Facebook s'entend avec l'Australie: à quoi faut-il s'attendre au Canada? | 24 heures
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Facebook s'entend avec l'Australie: à quoi faut-il s'attendre au Canada?

Image principale de l'article Facebook recule, Ottawa imitera-t-il l'Australie?
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  • Facebook renonce à bloquer les contenus d'information (articles, vidéos d'actualité, etc.) en Australie.  
  • Le géant du web s'est entendu à la dernière minute avec le gouvernement australien.   
  • L'Australie va obliger Facebook et Google à payer les médias pour leurs contenus.    

Facebook renonce à bloquer les contenus d’actualité en Australie après un accord de dernière minute avec le gouvernement au sujet de la loi qui vise à obliger les géants du web (Facebook, Google, etc.) à rémunérer les médias pour leurs contenus. 

Le compromis annoncé par le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, signifie que Facebook et Google ne seront pas sanctionnés s’ils concluent certains accords avec des médias locaux pour payer les informations. Un délai de deux mois leur a été octroyé pour négocier ces arrangements et éviter un arbitrage contraignant.

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Ainsi, les médias australiens percevront des millions de dollars de Google et de Facebook.

Quelques heures après l’annonce du compromis, Facebook a révélé un premier projet d’accord, avec le puissant groupe australien de médias Seven West Media. 

Un compromis «raisonnable»

La semaine dernière, Facebook avait bloqué en Australie la publication de liens d’informations provenant de médias locaux ou internationaux en riposte au projet de loi. Plusieurs pages Facebook officielles de services de secours avaient été involontairement affectées.

Google, qui avait un temps menacé de suspendre son moteur de recherche en Australie, avait accepté la semaine dernière de verser des «sommes significatives» en contrepartie des contenus de groupes de presse australiens, dont News Corporation de Rupert Murdoch et Nine Entertainment, les deux principaux.

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook

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Mark Zuckerberg, PDG de Facebook

Dès le départ, les géants du web s’étaient opposés à cette loi destinée à réguler les relations entre des médias traditionnels en grandes difficultés financières et les mastodontes qui dominent internet et captent une part importante des revenus publicitaires.

Ils redoutaient notamment un précédent qui menacerait leur modèle économique. Ils étaient également opposés à ce que ces négociations avec les médias soient obligatoires et que faute d’accord, un arbitre indépendant australien tranche.

Des revenus de 210 M$ en 2020   

Pour Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM, Facebook avait tout intérêt à continuer de permettre le partage de contenus d’information sur ses plateformes. Pourquoi? Parce que ces contenus rapportent chaque année beaucoup d'argent au réseau social. 

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«C’est à eux de reconnaître – Google, en partie, mais surtout Facebook – que l’information, c’est une des choses qui attirent les gens sur leurs plateformes et que l’information leur amène des revenus, insiste-t-il. 

Le spécialiste estime que l'information a permis à Facebook d'engendrer des revenus de 210 M$ en 2020. 

Le Canada devrait-il imiter l'Australie?       

Jean-Hugues Roy croit que le Canada aurait tout intérêt à suivre les traces de l'Australie et à forcer les géants du web à financer les médias d’information. 

Le premier ministre Justin Trudeau a appuyé mardi son homologue australien dans son bras de fer contre Facebook. Il a indiqué vouloir continuer de travailler avec l'Australie pour «s’assurer que les revenus des géants du web sont partagés plus équitablement avec les créateurs et les médias».

Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, travaille quant à lui sur un projet de loi similaire à celui que souhaite adopter le gouvernement australien. 

Et ce projet de loi, est-ce qu’on l’adopte au Canada même si Facebook menace de bannir les contenus d’information de ses plateformes ici?

«Oui, je pense que oui, répond Jean-Hugues Roy. Ce serait triste, c’est Facebook pour moi qui va être perdant. Et à court terme, le public va peut-être perdre ses repères, mais l’information trouve toujours son chemin.» 

La liberté du web menacée?      

Si certaines critiques s'inquiètent de voir la liberté du web freinée par le projet de loi australien, les avantages de l'adoption d'une telle loi dépassent largement les inconvénients, croit M. Roy. 

«Il y a plusieurs personnes qui critiquent l’approche australienne en disant qu’elle va à l’encontre des valeurs fondamentales du web, le fait qu’il faut que ça reste libre, le fait que ça reste ouvert», explique le professeur. 

«Mais il y a d’autres valeurs en même temps, celles de l’information, du droit du public à l’information, et pour moi, c’est supérieur aux valeurs du web, poursuit-il. Je pense que la loi australienne, sa finalité, c’est de favoriser la poursuite de l’information, du financement de l’information. Et ici, le bénéfice est plus grand à long terme pour le public.»

- Avec l'Agence QMI

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