[EN IMAGES] On a suivi un nettoyeur de graffitis qui ne manque pas de travail cette année | 24 heures
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[EN IMAGES] On a suivi un nettoyeur de graffitis qui ne manque pas de travail cette année

Image principale de l'article On a suivi un nettoyeur de graffitis

Les nettoyeurs de graffitis passent beaucoup de temps à effacer des messages de désinformation et de revendications sociales depuis un an. Pour mieux comprendre ce qui se passe et à quoi ressemble leur travail, on a accompagné l’un d’entre eux dans les rues de Montréal. 

«Fuck la COVID», «Les médias nous mentent» et «On va tous mourir» sont quelques exemples de messages récurrents que Vincent Passineau et ses collègues de chez Solutions-Graffiti s’empressent d’enlever des murs de la métropole depuis mars 2020. 

Ils remarquent que leurs services sont plus demandés que d’habitude, peut-être parce qu'avec la pandémie, plusieurs personnes se retrouvent chez elles en n'ayant pas grand-chose à faire.  

Il faut dire aussi que l’année 2020 a été forte en revendications sociales, par exemple avec les mouvements Black Lives Matter et #MeToo, ce qui s’est reflété dans les sujets abordés dans les graffitis. Étienne Morin, le propriétaire de la compagnie Solutions-Graffiti, confirme une augmentation des messages en lien avec le définancement de la police, BLM ou encore la grève des loyers.   

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Il a aussi indiqué que le nom de la chanteuse Safia Nolin a été écrit sur plusieurs murs de la métropole, faisant probablement référence à l’intimidation dont celle-ci a été victime. 

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À enlever rapidement 

En plus de graffitis qui incitent la population à ne pas respecter les mesures sanitaires, il y a d’autres messages qu’il faut aller effacer rapidement, par exemple quand ils ciblent des personnes en particulier. «Il y avait même des insultes envers des vedettes», nous lance Vincent au début de son quart de travail, en préparant son équipement dans son camion. 

Lorsqu’on a accompagné Vincent dans sa journée de travail, les messages haineux ne figuraient pas sur son plan de match du jour de graffitis à retirer, mais on a quand même pu avoir un aperçu permettant de comprendre comment il s’y prend pour enlever les tags.

Une vingtaine de minutes par graffiti 

Le premier arrêt de la journée est sur l’avenue du Mont-Royal. Une signature géante orne la vitrine d’un magasin en rénovation.   

Vincent prépare son arrosoir, une longue tige qui lance un jet à forte pression et qui fait presque autant de bruit qu’un F18 qui déchire le ciel. Une solution mélangée dans l’eau permet d’enlever la peinture sans abîmer les surfaces en dessous.   

Enlever un graffiti lui prend environ une vingtaine de minutes. Dans une journée, il peut effacer plus d’une dizaine d'entre eux, tout dépendamment de la grosseur de la job. «Hier, j’ai fait un graffiti qui fait un mur complet», nous lance-t-il. 

Des surfaces plus fragiles que d’autres 

On se dirige ensuite vers un autre tag qui a été exécuté sur de la brique. Est-ce qu’il y a une différence de travail quand on passe d’une surface à l’autre?  

«Oui, le plus difficile, c’est la vieille brique. Parfois, la pierre qui a 50 ou 100 ans s’effrite facilement, et il faut bien faire attention», explique Vincent. Il a donc d'autres outils que son jet à pression pour travailler.

 

Les couleurs pastel sont plus difficiles à enlever sur les surfaces, rapporte-t-il.  

Certaines inscriptions sont vraiment difficiles à enlever à cause de l’endroit où elles ont été faites. Pendant la journée de travail, Vincent nous a pointé un graffiti bien visible sur un toit. Il n’est pas là parce que personne ne l’a remarqué, mais parce que ce serait tout un contrat d'aller l’ôter. 

«[Les graffiteurs] montent sur des toits avec des échafaudages pour la construction, mais quand c’est enlevé, ça devient difficile pour nous d’y accéder», explique Vincent.   

Le technicien anti-graffitis rapporte même que certains toits du centre-ville sont recouverts de graffitis, mais qu'ils sont non visibles du sol. Des graffiteurs y auraient même installé leur «garde-robe» en y laissant leur matériel pour peinturer. 

Si ça pouvait être beau, au moins! 

On termine la tournée devant une pharmacie Jean Coutu de l'avenue du Parc. Sur sa devanture, pas moins de cinq graffitis à enlever.  

«On appelle celui-là un masterpiece, c’est un graffiti qui est rempli de l’intérieur», nous explique Vincent en désignant l'un d’entre eux.    

Pendant qu’il s'applique à l'enlever, une passante l'interpelle: «Si ça pouvait être beau, au moins!» 

Ça arrive souvent de te faire sonder pendant ton travail, Vincent? Il acquiesce: «Des passants vont penser même que je suis en train de faire un graffiti!» dit-il en riant. 

Pour lui, le plus triste, c’est d’enlever des graffitis sur des murales – des «œuvres d’art», précise-t-il –, car il se peut qu’il abîme la peinture de la murale en arrière pendant qu'il essaie d'enlever le graffiti.  

Alors qu’on le quitte, Vincent examine son travail. Il est bien content du résultat final, et se prépare à partir sur son prochain appel: un Pizza Hut abandonné et recouvert de graffitis. Une corvée qui devrait lui prendre une bonne partie de son après-midi.  

Faire des graffitis, ça peut coûter cher  

Attention: bien que plusieurs s’adonnent aux graffitis à Montréal, il est interdit de peindre sur les murs sans autorisation.        

  • Un graffiteur peut être conduit devant les tribunaux et obtenir une peine d'emprisonnement ou une amende allant de 350$ à 2000$.        
  • Il peut avoir un casier judiciaire.           

Le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas répondu au 24 heures lorsque nous lui avons demandé s'il avait noté une hausse d’infractions en lien avec des graffitis au cours des dernières années. 

L’arrondissement de Ville-Marie (centre-ville) a souligné pour sa part avoir remarqué une légère augmentation du nombre de graffitis en 2020 comparativement à 2019.  

«Puisque cette faible variation est constatée depuis plusieurs années déjà, il n'est donc pas possible de faire un lien avec le contexte de la pandémie», a soutenu la relationniste Mélanie Gagné.  

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