Peut-on manger de la viande fabriquée en laboratoire? Voici où on en est avec la «viande in vitro» | 24 heures
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Peut-on manger de la viande fabriquée en laboratoire? Voici où on en est avec la «viande in vitro»

Image principale de l'article La viande de laboratoire, c'est pour quand?
Photomontage Julie Verville

On entend parfois parler de viande fabriquée en laboratoire, mais on n'en voit jamais sur les tablettes à l'épicerie. Pourtant, des startups du monde entier travaillent à implanter la «culture de cellules musculaires» pour remplacer le steak que l’on connaît, moins le coût environnemental et l’abattage... en théorie.

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Voici les réponses aux questions que soulève cette innovation.  

Peut-on en acheter en ce moment?  

Pas vraiment. Singapour est le seul pays au monde où il est déjà possible de mettre le grappin sur un morceau de poulet de synthèse... mais ce n’est pas pour toutes les bourses. Déguster une croquette de poulet du futur coûte environ 50$! Du progrès a quand même été réalisé depuis 2013, alors que l’entreprise néerlandaise Mosa Meat présentait son tout premier steak in vitro pour un maigre 370 000$.  

Pourra-t-on en manger bientôt?       

Probablement dans quelques années. Ne vous attendez pas à en déguster au cours des prochains mois; il faudra être un peu plus patients. 

L’intérêt du public est sans aucun doute le plus grand frein à la croissance de la «viande in vitro». En général, les 18-30 ans sont assez réceptifs à l’idée, soucieux des enjeux de santé et environnementaux. Au contraire, les plus âgés trouveraient l’idée répugnante. 

«Au Canada, 18-20% de la population serait prête à essayer, souligne quand même Sylvain Charlebois, professeur titulaire à la Faculté de management et en agriculture à l'Université Dalhousie, à Halifax. C’est une question de temps avant que ce soit légalisé, voire 3 ou 5 ans», selon le chercheur. 

Peut-on appeler ça de la viande?  

Techniquement, non. La «viande» se définit comme l’ensemble des tissus comestibles d’un animal, mais on parle plutôt ici d’une culture de cellules musculaires. 

La différence n'est pas claire? «Les fibres musculaires [qui composeront le morceau de "viande"] sont obtenues en cultivant des cellules souches de muscle, qui proviennent de prélèvements tissulaires sur quelques animaux», explique Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), en France.  

Mosa Meat

Est-ce que ça implique des animaux?       

Oui. Pour créer un semblant de culture animale, on doit reproduire complètement la biologie des cellules, d’où le recours au sérum de veau fœtal. Vous avez bien compris : des animaux sont nécessaires pour cette viande de synthèse, créée pour mettre un terme à l’abattage. 

Est-ce bon pour l'environnement?  

C'est pas clair. Pour l’heure, seulement trois études sur l’impact environnemental des cultures de cellules musculaires ont été menées et aucune ne fait consensus.  

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«C’est très difficile de calculer l’impact environnemental parce que c’est un produit qui n’existe pas à grande échelle. Il y a des problèmes méthodologiques pour évaluer les impacts environnementaux», indique Jean-François Hocquette.  

En fait, il «n'est pas encore clair si la production de viande de culture fournirait une alternative plus durable sur le plan climatique», selon la plus récente étude sur le sujet, menée en 2019. «Les impacts climatiques de la production de viande de culture dépendront du niveau de production d'énergie décarbonée qui peut être atteint.» 

Est-ce que c'est nutritif?  

Ça dépend comment on la «cultive». Le contenu nutritif d'un morceau de steak ordinaire n'est pas le même que celui d'un steak in vitro, tout comme la texture. C'est que les fibres musculaires en incubateur ne sont pas organisées comme de vrais muscles qui se forment sur l’animal et dans lesquels les fibres s’organisent, rappelle Jean-François Hocquette. 

Si certains peuvent y voir un inconvénient, Sylvain Charlebois y voit une formidable liberté de création.  

«Je trouve ça fascinant la synthétisation de la nourriture. On pourra peut-être créer notre propre pièce de viande selon nos besoins physiologiques : "J’ai besoin de plus de fer, plus de vitamines B12..." Il y a un paquet de possibilités à long terme!» croit le professeur.  

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