Un agriculteur s’indigne du Buttergate: «On en a ras le bol de se retrouver au banc des accusés» | 24 heures
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Un agriculteur s’indigne du Buttergate: «On en a ras le bol de se retrouver au banc des accusés»

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Buttergate, conditions de vie des animaux, respect de l’environnement: Frédéric Jacob, un agriculteur de la Mauricie, aimerait que les consommateurs s’indignent aux côtés des producteurs, et non contre eux, lorsque quelque chose leur déplaît dans l’industrie.

«La communication s’est perdue entre les consommateurs et les producteurs», constate le producteur laitier, dont la ferme est active depuis quatre générations à Saint-Stanislas-de-Champlain. 

Une partie du public reprocherait aux agriculteurs d’être des bourreaux d’animaux, selon Frédéric. «Ce serait plutôt eux autres, nos bourreaux!», ironise le fermier, qui travaille de 50 à 60 heures par semaine.

Beaucoup de consommateurs voudraient que les agriculteurs se mettent au bio, sans nécessairement comprendre les impacts d'une telle pratique, selon Frédéric. «Il y aurait un prix à payer. Il y a moyen, avec une agriculture conventionnelle raisonnée et durable, de faire des produits de très haute qualité à un coût limité.»

«On en a un peu ras le bol de se retrouver au banc des accusés pour toutes sortes de sujets», résume le propriétaire d'une centaine de vaches.

La goutte de trop: le Buttergate  

Le récent épisode du Buttergate a été la goutte qui a fait déborder le vase de son écœurantite personnelle. L’affaire, qui a éclaté en février, découle d’une hypothèse: le beurre serait plus dur qu’avant à cause de l'huile de palme qui se retrouve dans la nourriture des vaches. Selon le producteur, la réalité est plus complexe.

Le palmite, un résidu de l'huile de palme, est utilisée en granulés pour donner un surplus d’énergie aux vaches en début de lactation.

«C’est approuvé par Agriculture Canada et par Santé Canada», se défend Frédéric Jacob. 

Aucune étude scientifique majeure n’appuie la théorie du beurre dur. Une étude récente en Ontario a conclu à la faiblesse de la corrélation entre le palmite et la dureté du beurre. 

Peu importe, le mal est fait, croit le producteur, qui en veut beaucoup aux médias pour le traitement de l’affaire. 

«Dans l’imaginaire, on avait l’impression que les vaches buvaient de l'huile de palme à la paille!», s’indigne-t-il. 

Une lettre ouverte virale       

Le scandale a poussé Frédéric Jacob à prendre la plume. Dans sa lettre ouverte, qui a été partagée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux, il exhortait les consommateurs à s’indigner aux côtés des agriculteurs.

Il a reçu pas moins de 80 messages de soutien sur Facebook. Cette vague d’empathie lui a fait du bien au moral, surtout dans un contexte où la pression financière sur les producteurs est élevée. 

Il souligne aussi le resserrement des normes, nombreuses et régies par de multiples entités, qui ajoute de la confusion et décourage certains agriculteurs. 

Résultat: «En 1996, quand j’ai repris l’exploitation familiale, nous étions 14 500 producteurs laitiers au Québec», rappelle l’exploitant, contre 4877 enregistrés aujourd’hui

Beaucoup se désengagent du milieu et certains vivent une détresse psychologique importante, comme l'a exposé le documentaire La détresse au bout du rang, de Stéphane Gendron et Éric Blouin.

Des visites d'écoles dans les fermes?      

Pour lutter contre l’isolement et le poids financier, Frédéric Jacob propose aussi de créer plus de coopératives, sur le modèle des GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) en France. Ces structures, répandues chez de nombreux petits exploitants, permettent de produire en collectif, en partageant la charge de travail. 

Selon lui, redorer le blason de l'agriculture est «un plan de société à faire ensemble», pour rebâtir des ponts et mettre à bas le scepticisme.  

«Le consommateur a l’impression de se faire cacher des choses.» Pourtant, il assure n'avoir rien à cacher. Il trouve même que ce serait une idée pertinente d’ouvrir les exploitations au public et aux écoles, de temps à autre, pour leur faire découvrir l’agriculture de 2021, et ainsi tenter de réconcilier la ville et la campagne, qui sont interdépendantes. 

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