Amazon a tenté de dissuader les employés d’un de ses entrepôts de l’Alabama de se syndiquer: ce qu’il faut savoir | 24 heures
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Amazon a tenté de dissuader les employés d’un de ses entrepôts de l’Alabama de se syndiquer: ce qu’il faut savoir

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Photo AFP

Les employés d’un entrepôt d’Amazon, en Alabama, pourraient forcer une révolution au sein du géant du commerce. Ils décident aujourd'hui par un vote s’ils veulent être représentés par un syndicat. Les résultats seront connus d'ici quelques jours. Même si ça se passe loin du Québec, une victoire pour la syndicalisation serait une première pour Amazon aux États-Unis, et cela pourrait changer le visage du commerce en ligne. Voici tout ce qu’il faut savoir autour de ce vote historique.

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Contexte   

Pourquoi les employés veulent-ils se syndiquer?

Mars 2020: Amazon s’installe à Bessemer, une petite ville de 26 000 habitants du sud de l’Alabama, qui affiche un taux de chômage important. L'été dernier, quelques mois après l'ouverture de l'entrepôt, une première rencontre s'organise entre des salariés et des responsables syndicaux.

Des employés, qui revendiquent de meilleures conditions de travail, affirment ne pas être en mesure de répondre aux exigences en matière de productivité que leur impose la multinationale. Les salariés seraient étroitement surveillés, et leur sécurité serait compromise en raison des quotas de production d'Amazon. 

Le nombre d'accidents de travail serait d'ailleurs deux fois plus élevé chez le géant du commerce en ligne que la moyenne aux États-Unis, selon une étude de 2019. 

Amazon rejette les accusations, et affirme offrir de bonnes conditions de travail à ses employés. La compagnie souligne notamment avoir haussé à 15$/h le salaire minimum offert à ses employés, ce qui est deux fois plus élevé que le salaire minimum dans l'État de l'Alabama. 

Au cours des derniers jours, l'entreprise a d'ailleurs nié le problème des ouvriers contraints d’uriner dans des bouteilles en plastique, faute de temps pour aller aux toilettes, contrairement aux propos et aux photos rapportés par différents médias.

Amazon fait campagne contre le syndicat

Décembre 2020: le National Labor Relations Board (NLRB) autorise la tenue d’un vote sur une possible syndicalisation des quelque 5800 employés de l'entrepôt à Bessemer. 

Depuis, Amazon, qui n'est pas officiellement contre les syndicats, fait campagne pour inciter les travailleurs à voter contre le projet. L'entreprise a créé un site web, Faites-le sans les cotisations (DoItWithoutDues), qui met l'accent sur les cotisations que devraient payer les employés au syndicat pour les décourager de voter «oui». 

«Pourquoi payer 500$ de cotisation? Nous prenons soin de vous avec des salaires élevés, l’assurance maladie, les bénéfices pour les soins optiques et dentaires ainsi qu’un comité responsable de la sécurité, et un processus pour les recours», peut-on lire sur la page d’accueil.

Des affiches ont aussi été installées dans les toilettes pour encourager les employés à ne pas adhérer à un syndicat. 

Quelles répercussions?   

Un vote en faveur de la syndicalisation pourrait marquer un tournant pour Amazon et, plus globalement, pour le commerce en ligne. 

«Il y a un certain degré d’espoir dans cette nouvelle tentative de syndicalisation», affirme la directrice générale d'Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois.

«Si elle réussit, c’est une victoire pour l’ensemble des travailleurs parce qu’il va y avoir un nouveau contrat de travail collectif et des améliorations des salaires, et ça va nécessairement percoler les autres secteurs [de l'emploi aux États-Unis]», soutient-elle.  

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de syndicalisation dans les entrepôts du deuxième plus important employeur aux États-Unis ont échoué. Mais si les employés à Bessemer décident d'adhérer à un syndicat, ce sont potentiellement des centaines de milliers d'employés d'Amazon aux États-Unis (et ailleurs dans le monde) qui pourraient être tentés de les imiter.  

Des appuis de taille

Les travailleurs d'Amazon, en Alabama, peuvent compter sur de nombreux appuis, comme le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders et la Ligue nationale de football (NFL). 

Dans une vidéo publiée fin février sur Twitter, le président des États-Unis, Joe Biden, a lui aussi soutenu les travailleurs d'Amazon et leur droit à se syndiquer. «Tous les travailleurs devraient être libres de joindre un syndicat», a-t-il dit, dans ce qui pourrait être la plus importante sortie prosyndicat d'un président américain en exercice. 

Pour Mme Langlois, ces appuis sont importants, et ils «envoient un signal fort» au fondateur d'Amazon, Jeff Bezos, qui était, jusqu'à tout récemment, l'homme le plus riche au monde. 

Et au Québec?

Le Québec doit aussi s’intéresser à cet enjeu, soutient Mme Langlois. 

Alors que le commerce en ligne continue de s'imposer, de plus en plus de centres de distribution d'Amazon seront construits, notamment au Québec. Au début de l'année, Amazon a justement annoncé la création de plus de 1000 emplois au Québec, avec l'ouverture prochaine de deux nouveaux centres de tri, un à Coteau-du-Lac et un à Longueuil, et de trois postes de livraison.

En raison de sa position de leader de la vente en ligne, Amazon doit montrer l'exemple aux autres joueurs de l'industrie, et ce, en offrant de bonnes conditions de travail à ses employés, insiste France-Isabelle Langlois. 

«C’est Amazon qui marque le pas. C’est pour ça qu’on appelle les patrons pour faire en sorte que les employés aient des conditions décentes et un salaire décent. Si tel n’est pas le cas pour Amazon, ça donne le ton pour toutes les autres plateformes en ligne», conclut-elle.  

- Avec les informations de l'AFP et du Journal

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