Voici comment on peut se servir des plantes pour lutter contre la crise environnementale | 24 heures
/environment

Voici comment on peut se servir des plantes pour lutter contre la crise environnementale

Image principale de l'article Les plantes pour lutter contre la crise climatique
Photo courtoisie. Chloé Frédette

Vous ne le saviez peut-être pas, mais il est possible de concevoir des technologies basées sur le fonctionnement des plantes vivantes pour lutter contre certains problèmes environnementaux. C’est ce qu’on appelle des phytotechnologies. On vous en présente cinq ici, qui sont particulièrement intéressantes. 

Les systèmes de biorétention  

Photo courtoisie. Lise Gobeille

Les pluies abondantes, dont l’intensité devrait augmenter avec le réchauffement climatique, peuvent rapidement devenir un problème pour les usines de traitement des eaux, et ce, particulièrement en ville. 

«Le problème vient du fait que les espaces urbains sont de plus en plus minéralisés. L’eau ne peut plus s’infiltrer dans le sol parce qu’il y a de l’asphalte, des bâtiments, etc.», explique Chloé Frédette, vice-présidente de la Société québécoise de phytotechnologie et docteure en biologie végétale. 

«Donc, ça va directement dans l’égout, puis à la station de traitement qui ne fournit pas toujours, et ça peut entraîner des surverses dans les cours d’eau», poursuit-elle.

Une solution possible? Aménager des systèmes de biorétention, c’est-à-dire des aménagements de différentes plantes en bordure de rue ou de stationnement par exemple, qui permettent d’absorber une grande quantité des précipitations. 

«Une biorétention, ça peut réduire jusqu’à 100% de la quantité d’eau qui est envoyée à l’égout pendant un épisode de pluie, tout dépendant de la façon dont elle est conçue», indique Chloé Frédette.

Les arbres de rue  

Photo courtoisie

Ça peut paraître étrange de considérer les arbres comme des phytotechnologies, mais leurs bienfaits sont si importants qu’on peut réellement les utiliser comme des outils pour combattre certains problèmes environnementaux.

«Les arbres de rue ont énormément de fonctions, explique Chloé Frédette. Ils vont entre autres filtrer l’air, produire de l’oxygène, séquestrer et stocker du carbone. Et en utilisant de l’eau et en faisant de l’évapotranspiration, ils rafraîchissent l’air et ils font de l’ombre aussi. Donc, dans la lutte aux îlots de chaleur, les arbres de rue, c’est la solution numéro un.»

«Un arbre mature, ça équivaut à cinq climatiseurs qui fonctionneraient 20 heures par jour», ajoute Maxime Faubert, candidat au doctorat à l’Institut de recherche en biologie végétale de l'Université de Montréal et chercheur invité à la Fondation David Suzuki.

Les murs et toitures végétalisés  

Photo courtoisie. Lise Gobeille

Les murs et les toitures végétalisés sont encore peu répandus au Québec, pourtant leurs avantages sur le plan environnemental sont nombreux.

«C’est extrêmement intéressant pour les zones qui sont très urbaines, donc très denses, où c’est difficile d’aller planter de la végétation parce qu’il n’y a pas beaucoup d’espace disponible», indique Chloé Frédette. 

«Les deux [les murs et les toitures végétalisés] vont s’attaquer à une panoplie d’enjeux, poursuit-elle. Par exemple, ils vont absorber de l’eau, transpirer et rafraîchir l’air ambiant, et ils ont aussi un effet de climatisation au niveau du bâtiment.»

Photo courtoisie. Lise Gobeille

Les murs comme les toits végétalisés peuvent donc être d’une grande aide pendant les périodes de canicule en diminuant de beaucoup la température des murs exposés au soleil. 

«Un mur qui est végétalisé, si le mur à la base est en brique par exemple, ça peut réduire sa température de 20 °C à 30 °C. C’est quand même considérable pour réduire la température des logements», explique Maxime Faubert.

Les haies brise-vent  

Photo courtoisie. RF Biotiques

Si les arbres de rue ainsi que les toits et murs végétalisés sont particulièrement utiles en ville, les haies brise-vent sont surtout efficaces en milieu rural pour contrer les effets du vent sur l’érosion des sols.

«Ça dépend des cultures, mais souvent les parcelles de sol vont être laissées à nu suite aux cultures et avec l’action du vent, il y a une perte de sol qui est très, très importante, explique Chloé Frédette. Par exemple, les terres noires dans le sud du Québec, à cause des problèmes de vent, on prévoit que dans plusieurs années, il n’y aura plus assez épais de sol pour pouvoir cultiver. Ça va jusque-là.»

Photo courtoisie. Marie-Josée Parent

«Les haies brise-vent permettent aussi d’arrêter la neige, poursuit la docteure en biologie végétale. Ça permet d’avoir une couverture plus importante de neige dans les champs, qui protège le sol et les micro-organismes dans le sol, et ça peut augmenter les rendements les années subséquentes.»

Les marais filtrants  

Photo courtoisie. Chloé Frédette

«C’est un peu mon chouchou, mais qui est malheureusement mal connu au Québec», indique Chloé Frédette.

Les marais filtrants sont une phytotechnologie qui permet de décontaminer l’eau sans avoir besoin d’une usine de traitement conventionnelle. On fait passer l’eau usée par ce genre de marais, qui peut avoir l’apparence d’une longue et large bande de végétaux, et elle en ressort épurée.

«C’est extrêmement développé ailleurs dans le monde, beaucoup en Europe, aux États-Unis, et de plus en plus dans les pays en développement parce que c’est une technologie qui est très intéressante au niveau des coûts d’implantation et des coûts d’opération, comparativement à des stations de traitement conventionnelles», explique Chloé Frédette.

«Malheureusement, au Québec, il n’y a pas beaucoup d’expertise sur le sujet, je dirais même qu’il n’y en a pratiquement pas. Mais ça a un potentiel énorme», conclut-elle. 

À lire aussi

Et encore plus