Vous n'êtes pas seul à avoir de la misère à dormir: les troubles du sommeil explosent avec la pandémie | 24 heures
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Vous n'êtes pas seul à avoir de la misère à dormir: les troubles du sommeil explosent avec la pandémie

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L’accumulation de stresseurs engendrée par la pandémie a causé des problèmes de sommeil chez des tas de personnes. Parmi elles, Audrey Granger-Plouffe, 33 ans. Des finances serrées, une séparation et les mesures sanitaires lui ont fait enchaîner les nuits blanches, au point où elle doit maintenant prendre un somnifère – de la zopiclone.

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Durant la première vague de la pandémie, Audrey a été sans emploi plusieurs mois. Celle qui habite à Saint-Amable avoue avoir pris de mauvaises habitudes de sommeil à cette époque, en se couchant beaucoup plus tard que d’habitude. Reprendre un rythme de vie sain n’a pas été aussi simple qu’elle l’aurait espéré. 

Audrey Granger-Plouffe

Courtoisie

Audrey Granger-Plouffe

«Quand tu as pris l’habitude de te coucher tard, revenir à un rythme de vie plus normal, ça ne se fait pas de même», dit-elle.  

À ce bouleversement de routine s’est graduellement ajouté un stress financier lié à la perte de revenus. «J’ai toujours eu un rythme de vie élevé, car je travaillais dans la restauration. Je n’étais pas du genre à me faire un budget», relate-t-elle. 

Une séparation et le respect de mesures sanitaires strictes dans l’emploi qu’elle occupe actuellement, comme gérante d’un salon de coiffure à Saint-Bruno, sont venus couronner le tout. 

D’où le recours à la zopiclone, qui est loin d’être un produit miracle, rapporte Audrey. «Ces pilules-là t’endorment, mais tu ne dors pas bien», confie celle qui en prend presque tous les jours. 

Selon son expérience, son sommeil n’est pas récupérateur et elle n’est plus capable de dormir après 5h du matin.  

Alex Proteau / 24 heures

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Audrey est une habituée de l’insomnie: elle avait déjà pris de la zopiclone par le passé, mais avait arrêté il y a deux ans. Quand elle a commencé à en reprendre, elle ne croyait pas que son problème perdurerait, mais, pour le moment, même si elle a repris une vie un peu plus normale, elle a toujours de la misère à dormir. 

Un problème fréquent  

Audrey est loin d’être seule dans cette situation. La Dre Rébecca Robillard, directrice de l’Unité de recherche clinique sur le sommeil à l’Institut de recherche en santé mentale du Royal, affilié à l’Université d’Ottawa, s’est penchée sur ce problème. Parmi les 5525 personnes qu’elle a sondées, plus de la moitié disent avoir eu des problèmes de sommeil avec la pandémie. 

Et mal dormir, ça affecte plusieurs facettes de la vie. «Depuis longtemps, on sait qu’il y a un lien entre le sommeil et la capacité à faire face aux stresseurs et aux défis durant la journée. Le sommeil est super important pour la régulation émotionnelle», dit-elle. 

«Ce n’est pas surprenant que des gens qui ont des problématiques de sommeil soient aussi moins bien équipés pour faire face aux défis que pose la pandémie», enchaîne-t-elle. 

Photo courtoisie

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Les chiffres qui ressortent de sa recherche sont révélateurs:  

  • Plus de 50% des personnes sondées avaient eu des problèmes de sommeil depuis le début de la pandémie, une hausse de 14% par rapport à avant.    
  • Les personnes les plus touchées sont les jeunes parents et celles qui travaillent avec le public.    
  • Au contraire, certaines personnes dorment plus depuis le début de la pandémie; dans la plupart des cas, il s’agit d’adolescents.       

Et les médicaments?  

  • Environ 8% des personnes sondées par la Dre Robillard disent avoir augmenté leur consommation de somnifères prescrits ou de produits en vente libre.    
  • Ces affirmations sont difficilement quantifiables, du moins au Québec: selon des données obtenues grâce à la Loi sur l'accès à l’information, les médecins n’ont pas prescrit davantage de somnifères ou d’anxiolytiques aux Québécois pendant la pandémie.    
  • Les ventes des produits sans prescription comme ZzzQuil, Qualia, OLLY ou la mélatonine sont aussi demeurées stables depuis mars, selon l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.    
  • Les prescriptions d’antidépresseurs ont toutefois augmenté de 9,5% en un an chez les 18-34 ans.       

Sources: Étude de l’Unité de recherche clinique sur le sommeil à l’Institut de recherche en santé mentale du Royal, affilié à l’Université d’Ottawa / Données de la RAMQ et de la firme privée IQVIA / Association québécoise des pharmaciens propriétaires  

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