Discrimination raciale : les médias se réveillent, il était temps | 24 heures
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Discrimination raciale : les médias se réveillent, il était temps

Image principale de l'article Racisme : enfin, les médias se réveillent

BILLET - Chaque matin, avant d’écrire, j’épluche les nouvelles. On appelle ça la routine de revue de presse. C’est la lecture des grands titres qui font la Une ici et dans le monde. Et depuis le début de l’année, je suis frappée par deux choses : le réveil des médias sur les discriminations raciales et le fait qu’il y en a beaucoup à rapporter, tous les jours.

Voici les grandes nouvelles entourant le racisme qui ont suscité l’émoi et l’indignation dans les médias québécois au cours des dernières semaines :

Janvier :  

  • L’avocat Kwado D. Yeboah annonce qu'il va porter plainte contre le SPVM pour profilage racial lors d'une interpellation. J’espère vraiment qu’il continue ses démarches de poursuites contre la police.  

Février :  

  • L’arrestation et la détention de Mamadi Camara, accusé d'avoir tiré sur un policier alors que ce n'était pas le cas. Bonjour profilage racial. J’ai eu beaucoup de compassion pour cet homme jugé pour sa couleur de peau et non son caractère ou ses gestes.  

Photo Pierre-Paul Poulin

 

  • Le ministre Benoit Charrette (blanc, blanc, blanc) nommé responsable de la lutte contre le racisme au Québec. Je n’en reviens toujours pas... Oh, et en passant, il ne veut pas reconnaître l’existence du racisme systémique, ce qui divise aussi l’opinion publique.  

Mars :  

  • L’affaire de Jocelyne Ottawa, une Attikamek, qui dit avoir été victime de racisme au CLSC de Joliette. Une infirmière lui aurait demandé si on l'appelait Joyce dans sa communauté, ce qui semblait faire référence à une autre femme autochtone décédée à l’hôpital de cette même ville, après qu'elle se soit filmée en train de se faire injurier par des membres du personnel.  
  • Le CISSS des Laurentides se lance dans l'embauche de préposées aux bénéficiaires, mais ces postes sont «pour femmes blanches seulement». Lorsque j’ai lu cette histoire, je n’étais pas surprise. Il y a tellement de clients âgés dans les centres d’hébergement qui refusent de recevoir des soins prodigués par une personne racisée. Je devrais faire un billet là-dessus.  

Photo AFP

 

  • What about la duchesse de Sussex et le prince Harry! L'entrevue qu'ils ont donnée à l’unique Oprah a fait tellement couler d’encre partout dans le monde. L’animatrice a posé des «questions qui tuent» au couple, qui a évoqué la crainte d’un membre de la famille royale quant à la couleur de peau qu'aurait le petit Archie étant donné que sa mère est métisse. No black royalty, please
  • À Atlanta, la semaine dernière, un gars fou, «fervent chrétien», a assassiné huit personnes dont six femmes d’origine asiatique dans des salons de massage.  

Les Asiatiques en ont marre, eux aussi... 

Justement, la communauté asiatique elle aussi en a marre du racisme. Le début de la pandémie COVID-19 a laissé entrer un autre virus : le racisme envers les groupes ethniques provenant de la Chine, de la Thaïlande, du Japon, des Philippines, de la Corée...

Chez nos voisins du Sud, dans les médias, l’ex-président Donald Trump faisait toujours allusion au «virus chinois» pour parler de la COVID-19. Qu’il l’ait voulu ou non, Trump semble avoir encouragé des actes racistes anti-asiatiques.

Il y en a aussi chez nous : le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a rapporté à La Presse que depuis le début de la pandémie, les actes racistes et les crimes haineux envers les Asiatiques ont quintuplé. Des centaines de personnes se sont d'ailleurs réunies à Montréal pour dénoncer la situation dimanche. 

• À lire aussi: [PHOTOS] Des centaines de personnes à la manifestation contre le racisme anti-Asiatiques

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Y’en a marre. Tout partout sur les réseaux sociaux, on pouvait lire : «Stop the asian hate». Moi, je dis : «Arrêtez l’ignorance des Blancs».

Réveil des médias, mais... 

En mes 9 ans de carrière comme journaliste, je n’avais jamais lu autant de titres entourant le racisme et la discrimination raciale. Le truc, c’est que ces histoires existent depuis belle lurette au Québec.

C’est juste que les chroniqueurs blancs baby-boomers ne s’y intéressaient pas, ou du moins, on a attendu la mort sur vidéo de George Floyd asphyxié sous le genou d’un policier pour enfin y accorder de l’importance.

J’assiste finalement, de mon vécu, à un réveil collectif des médias. D’une part, je m’en réjouis. Il était vachement temps de rapporter l’impensable et de se préoccuper de cet enjeu de société vraiment, mais vraiment essentiel.

Il était aussi temps que des voix multiples s’unissent et s’élèvent pour dénoncer, pour crier à l’injustice, pour mettre sous la loupe les discriminations raciales et le racisme sur toutes ses formes.

D’une autre part, j’ai le cafard parce que chaque jour, je guette la prochaine personne victime de profilage racial, de refus à l’accès au logement ou à l’emploi, de traitement inéquitable dans le système de santé, de l’utilisation du mot en N, de violences racistes... The struggle is real.

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J’attends aussi que toutes les communautés culturelles soient justement représentées dans les médias.

Me semble que ce n’est pas trop demander d’interviewer à la télé un représentant de l’AQPNL (Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador) pour parler de racisme envers les nations autochtones!

Me semble que ce n’est pas trop demander non plus de demander à Will Prosper ou Fabrice Vil d’écrire un billet ou de s’exprimer à la radio parmi d’autres chroniqueurs blancs pour soulever la question du racisme systémique au Québec!

Me semble que ça serait le fun d’entendre un Asiatique à la télé pour parler de leur réalité au Québec et du racisme qu’ils subissent tous les jours... Pas juste en temps de pandémie.

Je reste tout de même positive guys. La preuve? Vous venez de lire ce billet écrit par une femme noire qui vit au Québec.

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