Conseils d’une experte en autodéfense pour contrer les agressions et la violence faite aux femmes | 24 heures
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Conseils d’une experte en autodéfense pour contrer les agressions et la violence faite aux femmes

L'instructrice Béatrice Châteauvert-Gagnon effectuant une prise d'autodéfense. Mme Châteauvert-Gagnon enseigne au Centre de prévention des agressions de Montréal.

L'instructrice Béatrice Châteauvert-Gagnon effectuant une prise d'autodéfense. Mme Châteauvert-Gagnon enseigne au Centre de prévention des agressions de Montréal.

Une première étude sur le harcèlement de rue menée au Québec confirme ce que plusieurs femmes savaient déjà : ce phénomène est bien réel et peut se produire autant dans des lieux achalandés que désertés. En attendant des solutions de société, comment une femme peut-elle se protéger? On a posé des questions à une instructrice d'autodéfense.

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Est-ce que les applications sont une bonne solution?   

Safety App, Life360, BSafe: il existe une panoplie d’applications sur iOS et Android pour nous localiser sur GPS, envoyer un message d’urgence si on est en détresse ou nous aider à choisir un meilleur itinéraire de marche. 

Ça peut effectivement être pratique lorsqu'on quitte la maison d'un ami dans un secteur qu'on ne connaît pas ou encore, ou pour envoyer un message d'urgence à un contact de confiance si l'on se sent suivi.

Mais il faut aussi faire attention pour ne pas qu'ils se retournent contre nous, prévient Béatrice Châteauvert-Gagnon, instructrice d’autodéfense pour le Centre de prévention des agressions de Montréal (CPAMAPC). 

L'instructrice Béatrice Châteauvert-Gagnon effectuant une prise d'autodéfense. Mme Châteauvert-Gagnon enseigne au Centre de prévention des agressions de Montréal.

L'instructrice Béatrice Châteauvert-Gagnon effectuant une prise d'autodéfense. Mme Châteauvert-Gagnon enseigne au Centre de prévention des agressions de Montréal.

Elle incite par exemple à être vigilant si vos parents ou un partenaire jaloux en profitent pour envahir votre vie privée en vous suivant par GPS.

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«Il faut faire attention que ça ne devienne pas un instrument de contrôle ou d’invasion de la vie privée, précise-t-elle. Surtout pour des parents contrôlants ou dans des relations qui peuvent devenir abusives.»

Est-ce qu'on devrait suivre un cours d’autodéfense?   

Un cours d’autodéfense de base peut nous permettre de diminuer notre peur et d’augmenter notre confiance grâce à quelques trucs de base, dit Béatrice Châteauvert-Gagnon.

Pas besoin de devenir un maître en arts martiaux pour savoir se défendre lors d’une attaque. D’ailleurs, si vous vous lanciez dans le karaté pour cette raison, ça pourrait vous prendre plusieurs années pour vous sentir en contrôle, ce qui est contre-productif. 

«Les agresseurs ne s’attendent pas à une riposte. Ils comptent sur notre peur, notre silence et notre isolement, indique Béatrice Châteauvert-Gagnon. Quand on crie, quand on riposte, on défait leur scénario et ça nous permet d’aller nous mettre en sécurité.»

Photo Adobe Stock

 

L'experte explique qu'en situation de danger, il est impératif de se défendre avec toute son énergie jusqu’à ce qu’on soit en sécurité. Elle suggère d'utiliser une partie de son corps qui est forte et viser un point sensible du corps de l'agresseur. 

«Je peux utiliser mon coude dans ses parties génitales ou son plexus solaire, je peux utiliser mon poing sur son nez, car mon poing va toujours être plus fort que son nez», illustre-t-elle.

Si on ne peut pas atteindre son poivre de Cayenne, son porte-clé ou son téléphone, il faut penser à ce que l’on a déjà, car tout n’est pas perdu.

«Il faut se souvenir que notre corps est toujours avec nous. Notre corps est suffisant pour se défendre», explique-t-elle.

Parler à un harceleur, est-ce une mauvaise idée?    

Il n'y a pas que la force physique qui compte en situation dangereuse: il y a aussi l’autodéfense verbale qui, selon le CPAMAPC, est la technique la plus efficace. Mais attention: il faut toujours s’adapter à la situation et suivre son intuition.

«On a une sonnette d’alarme qui nous dit quand quelque chose ne va pas. Peut-être que c’est le moment de crier, de parler doucement, de rappeler que je suis humaine et pas un objet, de poser une question ou de donner un ordre», souligne l'experte en autodéfense. 

Violence conjugale   

Si ces techniques peuvent être utiles et nous permettre de nous sentir plus en sécurité, elles ne conviennent pas à la majorité des situations de violence envers les femmes, comme les agressions par un membre de sa famille ou impliquant de la violence conjugale, insiste Mme Châteauvert-Gagnon. Même si le harcèlement de rue est un phènomène fréquent, il ne s'agit pas du type de violence envers les femmes le plus fréquent au Québec.

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«La grande majorité des agressions sont commises par des gens qu’on connaît, dans des lieux qu’on connaît. Beaucoup des outils d’autodéfense physique ne nous aident pas quand c’est le grand-père au mariage de ta cousine, ou quand c’est ton conjoint dans ton lit.»     

Alors comment peut-on lutter contre la violence faite aux femmes? En améliorant notre système de justice et notre réponse collective à la violence faite aux femmes, indique Mme Châteauvert-Gagnon. 

S’il n’y a pas de danger pour notre sécurité, la post-doctorante en études féministes rappelle qu’il est important d’aller à la rencontre d’une femme si elle est en danger et d’intervenir lorsqu’un homme agit de manière louche ou inappropriée «Ce qu’on voudrait, c’est de n’avoir plus besoin d’utiliser ces outils-là. On aimerait que ce soit aux agresseurs de prendre la responsabilité de ne pas agresser», conclut-elle.

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