La triste disparition du baiser spontané | 24 heures
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La triste disparition du baiser spontané

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BILLET - Vous rappelez-vous l’époque où vous pouviez embrasser quelqu’un, en plein party? Celle où il vous était permis d’étreindre vos ami(e)s, grisé(e) par la douce euphorie d’une fête? Ça fait mal, hein? La pandémie a tué les rapprochements spontanés et, avec eux, une petite partie de nous...

Un couple qui s’embrasse timidement sur la banquette d’un bar, un duo en pleine action dans une ruelle, un autre qui s’échange un baiser sur une piste de danse bondée... Les photos de Jessica Lehrman, publiées par le New York Times, rappellent l’époque révolue des rencontres inattendues. Son magnifique photoreportage, nommé We were born to be kissed in the dark, est porté par la plume de la poète Yolanda Wisher. Selon elle, les fêtes durant lesquelles on se permettait une certaine proximité avaient une fonction libératrice. On se défaisait de la routine pour s’abandonner, l’espace d’un instant. Et comme nous sommes coupé(e)s de cette forme d’intimité depuis plus d’un an, notre moral en souffrirait... Quel rôle joue donc le baiser dans notre bonheur? J’ai posé la question à la sexologue et psychanalyste française Cécilia Commo

Une colle sociale  

«Le baiser sert à développer des liens, c’est une colle sociale qui nous permet de vivre en bonne harmonie», m’a d’abord expliqué la sexologue. Les humains, comme les animaux, l’utiliseraient pour indiquer à autrui qu’ils ne lui veulent pas de mal. Dans notre société, se donner deux becs serait une manière toute simple de montrer qu’on ne pose pas de menaces. Mais le french, lui, il sert à quoi? 

Sur un plan purement biologique, les femmes tiendraient davantage à embrasser leur partenaire avant une première relation sexuelle, car le baiser les aiderait à connaître leur potentiel génétique! «Les anthropologues nous disent que, lorsqu’on mélange nos salives, on obtient de l’information sur le patrimoine génétique de l’autre, m’a expliqué Cécilia Commo. Évidemment, tout ça est inconscient!» Euh, oui. Mais maintenant que je le sais, dur de ne pas y penser... 

Un message irremplaçable

Sur un plan plus conscient, le baiser avec la langue est une façon de communiquer le désir que nous inspire l’autre, selon Cécilia Commo. Et donc, le french de party a une certaine fonction... «L’alcool fait sauter les verrous d’inhibition qui font que, d’ordinaire, on ne se rapproche pas de personnes qu’on connaît peu. Soudainement, cette protection disparaît et on s’autorise à montrer à l’autre qu’il nous plait.» Mais attention: la perte de barrières induite par l’alcool n’est pas toujours positive et, avant d’envoyer un message avec la langue, il faut s’assurer que le ou la destinataire souhaite l’entendre, ajoute l’experte. 

Puis, que peut-on faire, maintenant que le baiser est porté disparu? «On peut dire à l’autre qu’il ou elle nous plait, on peut indiquer le désir par le regard, on peut se transmettre de l’affection par une bise virtuelle... En revanche, la dimension corporelle du baiser est irremplaçable. Le baiser, il est unique.» 

Bon, ne nous reste plus qu’à attendre, alors! Et à garder le souvenir vivant en revisitant nos archives de party... 

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