Les nouveaux propriétaires d’un immeuble veulent évincer une vingtaine de locataires, dont une dame de 82 ans | 24 heures
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Les nouveaux propriétaires d’un immeuble veulent évincer une vingtaine de locataires, dont une dame de 82 ans

Image principale de l'article Des propriétaires veulent évincer 22 locataires

Une vingtaine de locataires, dont une femme de 82 ans, sont prêts à se battre pour rester dans leur logement, alors que les nouveaux propriétaires de l’immeuble souhaitent les évincer d’ici le 30 juin pour réaliser des travaux.

La semaine dernière, les propriétaires du 6282, rue Jean-Talon Est, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal, ont cogné aux portes des locataires pour leur demander de signer une entente de résiliation de bail pour le 30 juin.   

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La plupart des locataires habitent leur logement depuis plusieurs années et n’avaient pas l’intention de le quitter. Jeudi dernier, une rencontre d’information s’est tenue devant l’immeuble entre les occupants et l’Action dignité de Saint-Léonard (ADSL), un organisme de défense des locataires, pour discuter de leurs recours et pour signer une pétition.   

Photo Courtoisie Simon Dumais, Action dignité Saint-Léonard

C'est que dans le document remis par les propriétaires, il n'est pas mentionné explicitement la raison de la résiliation de bail, chaque locataire ayant reçu des explications verbales différentes, avance Sylvie Dalpé, intervenante communautaire pour l’organisme.  

«Le discours était différent d’un locataire à un autre, déplore-t-elle. Un locataire s’est fait dire que des rénovations étaient nécessaires, alors que pour un autre, c’était un problème de tuyaux [...]. Ils veulent se donner le droit de faire ce qu'ils veulent avec cette entente.»  

Photo Guillaume Cyr

Pour Mme Dalpé, il ne fait aucun doute: l’objectif des nouveaux propriétaires est de «vider l’immeuble», possiblement pour augmenter le prix des loyers.

Une «situation plate» pour les locataires           

Joint par téléphone, le propriétaire de l’une des deux compagnies ayant acquis l’immeuble à la mi-mars — Inspire Immobilier Inc. et Capital Bergeron Gagné inc. — assure avoir agi de bonne foi avec les locataires.     

«Chacune des rencontres faites avec les locataires a été très cordiale, dans le but de les informer et de trouver des solutions avec eux. On est au courant que c’est une situation plate pour eux. S’ils veulent procéder d’une autre façon, nous aussi on va regarder nos options», a indiqué Sébastien Gariepy, propriétaire.    

Une locataire de 82 ans             

Parmi la vingtaine de locataires, seulement deux d'entre eux ont signé l’entente de résiliation de bail. Parmi ces deux occupants, lesquels souhaitent maintenant faire marche arrière, il y a Denise Lavoie, une dame de 82 ans, qui habite l’immeuble depuis 17 ans.   

Denise Lavoie, une dame de 82 ans qui habite l’immeuble depuis 17 ans.

Photo Guillaume Cyr

Denise Lavoie, une dame de 82 ans qui habite l’immeuble depuis 17 ans.

La dame, qui paie un loyer de 525$ par mois pour son trois et demie, affirme avoir subi de la pression de la part du propriétaire pour signer l’entente. Elle soutient avoir été prise de court par le propriétaire, et affirme qu’elle n’était pas apte à signer le document en raison de sa prise de médicaments. 

«J’en ai cherché des logements sur internet, raconte Mme Lavoie, dont l’appartement semble en bon état. Il y en a beaucoup, mais ils sont tous trop chers.»  

Photo Guillaume Cyr

Selon elle, il n’y a plus de concierge pour entretenir le bâtiment depuis l’arrivée du nouveau propriétaire. 

Un autre occupant de l'immeuble, Hamza Mousti, qui vit dans son appartement depuis sept ans, a refusé de signer l'entente du propriétaire. Il ne veut pas quitter son logis, un cinq et demie, qui lui coûte 950$ par mois. Selon lui, il serait difficile de retrouver un logement à un tel prix. 

Une situation qui «n'a pas de bon sens»          

Selon le Tribunal administratif du logement (TAL), un propriétaire doit donner un avis écrit six mois avant la fin de tout bail de six mois et plus pour une éviction pour subdivision, un agrandissement substantiel ou un changement d’affectation en indiquant clairement la raison. Sinon, dans le cas de travaux majeurs, le locataire doit recevoir un avis au moins trois mois d'avance. Puis, une fois les travaux terminés, le logement doit être rendu au locataire qui ne peut être évincé, toujours selon le TAL.

Or, dans l’entente signée par Mme Lavoie le 25 mars, la raison exacte de son départ n'a pas été précisée et, de toute manière, l’avis lui a été remis à trois mois de la date à laquelle son propriétaire souhaite l’évincer, selon l'ASDL.

Les propriétaires de l’immeuble ne lui avaient pas non plus fait parvenir un avis d’augmentation de loyer avant le 31 mars, ce qui signifie une reconduction de bail automatique pour le 1er juillet. 

«Cette situation n'a pas de bon sens. C'est complètement contourner la loi, s'est insurgée Véronique Laflamme, porte-parole pour le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). 

À la vue du document, Mme Laflamme a confirmé que le document signifiait «une résiliation de bail».

Mme Laflamme a ajouté qu'étant donné son âge, Mme Lavoie devrait être protégée par la loi qui empêche les évictions des aînés de 70 ans et plus qui habitent leur logement depuis plus de 10 ans.   

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