Investir en bourse, un «jeu» où la prudence est de mise | 24 heures
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Investir en bourse, un «jeu» où la prudence est de mise

L’investissement en ligne à la Bourse a explosé chez les jeunes Québécois depuis le début de la pandémie. Vous souhaitez vous y mettre aussi? Le message des experts est clair : soyez prudents, investir n’est pas un jeu.  

Depuis plusieurs mois, de petits investisseurs sans expérience – aussi appelés boursicoteurs – cherchent l’occasion de faire de l’argent rapidement sur les plateformes qui permettent d’acheter et vendre des actions. Sur les réseaux sociaux, ils échangent sur leurs expériences, se motivent entre eux afin de dénicher des occasions en or. 

Amplifié par la pandémie, le phénomène ne passe pas inaperçu. Chez Desjardins, les inscriptions à la plateforme de courtage en ligne ont augmenté de 150% en 2020 et 38,4% d’entre elles sont des jeunes de 18 à 30 ans. 

Les autres grandes institutions financières du pays et les applications qui permettent d’investir facilement, comme Wealthsimple Trade, ont-elles aussi constaté des hausses similaires. Une tendance réelle qui risque de s’essouffler, selon le professeur au département de finance de l’UQAM Xiaozhou Zhou. 

«En ce moment les gens ont du temps, de l’argent et investissent par divertissement, comme au casino. Ils espèrent faire des gains parce qu’ils ont vu quelqu’un faire beaucoup d’argent rapidement. Ça peut fonctionner des fois, mais on est perdant à long terme», illustre-t-il. 

Pourquoi? Parce qu’investir en bourse demande une analyse du marché à long terme pour être profitable, selon lui. Ce n’est pas seulement une affaire d’intuition comme pourrait le laisser croire l’épisode GameStop. 

Rappelons que la mobilisation des jeunes sur les réseaux sociaux a fait grimper le prix des titres de l’entreprise de jeux vidéo avec pour effet de faire perdre des millions de dollars aux firmes d’investissements qui elles, misaient sur le recul de ces mêmes entreprises pour empocher le gros lot. Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle une liquidation forcée des positions courtes, ou «short squeeze» en anglais. 

Une tendance éphémère? 

Le contexte particulier de la pandémie donne plus de temps et d’argent pour investir, mais le retour à la normale freinera l’ardeur des jeunes investisseurs individuels selon le professeur Zhou. 

«Ces investisseurs veulent investir, mais ne veulent pas gérer leur portefeuille. Ils n’ont pas les reins assez solide et vont finir par tout perdre ou par abandonner», explique-t-il. 

Il rappelle que généralement, seulement 30% des comptes ouverts par des investisseurs individuels sont toujours actifs après un an. 

Aussi, il ne faut pas oublier que les institutions financières peuvent intervenir lorsqu’ils perçoivent une tendance qu’elles jugent dangereuse pour le portefeuille de leur client. Pendant l’affaire GameStop par exemple, plusieurs grandes institutions avaient empêché l’achat de l’action de la compagnie de jeu vidéo. Ces interventions pourraient être plus fréquentes si ces événements se multiplient à l’avenir.   

Le phénomène sous la loupe  

Les autorités financières comme l’Autorité des marchés financière (AMF) ou encore l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM), s’inquiètent aussi du phénomène et redoublent d’efforts pour mettre en garde la population contre les dangers d’investir par soi-même.  

Vous désirez acheter des actions d’une compagnie qui vous tient à cœur pour les encourager? Mettez un montant d’argent que vous pouvez perdre. Si vous désirez faire de l’argent, soyez prudents et patients.  

«Choisissez des actions stables qui suivent le cours de l’économie et qui pourraient vous rapporter légèrement à long terme et faites-vous conseiller par un professionnel», conclut Xiaozhou Zhou.