en train de faire quelque chose d’autre.   

C’est de rendre hommage au travail des artisans de prendre le temps d’ingérer l’œuvre, de lire et écouter les paroles. De nos jours, on entend seulement les gros extraits des albums sur les playlists. Je trouve important d’avoir un portrait global de l’album. Lorsqu’on va dans une galerie d’art, on ne regarde pas seulement les deux premiers tableaux.»   

C'est quoi la différence pour la qualité du son? 

«Il faut vraiment avoir le bon système de son, la bonne table tournante, le bon ampli. Il y a beaucoup de paramètres pour que l’écoute de ton vinyle soit vraiment optimale. Mais au final, oui, il y une chaleur que tu ne trouves pas sur une plateforme de streaming. J’écoutais avec une amie (lorsqu’on pouvait recevoir des amis) le vinyle de Lemonade, de Beyoncé, et on s’est rendu compte qu’il y avait un instrument qu’on n’avait jamais entendu. Et c’est un album qu’on avait écouté en masse!» 

 

Nicholas Lamort, 29 ans, Drummondville  

 Emploi : Technicien en audiovisuel au Cégep de Drummondville

Nombre de vinyles : 300 

Passionné depuis : 5 ans 

 

Pourquoi as-tu commencé à collectionner des vinyles? 

«J'ai commencé ma collection lorsque j'ai hérité des quelques disques de mes parents. À ce moment-là, je n'avais pas conscience de ce que représentaient les vinyles et c'est lorsque j'en ai écouté pour la première fois que j'ai compris comment cela pouvait être envoûtant. Mon désir de recherche d'une qualité sonore m'a amené à augmenter ma collection et mon équipement pour apprécier la musique d'une manière plus personnelle. C'est véritablement mon père qui m'a transmis la passion de la musique, il écoutait toujours du Pink Floyd, Led Zeppelin ou les Beatles quand je rentrais de l'école primaire le soir!» 

Pourquoi encore écouter des vinyles aujourd’hui alors qu’on a la possibilité d’avoir une banque de données musicales presque infinie sur des applications de musique en continu? 

«Écouter des vinyles, c'est un rituel. On ne peut pas écouter de vinyle sur la route ou au travail, seulement chez soi. Ce plaisir reste intime et réconfortant de choisir sa musique en touchant le disque pour l'entendre et ressentir les vibrations. Le geste de peser sur "play" et laisser une liste de lecture s'occuper de la tâche rend le moment moins unique, si j'ose dire. [Le streaming], c’est agréable comme service, mais ça ne remplace pas pour moi le geste tangible. Le vinyle, c’est de courte durée. [...] C’est aussi une manière d’encourager directement les artistes.» 

C'est quoi la différence pour la qualité du son? 

«Il y a une différence d'avec l'écoute en continu. Ça varie même sur les plateformes : j'en ai essayé plusieurs et je me suis arrêté sur celle d'Amazon, car elle offre un forfait de musique haute définition. La qualité est comparable au CD, il n'y a donc pas de perte ou de compression pour sauver de l'espace sur les serveurs. Spotify compresse la musique pour réduire la taille en mémoire, au détriment de la qualité sonore. Cependant, il faut avoir des bonnes oreilles ou un bon système de son pour entendre la différence.» 

Daniel J. Hadley, 57 ans, Montréal  

Emploi : Propriétaire du magasin de vinyles usagés La fin du vinyle, à Montréal 

Nombre de vinyles : Sa collection s'est déjà élevée à plus de 100 000 albums - ou un million de chanson, comme il aime bien le dire 

Passionné depuis : Il travaille dans le domaine depuis environ 40 ans et remarque que les jeunes constituent une bonne partie de sa clientèle 

 

Pourquoi as-tu commencé à collectionner des vinyles? 

«J’ai commencé à collectionner des vinyles avant de commencer l’école... J’avais déjà une collection de 45 tours que j’avais héritée de ma sœur. J’aimais beaucoup la musique et le son du vinyle est préférable que celui d’autres formats.» 

Pourquoi encore écouter des vinyles aujourd’hui alors qu’on a la possibilité d’avoir une banque de données musicales presque infinie sur des applications de musique en continu? 

«Il y a une question des limites que ça impose. Exemple : il y avait des chansons sur un album que j’avais ignorées sur Tidal (une plateforme d'écoute musicale), car je les skippais sans m’en rendre compte.   

Le vinyle ça force à une écoute passive et engagée parce qu’on sait que ce n’est pas les algorithmes qui choisissent, mais l’artiste.»  

Penses-tu que le vinyle va continuer à progresser dans les prochaines années? 

«Il y a une demande grimpante qui va continuer, c’est certain. Dans le disque usagé, tout ce qui est bon et qui arrive en magasin part en une journée. Au début du Record Store Day (une journée qui se tient une fois par année depuis 2008 pour encourager la vente de vinyles chez des disquaires indépendants), les artistes voulaient de l’attention avec le vinyle; ils essaient maintenant de faire de l’argent.» 

 C'est quoi la différence pour la qualité du son? 

«Les vinyles contiennent de l’information supplémentaire et c’est souvent cet ajout qui est important et ajoute à l’expérience, si on a le bon équipement pour l’écouter. La pochette aussi accompagne la musique et les gens vont aussi beaucoup chercher un album pour la pochette. C’est une autre manière que les artistes utilisent pour parler aux gens.» 

 

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