Quand ton harceleur est aussi... ton voisin | 24 heures
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Quand ton harceleur est aussi... ton voisin

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Photomontage Marilyne Houde

La semaine dernière, je me suis stationnée dans mon garage. Jusque-là, tout était normal. Je me suis dirigée vers l’ascenseur de mon immeuble, et c’est là que mon cœur s’est arrêté. Mon voisin se cachait entre deux remises et m’a suivie pour prendre des photos de moi avec son cellulaire, sans ma permission. J’ai désormais tatoué dans ma mémoire son regard diabolique.

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Je suis tellement traumatisée par cet événement que j’ai demandé à mes abonnées féminines sur les réseaux sociaux si elles avaient déjà été victimes de harcèlement au voisinage.

Avalez bien votre salive. Vous n’en reviendrez simplement pas de tout ce que j’ai lu. 

Un vrai stalker 

«En 2014 ou en 2015, il y avait un monsieur qui habitait juste en face de chez ma grand-mère, où j’habitais. On s’est croisé juste une fois et il m’a abordée en me faisant des avances. Un moment donné, je me suis rendu compte que je le croisais partout où j’allais», me raconte une jeune femme.

«Un jour, il a pris le bus et il s’est collé sur moi et il m’a dit qu’il connaissait mon horaire par cœur», poursuit-elle.

Quelques mois plus tard, les choses se sont intensifiées. Prise de panique, elle a appelé les flics, car monsieur stalker se montrait plus agressif et la suivait dans la rue en lui criant des obscénités. Selon ce qu’elle m’a raconté, la police aurait mis deux heures avant d’arriver sur les lieux (elle aurait eu le temps de mourir quatre fois). FYI, elle n’aurait jamais eu de nouvelles par rapport à sa plainte.

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À travers les rideaux 

Il y a une autre fille qui m’a écrit que son voisin prend constamment des photos d’elle à travers ses rideaux. Des plaintes portées au syndicat de copropriété de son immeuble et des appels à la police n’auraient rien arrangé. 

Une autre dame m’a confié qu’elle s’est fait réveiller en plein milieu de la nuit par son propriétaire qui aurait pénétré son appartement. Lorsque je lui ai demandé pourquoi il faisait ça, elle m’a dit que ça le faisait tripper. PARDON? Elle a porté plainte, et elle non plus, rien à faire. Elle a dû déménager.

Une autre abonnée m’a raconté qu’un voisin avait voulu défoncer la porte de chez sa mère et qu’elle a porté plainte aux autorités et le mec s’en serait sorti avec un minime avertissement. 

Ce ne sont que quelques anecdotes parmi plus d'une centaine que j’ai reçues. Juste moi, Anne-Lovely. 

Ce fleuve de témoignages de femmes désespérées par le harcèlement de voisinage dans ma messagerie virtuelle m’a estomaquée. Je n’en reviens pas.

Harcèlement criminel 

En passant, ce genre de comportement de ces voisins, c’est du harcèlement criminel, si l’on en croit sa définition. 

Selon le site web d’Éducaloi, «le harcèlement criminel est le fait de se comporter envers une personne de manière à lui faire craindre pour sa sécurité ou celle d’une de ses connaissances; et en sachant que la personne se sent harcelée ou en ne portant pas attention au fait qu’elle puisse se sentir harcelée».

Statistique Canada a recueilli des données (2009) prouvant que «la plupart soit 69% des victimes de harcèlement criminel ont été harcelées dans leur propre demeure [...]».

Ces mêmes statistiques dénombrent que la même année 20 000 incidents de harcèlement criminel ont été signalés à la police et que 78% des personnes accusées de harcèlement criminel étaient des hommes. 

Alors, avec toutes ces histoires qui m’ont été relatées, on s’entend pour dire que ce harcèlement de voisinage envers ces femmes, c’est aussi clairement du harcèlement criminel. 

Pourquoi n’y-a-t-il donc pas de mesures plus strictes, lors de signalements de harcèlement où les victimes craignent clairement pour leur sécurité?

Avec toutes les dénonciations du mouvement #MeToo et les nombreux féminicides que l’on aurait pu éviter, je crois vraiment que la sécurité des femmes est compromise par un système archaïque...

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C’est pas compliqué : crime = prison 

Selon moi, ces hommes ne sont pas assez punis par la loi. 

Il faudrait une réforme du système de justice du genre : si dans ton dossier, tu apparais trois fois dans le registre de harcèlement criminel, une peine de prison s’impose.  

Too bad mon chum, tu t’amuses à prendre des photos de ta voisine, à cogner à toute heure chez elle pour lui faire peur, à la suivre partout où elle va, à te branler en la regardant par la fenêtre... C’est du harcèlement criminel, et qui dit crime dit PRISON!

Il faut continuer à dénoncer 

Sur ce, les filles, pour gagner cette bataille, il faut continuer à les dénoncer.

Appelez la police, même si parfois cela ne mène à rien... Je crois que plus vous dénoncez votre agresseur, plus il a des chances d’être finalement puni. 

N’hésitez pas à prendre des recours avec un avocat... une mise en demeure pourrait freiner ses ardeurs.

Appelez vos frères, vos chums, vos pères, vos oncles, vos amis. Car ces hommes ont souvent peur des autres hommes. Il faut des hommes sains pour arrêter des hommes fous.

Tout ce qui compte mesdames c’est de se sentir en sécurité, surtout chez soi. 

Sachez que je suis de tout cœur avec vous, car un jour, j’ai espoir de me rendre à ma voiture, dans ce garage, sans avoir la trouille.

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