L'indifférence, ce nouveau mal de vivre entre la dépression et l'anxiété | 24 heures
/panorama

L'indifférence, ce nouveau mal de vivre entre la dépression et l'anxiété

Image principale de l'article Ce mal de vivre entre la dépression et l'anxiété
Photo adobe stock

Si vous n’avez jamais entendu parler de langueur, c’est normal. Cet état mental n’est pas tout à fait la dépression, pas tout à fait le burn-out, mais affecte profondément votre concentration et votre motivation. Et comme cet entre-deux pourrait être l’émotion dominante de 2021, pourquoi ne pas apprendre à la reconnaître dès aujourd’hui?

Si vous vous sentez blasé depuis le début de la pandémie, eh bien, vous n’êtes pas seul. Le psychologue Adam Grant, auteur du livre Think Again: The Power of Knowing What You Don’t Know et animateur du balado WorkLife, a fait paraître sa définition du languishing dans un article du New York Times, après avoir observé, chez lui comme dans son entourage, des symptômes difficiles à nommer.

«Ce n’était pas un burn-out, on avait encore de l’énergie. Ce n’était pas une dépression, on n’était pas dépourvus d’espoir. On se sentait simplement tristes sans avoir de but précis», écrit Adam Grant.

Ce qu’il appelle le languishing, ou la langueur en français, c’est le sentiment de stagner, une profonde impression de vide, l'impression que notre vie n'a pas de sens. Il décrit ce mal comme le mouton noir de la santé mentale: il n’y a pas assez de symptômes pour poser un diagnostic de maladie mentale, mais le portrait ne reflète pas non plus un équilibre psychologique. 

«C’est le vide entre la dépression et l’épanouissement – l’absence de bien-être, écrit le spécialiste dans le New York Times. Vous êtes indifférent à votre indifférence. Lorsque vous ne pouvez pas voir votre propre souffrance, vous ne cherchez pas d’aide ou encore ne faites pas grand-chose pour vous aider.»

Quand aller chercher de l’aide?       

Cette nouvelle définition du mal-être ne surprend pas le Dr Michel R. Campbell, psychologue et sexologue. Le spécialiste tend plutôt à appeler ce phénomène l’«anxiodépression».

«Les gens sont à bout de souffle. Ils sont anxieux pour diverses raisons et, devant cette incertitude, c’est très difficile d’être optimiste devant l’avenir. Dans ces circonstances, la morosité, la dépression et l’anxiété commencent à émerger», explique le spécialiste.

Jusqu’à un certain point, cette anxiété est donc normale. Mais à quel moment doit-on aller chercher de l’aide?

«Quand ça fait mal, ça fait très mal. Quand des gens commencent à avoir des idées noires, vivent une grande tristesse, ont tendance à s’isoler et se mettent à trembler ou même à faire de la tachycardie, c’est signe qu’il faut consulter», soutient le Dr Michel Campbell, qui croule sous les demandes de suivi. 

Nommer pour mieux s’expliquer       

La langueur n'est peut-être pas un terme connu, mais être à l’écoute de son état d’esprit peut être un pas dans la bonne direction. Tout comme de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls. 

«Nous avons encore beaucoup à apprendre sur les causes de la langueur et sur la manière de la guérir, mais la nommer pourrait être une première étape. Cela pourrait aider à désembuer notre vision, nous donnant une fenêtre plus claire sur cette situation floue», insiste Adam Grant.

Pour s’en sortir, le psychologue propose un concept appelé «flux» ou flow en anglais. Comme la méditation, le flux permet d’oublier pendant un moment notre cadre spatiotemporel. Un fou rire, une série, un livre ont tous la capacité de transporter notre esprit ailleurs pour lui donner une petite pause. 

Dans la même veine, Adam Grant propose de garder le cap sur des projets qui nous tiennent à cœur, aussi petits et personnels soient-ils. 

«Les gens qui se sont immergés dans leurs projets ont pu éviter de languir et ont maintenu leur bonheur prépandémique», explique-t-il. 

Finalement, il propose de se donner de petits défis quotidiens réalisables. Ce peut simplement être de marcher à l’extérieur, de cuisiner un dessert ou d’appeler un ami. 

«Parfois, c’est un petit pas vers la redécouverte d’une partie de l’énergie et de l’enthousiasme qui vous ont manqué pendant tous ces mois.»


SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE

Ligne québécoise de prévention du suicide   

Jeunesse, J’écoute   

Tel-Jeunes   


Des vidéos qui pourraient aussi vous intéresser:     

Comme reconnaître la violence conjugale?

s

C'est normal, l'insomnie

s

À lire aussi

Et encore plus