Une hausse «jamais vue» des tentatives d’éviction à Montréal | 24 heures
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Une hausse «jamais vue» des tentatives d’éviction à Montréal

Karine Marette est locataire d’un logement de Rosemont. Sa famille est menacée d’éviction par de nouveaux propriétaires.
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Karine Marette est locataire d’un logement de Rosemont. Sa famille est menacée d’éviction par de nouveaux propriétaires.

Les tentatives d’éviction connaissent une hausse «jamais vue» à Montréal, touchant même des quartiers qui avaient été épargnés par les propriétaires, qui voient dans certains immeubles un fort potentiel d’investissement.

Depuis quelques mois, c’est la stupéfaction au Comité logement de Montréal-Nord. Depuis le début de l’an, on a reçu une cinquantaine de demandes d’aide contre une dizaine en 2020.

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«Je n’ai jamais vu ça de ma vie, s’étonne l’organisatrice communautaire, Marie-Ève Lemire. C’est vraiment le phénomène des quartiers centraux qui est en train d’arriver à Montréal-Nord. Ça nous fait vraiment peur. Où vont aller les gens s’ils ne peuvent plus habiter un endroit moins cher qu’ailleurs?»

Même constat dans le quartier Côte-des-Neiges, où les demandes ont triplé par rapport à l’an passé, rapporte Camille Thompson, de l’Association de l’éducation et d’information logement de Côte-des-Neiges. «Il y a eu une hausse assez flagrante», dit-elle.

Attaque des quartiers pauvres

«Ce qu’on remarque, c’est que dans les quartiers historiquement plus pauvres, le phénomène prend de l’ampleur et ça s’étend», explique Maxime Roy-Allard, du Regroupement des comités logement et association de locataires du Québec.

«On est dans un volume d’appels qui est du jamais-vu», dit Martin Blanchard, du Comité logement Petite-Patrie. L’organisme avait connu une année record en 2020 avec une augmentation de 400 % des demandes d’aide pour les évictions.

Même constat dans d’autres secteurs dont Ahuntsic-Cartierville, Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont et Villeray.

20 000 $ pour partir

Pressés de hausser les loyers, des propriétaires déploient cette année des moyens sans précédent, selon le Comité logement Petite-Patrie. Il n’est plus rare qu’un propriétaire paie 20 000 $ à un locataire pour obtenir son départ. 

«On était clairement en bas de 10 000 $ l’année passée, explique Martin Blanchard.»

«Les gens [...] achètent tellement cher qu’ils veulent évincer les locataires pour augmenter les loyers rapidement», explique Maxime Roy-Allard.

À la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, on condamne ces pratiques lorsqu’elles sont utilisées comme de faux motifs. Son porte-parole, Hans Brouillette, croit que ces pratiques illégales sont le symptôme d’un cadre légal trop restrictif pour les propriétaires. 

«Comme je suis incapable de rénover parce qu’il y a un contrôle des loyers trop serré, je mets l’immeuble en vente et celui qui l’achète sera un promoteur qui aura peut-être moins de scrupules pour obtenir le départ des locataires», dit-il. 

«C'est impossible à trouver dans le quartier»

Des familles qui profitent d’un loyer abordable vivent avec l’angoisse de devoir quitter le quartier alors que leur propriétaire tente de les évincer. 

Karine Marette habite depuis trois ans avec son mari et son fils dans un quatre et demi de Rosemont pour lequel elle paie 965 $ par mois. Récemment, elle a reçu la visite de ses nouveaux propriétaires. 

«Il fallait quitter, le plus tôt serait le mieux, relate-t-elle. Ils nous ont dit qu’il allait y avoir des grosses rénovations à côté dans le logement vide. Au sous-sol et à l’extérieur, ça n’allait pas être le fun pour nous, le bruit.»

Bien qu’elle n’ait toujours pas reçu d’avis officiel d’éviction, Mme Marette vit, depuis, avec l’angoisse de devoir trouver un autre logement. 

«C’est très choquant. On ne se sent plus chez nous. Au [bas] prix qu’on paie, c’est impossible à trouver dans le quartier.»

La mère d’un garçon de cinq ans va tout faire pour rester dans son appartement situé près d’une école.

moins de logements pas chers

Le Comité logement de Rosemont observe que ces témoignages sont de plus en plus fréquents. 

«Il faut s’inquiéter royalement parce qu’on enlève du marché des logements à prix réellement abordable», mentionne l’organisateur communautaire Jean-Claude Laporte.

Saïd, sa femme et leurs quatre enfants craignent aussi de devoir quitter leur quartier dans les prochains mois.  

Après avoir essuyé un refus d’augmentation de loyer, leur propriétaire prétend vouloir reprendre pour sa fille ce cinq et demi de Montréal-Nord, mais Saïd croit que le propriétaire ne veut que faire bondir le loyer.

«Mes enfants sont choqués et ne veulent pas changer d’école, déplore Saïd, qui préfère taire son nom de famille, car il conteste la décision devant le Tribunal du logement. J’ai peur de perdre la place de mon fils à la garderie.»

«Je regarde et je ne vois rien en bas de 1150$», dit Saïd, qui paie un loyer de 800 $. 

Ce que dit la loi

Un propriétaire peut évincer un locataire s’il veut habiter l’appartement ou le laisser à un membre de sa famille. L’éviction est aussi possible pour des travaux majeurs d’agrandissement, de subdivision ou de réaffectation, sauf dans huit arrondissements de Montréal qui ont récemment interdit la subdivision et les agrandissements. Ces démarches peuvent être contestées devant le Tribunal administratif du logement par le locataire.

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