Un Gala Artis qui en dit long... | 24 heures
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Un Gala Artis qui en dit long...

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PHOTO AGENCE QMI, TOMA ICZKOVITS

BILLET - On aurait pu croire à un poisson d’avril, mais non. Maripier Morin figure bel et bien parmi les nommées de la catégorie «Rôle féminin/série dramatique saisonnière» au prochain Gala Artis.

Come on, guys! Come on!

Ce n’est pas que j’en veuille à Maripier Morin. Non. J’en veux à ceux qui ont trouvé que c’était une bonne idée de la mettre AU PRÉALABLE sur la liste des artistes pouvant être mis en nomination pour cette 36e édition du Gala Artis.

Même si, au final, c’est monsieur et madame Tout-le-Monde qui votent pour leurs artistes préférés, je trouve ça ahurissant qu’on n’ait pas allumé, du côté du gala, que cette nomination pouvait jeter de l’huile sur le feu et diviser encore plus l’opinion publique.

Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire.

Juillet 2020. La chanteuse Safia Nolin accuse Maripier Morin de l’avoir harcelée sexuellement et de lui avoir mordu la cuisse lors d’une soirée dans un bar, en 2018. 

On se souvient de ses stories sur Instagram. 

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

«Elle m’a dit qu’elle allait me mettre dans une cage, qu’elle allait me nourrir. Tout cela sur un ton super sexuel en me caressant les bras», écrivait la chanteuse. Maripier lui aurait aussi lancé: «Toi, à part être lesbienne, t’es quoi?» Safia lui aurait alors répondu: «Je suis Arabe.» Puis l’animatrice lui aurait demandé pourquoi elle n’était pas dans un taxi, avant de dire, en parlant d’une barmaid: «La barmaid noire est fâchée parce qu’elle est Noire.» Elle aurait finalement ajouté ceci: «Je ne suis pas raciste, mon anus est petit comme celui d’une Asiatique.»

Bon. C’est pas cute, cute... 

Ces révélations ont été faites il y a à peine neuf mois. Est-ce que le Gala Artis les a déjà oubliées? Comment se fait-il qu’on ait fait abstraction du comportement reprochable de l’animatrice qui, je le rappelle, s’est excusée pour ses agissements et ses gestes graves?

On aurait au moins pu attendre sa première entrevue mea-culpa à Tout le monde en parle avant de la nommer dans un gala populaire. Jésus! 

Il me semble qu’un gala, c’est censé être un événement pour récompenser des artistes qu’on admire, qui se démarquent dans leur travail et, surtout, qui nous inspirent parce qu’ils sont talentueux et gentils. J’insiste ici sur le mot «gentil».

Je ne suis pas la seule à le penser. La comédienne Magalie Lépine Blondeau a réagi à la nomination de Maripier Morin dans des stories Instagram. Elle a écrit ceci: «Je salue et félicite tous mes camarades et ami.es de grand talent, au comportement et à l’éthique de travail irréprochables en nomination au Gala Artis.»

Entre les lignes, ça dit ce que ça dit.

Le gala qui ne suit pas le changement  

Je suis forcée d’admettre que ce gala a besoin de redorer son blason. Il a besoin de revoir ses critères de sélection, ses catégories, et de prendre acte de tous les changements survenus au cours des derniers mois au Québec. 

Lorsque je parle de changement, je pense au mouvement #metoo et à son importance pour les victimes de harcèlement sexuel. Je pense aussi au débat autour du racisme systémique et des mots employés pour discriminer quelqu’un à cause de sa couleur de peau.

Le Gala Artis a-t-il mesuré l’importance de ces enjeux? Est-ce que l’équipe derrière le gala consulte des membres des communautés culturelles, des membres de la communauté LGBTQ+ ou des membres de la relève, genre des gens de 25-34 ans? À voir cette nomination, je ne le crois pas.

Le Gala Artis fait l’autruche  

C’est faire l’autruche que de prendre la décision de mettre en lumière une artiste qui a fait l’objet, il y a quelques mois à peine, d’allégations de voies de fait et de racisme.

C’est faire l’autruche que de penser que les téléspectateurs des générations Y et Z vont continuer de s'intéresser à ce gala et à la télévision québécoise alors qu’il n’y a presque aucun visage issu de la diversité culturelle en nomination. OK, OK, il y en a, mais je pense que je peux les compter sur les doigts d’une main... 

Pour rejoindre les plus jeunes générations, il faudrait au moins mettre en avant des artistes qui représentent le changement. Des artistes qui nous font croire que le vent tourne réellement. Pas toujours les mêmes.

Comme l’a exprimé sarcastiquement la comédienne Anne-Élisabeth Bossé, qui a également répondu à la nomination de Maripier Morin sur Instagram: «Non, mais moi je comprends. Je comprends parce qu’il y a très peu d’actrices au Québec. On fouille, on farfouille, on cherche, on bidouille quoi! Pénurie, j’vous dis!»

La cancel culture  

Une fois que tout ça a été dit, je ne suis pas là pour encourager la cancel culture. Dans un autre de mes billets, j’ai même défendu le droit de Maripier Morin à une deuxième chance et à la reprise de ses activités professionnelles. 

Parce que je ne crois pas que les réseaux sociaux devraient décider de sa vie, comme un tribunal à la cour décide du sort d’un présumé criminel.

Mais de là à flatter l’ego de Maripier Morin dans le bon sens du poil, comme si rien ne s’était passé, il y a une marge. Pousse, mais pousse égal. 

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