Une gazière demande près d’un milliard de dollars d’aide au fédéral pour faire passer du gaz en sol québécois | 24 heures
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Une gazière demande près d’un milliard de dollars d’aide au fédéral pour faire passer du gaz en sol québécois

Une gazière veut faire passer 800 millions de pieds cubes de gaz par jour à travers Montréal pour l'exporter vers l'Allemagne, et demande près d’un milliard de dollars d’aide à Ottawa pour y arriver.

​La compagnie albertaine Pieridae veut construire un port et un complexe de liquéfaction du gaz naturel à Goldboro, près de Halifax, pour alimenter l’entreprise énergétique allemande Uniper Global Commodities.

Les deux entités ont signé une entente d’approvisionnement pour une période de vingt ans prévoyant que les livraisons débuteraient à la fin 2025.

Avant d’arriver sur la côte Atlantique, le gaz serait extrait en Alberta et transiterait par des gazoducs existants à travers tout le pays, y compris par celui qui alimente le réseau de Gaz Métro au Québec, Gazoduc Trans Québec & Maritimes.

Toutefois, «l’actuel gazoduc est utilisé au maximum de sa capacité, donc ça implique la construction d’un nouveau gazoduc», souligne le président de la Fondation Coule pas chez nous, l’écologiste Pascal Bergeron.

Pieridae veut en effet faire transiter 800 millions de pieds cubes de gaz par jour dans un tuyau qui a la capacité d’en transporter 315 millions de pieds cubes, d’après les données de la Régie de l’énergie du Canada.

Énergie de transition

«On verrait le Québec devenir une voie de passage pour du gaz extrême, du gaz similaire au schiste, contre lequel les Québécois se sont mobilisés massivement», gronde Patrick Bonin, de Greenpeace Québec.

L’entreprise explique sur son site pouvoir être carboneutre d’ici 2050 en s’appuyant notamment sur une technologie de capture du carbone qui permettra de limiter les émissions à la source.

Ottawa a par ailleurs signé il y a quelques jours une entente énergétique verte avec l’Allemagne qui présente le gaz liquéfié comme une énergie de transition vers l’hydrogène.  

La compagnie Pieridae veut utiliser le gazoduc Trans Québec & Maritimes (TQM) qui couvre 572 km et compte 31 points de livraison au Québec. Il est raccordé au Portland Gas Transmission System qui alimente l’Est des États-Unis et les Maritimes.

Source: gazoductqm.com

La compagnie Pieridae veut utiliser le gazoduc Trans Québec & Maritimes (TQM) qui couvre 572 km et compte 31 points de livraison au Québec. Il est raccordé au Portland Gas Transmission System qui alimente l’Est des États-Unis et les Maritimes.

Financement public

Pour lancer son chantier cet été comme prévu, Pieridae requiert «un financement, une contribution remboursable ou une garantie de prêt de 925 M$» du gouvernement fédéral, peut-on lire dans une présentation préparée par l’entreprise datée du 16 décembre.

Cette présentation obtenue par Le Journal qualifie le projet Goldboro de «priorité» pour la relance post-COVID et souligne que l’appui du gouvernement est «critique».

Pieridae a d’ores et déjà obtenu une «garantie de prêt non contraignante» de 4,5 G$ US de la part du gouvernement allemand, indique sur LinkedIn le porte-parole de l’entreprise, James Millar, qui n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Journal.

M. Bonin estime que mettre des deniers publics dans cette aventure «serait encore une subvention directe à une compagnie d’énergie fossile qui irait à l’encontre de toutes les prétentions de relance verte du gouvernement Trudeau».

Fracturation hydraulique

L’écologiste souligne que la majorité du gaz qui serait exporté de Goldboro est extrait par fracturation hydraulique.

Cette méthode non conventionnelle d’exploitation des hydrocarbures consiste à injecter à une très forte pression un grand volume de sable, de produits chimiques et de liquide dans les puits pour fracturer la formation rocheuse et libérer le pétrole ou le gaz naturel emprisonné.

Compte tenu des risques que pose ce procédé pour la santé et l’environnement, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement réclame un moratoire sur son exploitation et appelle les gouvernements à cesser de subventionner cette industrie.

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