Investir son argent dans les cartes sportives, une stratégie populaire | 24 heures
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Investir son argent dans les cartes sportives, une stratégie populaire

Yannick Godbout, gérant de la boutique l'Imaginaire, à Québec
Photo Stevens LeBlanc

Yannick Godbout, gérant de la boutique l'Imaginaire, à Québec

Le marché des cartes sportives a recommencé à s'emballer depuis le début de la pandémie, à un point tel que cet engouement inattendu s’est transformé en véritable terrain de jeu pour des investisseurs cherchant à faire fructifier leur argent rapidement, quel que soit le sport, selon des spécialistes dans le domaine.

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Au Québec, les cartes de hockey ont toujours été parmi les plus vendues en raison de la ferveur des amateurs pour leur sport national. Les effets du premier confinement combinés à la sélection d’Alexis Lafrenière par les Rangers de New York avec la sortie de sa carte recrue en novembre dernier ont généré un intérêt inattendu qui continue de perdurer. 

«Il y a beaucoup de nouveaux collectionneurs et de gens qui ne se doutaient pas que les cartes, ça fonctionnait encore, que le marché était là. À partir du moment où la recrue de Wayne Gretkzy s’est vendue plus de 1 million $, ça a donné un gros boost, ainsi que l’arrivée d’Alexis Lafrenière», estime en entrevue Daniel Rock, président de ACA Certification, une entreprise de La Prairie qui se spécialise dans l’évaluation et la certification d’objets de collection issus du monde du sport. 

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Pour Jeff Crête, qui est copropriétaire de la boutique 418 Sports située au marché Jean-Talon, à Québec, cette hausse vertigineuse du marché n’est pas seulement attribuable à la pandémie et au fait que les gens se sont retrouvés avec un surplus d’argent dans leurs poches en raison des confinements.

Jeff Crête, du magasin 418 Sports

Roby St-Gelais / Journal de Québec / Agence QMI

Jeff Crête, du magasin 418 Sports

«C’est un mélange de tout. La pandémie et le timing. Il y a aussi eu les investisseurs de Forbes Magazine qui ont sorti un reportage sur les cartes sportives l’année passée. Le même gars a sorti le reportage au début de la pandémie a dit d’arrêter d’investir un peu partout et d’investir dans les cartes sportives. Ça a fait un gros boom», mentionne ce passionné derrière le comptoir du magasin où le hockey occupe une place de choix. 

Mettre des milliers de dollars sur une carte 

«Quand on est rendus à mettre 5-8-10-20-40 000$ sur une carte, oui, c’est un passe-temps, mais c’est aussi un investissement. Au lieu d’acheter des actions d’une compagnie, on décide de mettre ça dans notre bibliothèque! Au lieu de placer l’argent dans rien, les gens décident d’acheter du tangible», explique pour sa part Yannick Godbout, gérant de la section des sports à l’Imaginaire, qui compte cinq succursales dans la province. 

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Yannick Godbout, gérant de l'Imaginaire, à Québec

Stevens LeBlanc / Journal de Québec / Agence QMI

Yannick Godbout, gérant de l'Imaginaire, à Québec

Enfant pauvre des quatre sports majeurs en ce qui a trait à la valeur des cartes, le hockey a repris du poil de la bête avec l’arrivée de nouveaux collectionneurs et investisseurs prêts à se procurer les pièces les plus recherchées, notamment celles de Wayne Gretzky, Sidney Crosby et Alexander Ovechkin. Les plus récentes ventes pour Crosby et Ovechkin sur eBay se situent entre 1075 et 2000 dollars canadiens.

«Je pense qu’il y avait beaucoup d’Américains qui investissaient beaucoup dans les cartes de basketball, baseball et football et ils se sont dirigés vers les autres sports parce que ça n’avait pas encore monté. Et tu as vu beaucoup de nouveaux collectionneurs apparaître», soutient Jeff Crête. 

Sur Facebook, on trouve de nombreux groupes de ventes et d’échanges de cartes au Québec, majoritairement pour le hockey, où des milliers d’adeptes partagent la même passion. De nouvelles boutiques ont aussi ouvert leurs portes, notamment dans la région de Montréal et au Saguenay. 

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Et à l’avenir?  

Mais la frénésie est-elle là pour durer? Même si le marché des cartes connait ses heures de gloire, les prix fluctuent au même rythme que les actions en Bourse. La question divise les observateurs du milieu. 

«Je ne sais pas. La vie va redevenir normale, les taux d’intérêt vont aussi redevenir normaux», note Yannick Godbout qui collectionne depuis une vingtaine d’années. 

Allan Gilbert, qui s’est lancé dans une nouvelle carrière associée à l’industrie, n’anticipe pas une baisse drastique lorsque la pandémie sera chose du passé. 

«Je ne pense pas que ça va diminuer tant que ça, car les gens ont pris conscience de la valeur des choses. Ça va sûrement descendre un peu parce que présentement, monsieur et madame Tout-le-monde sont entrés dans la vague», analyse-t-il. 

«Il y a toujours une manne de collectionneurs et une base solide. Quand il y a des hauts, c’est très haut, mais ça finit toujours par redescendre sans qu’il y ait des flops. Bien malin celui qui pourra prédire si le hype sera encore là», conclut Daniel Rock. 

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Depuis quand y a-t-il des cartes sportives?  

  • Le phénomène des cartes sportives remonte aussi loin qu’aux débuts du sport majeur à la fin du 19e siècle lorsque celles-ci se retrouvaient dans les paquets de cigarettes des grandes compagnies de tabac.  
  • Un engouement monstre s'est créé au début des années 1990, alors que de nombreux fabricants s'étaient lancés en masse dans la production de cartes.  
  • Le phénomène est tombé un peu dans l'oubli dans les années 2000.   
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