Billet: conversation avec une future bachelière qui pose les seins à l’air | 24 heures
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Billet: conversation avec une future bachelière qui pose les seins à l’air

Image principale de l'article Une future bachelière les seins à l’air
Photomontage Marilyne Houde

BILLET - Cette semaine, en scrollant sur Instagram, je suis tombée sur la photo d’une jolie fille avec les «tétés» à l’air, vêtue de sa toge et de son chapeau de graduation, tenant fièrement son diplôme de l’UQAM. Ma première réaction: «Bravo championne, t’as montré tes seins, t’as vraiment de quoi être fière. #NOT.»

J’étais dans le jugement. Surtout lorsque le boyfriend a jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule et a lancé un «daaammmnnn» bien senti. 

Je me suis alors posé plusieurs questions (toujours dans le gros jugement). 

D’abord, est-ce une véritable photo de remise de diplôme universitaire? Si oui, ça donne quoi de te les montrer comme ça? 

As-tu tant besoin d’attention? Pauvres parents! Crois-tu vraiment que tes futurs employeurs te prendront au sérieux? Et comment as-tu osé faire une telle demande à un photographe engagé par l’université, un établissement sérieux? J’imaginais la face du petit monsieur... J’espère qu’il est allé s’acheter un billet de 6/49.

Et là, je suis allée fouiller plus loin. J’ai cliqué sur son profil Instagram, @IamHely, 50 000 abonnés, et sur sa fameuse photo, qui a obtenu plus de 10 000 mentions j’aime. J’ai cliqué sur le bouton «écrire» et je lui ai envoyé un message. @IamHely – Hélène Boudreau, de son vrai nom – a accepté de m'accorder une entrevue.

Une photo qui choque

D’emblée, Hélène, 29 ans, me dit: «C’est ma vraie photo de graduation. C’est une shot parmi d’autres. Je l’ai demandée au gentil photographe, qui a accepté. Je suis une artiste et je vais intégrer cette photo dans mon projet final. Les artistes ont toujours des idées spéciales, et je trouvais que j’ai eu un bon flash.»

Elle n’a pas eu tort. Tout un flash.

Celle qui va bientôt obtenir son diplôme en arts visuels et médiatiques me confie qu’elle n’a jamais aimé l’école et que de terminer ses études universitaires la rendait fière. Elle a financé son bac en bonne partie grâce à OnlyFans, où elle monétise des photos sexy d'elle. On avait même déjà parlé d'elle dans le 24 Heures!

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En montrant ses seins lors de cette prise de photos de remise de diplôme, elle voulait envoyer le message que les femmes qui exposent leurs courbes voluptueuses et qui les assument peuvent être tout aussi ambitieuses et intelligentes que les autres.

«Je suis à l’école et j’ai une carrière. Je reçois des messages de gars qui sont frustrés de voir une belle fille qui s’assume à 100% et qui réussit dans la vie. Ma photo, je trouve ça powerful et je me dis que j’ai gagné dans tout», lance la Montréalaise, qui est aussi tatoueuse.

Elle m'a eue

Là, elle m’a eue: mes préjugés ont commencé à se dissiper. J’ai pensé à toutes les fois où j’ai publié une photo de moi en bikini sur mes réseaux sociaux et où j’ai dû me justifier auprès de mon entourage. On me disait que je minais ma crédibilité de journaliste. 

Imaginez donc Hélène. Elle a reçu une tonne de bêtises. Because, comme on dit: toute dans les seins et rien dans tête...

«La moitié des gens m’ont écrit pour me dire à quel point je suis conne et pas intelligente. J’ai eu beaucoup de hate du genre: "Tu fais honte à l’UQAM et aux étudiants qui ont travaillé fort. Ça n’a pas sa place dans une institution comme ça ni sur les réseaux sociaux"», raconte-t-elle.

Penser qu'une jeune femme aux gros seins est stupide, et qu'elle a le quotient intellectuel d'un poisson rouge si elle les montre, c'est heavy comme jugement, non?

J’estime pourtant avoir conversé avec une fille très brillante. 

J’estime aussi que l’influenceuse québécoise Élisabeth Rioux, qui cumule 1,7 million d’abonnés sur Instagram et qui pose souvent à moitié nue en bikini, est très douée dans le domaine des affaires. Sa ligne de maillots Hoaka Swimwear cartonne partout dans le monde. 

J’estime aussi que la légendaire Dolly Parton, chanteuse country internationale qui a toujours mis ses lolos énormes bien en évidence, est une femme avant-gardiste et dotée d’une carrière exceptionnelle. 

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Et le féminisme dans tout ça?

Pour revenir à Hélène: la future bachelière est non seulement une tatoueuse, elle possède aussi un compte OnlyFans qui lui permet de gagner sa vie, en faisant jusqu’à 20 000$ par mois (!).

«J’ai commencé mon compte il y a un an et demi. Je gagne ma vie à faire des photos sexy, durant mes études. J’ai les atouts; pourquoi ne devrais-je pas les utiliser?» soulève-t-elle.

So, en considérant la photographie de graduation avec les boules à l’air et les photos sexy et nue comme job étudiante, Hélène se considère-t-elle féministe?

«Je suis une féministe assumée. Il y a des féministes qui vont dire que je suis une femme-objet, mais c’est encore une fois une question de perception», croit-elle.

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«OnlyFans, est-ce que vous savez à quel point c’est un game changer pour les travailleuses du sexe? La prostitution est ownée par les hommes qui prennent toujours une cote. Là, sur OnlyFans, les femmes sont en plein contrôle de leur contenu... et des hommes. Elles sont en sécurité chez elles, en plus», souligne la créatrice de contenu, qui refuse de nombreuses demandes de rencontres avec ses abonnés, même pour beaucoup plus d’argent.

Sur ce point, elle n’a pas tort. Évidemment, le travail du sexe peut avoir plusieurs aspects négatifs, et c'est loin d'être pour tout le monde. 

Mais il existe, et là, internet change le terrain de jeu des pimps. Pis savez-vous quoi? C’est tant mieux.