Trains à hydrogène: la solution d’avenir pour l’industrie ferroviaire? | 24 heures
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Trains à hydrogène: la solution d’avenir pour l’industrie ferroviaire?

Image principale de l'article Hydrogène: le futur de l’industrie ferroviaire?
Photomontage Alexandre Pellet

Il y a quelques semaines, la France a passé sa première commande de trains à hydrogène. Cette technologie, qui fait partie des solutions pour réduire les émissions de carbone dans les transports, est-elle envisageable chez nous aussi? 

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Le secteur ferroviaire n'est pas le plus polluant du Canada: il équivaut environ à 1% des émissions de GES du pays, selon un rapport daté de 2017. 

Mais avec les plus récentes avancées technologiques dans le milieu de l’hydrogène, le moment est idéal pour repenser notre industrie ferroviaire, croit le professeur d’ingénierie à l’Université de la Colombie-Britannique, Gordon Lovegrove. 

Vapeur d’eau  

AFP

Le plus gros avantage des trains qui fonctionnent à l’hydrogène : ils n’émettent aucun CO2 en circulant puisqu’ils rejettent de la valeur d’eau et de l’eau condensée.  

Les trains alimentés à l’hydrogène produits par la compagnie Alstom, qui a acquis Bombardier Transport en début d’année, sont capables de parcourir 1000 km sans ravitaillement, ce qui est comparable aux trains alimentés au diesel. 

Il faut quand même tenir compte de la source de laquelle provient l’hydrogène, puisque certaines sont plus écolo que d’autres. Mais si on se concentre sur l’hydrogène vert (produit par l’électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables), il permettrait «de réduire de 80% à 95% des émissions carbone par rapport à une exploitation de train thermique», selon l’Étude sur les perspectives du train hydrogène en France

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Moins couteux que les trains électriques  

PHOTO COURTOISIE

Au Québec, alors que l’électrification des transports est un thème récurrent, les trains à hydrogène pourraient s’avérer une alternative intéressante aux modèles électriques.  

À long terme, les câbles ou aux rails électrifiés peuvent devenir très coûteux en raison de l’entretien, selon Thierry Ha, consultant pour la firme spécialisée dans les énergies et transports durables Hinicio. 

«Les trains électriques demandent des infrastructures importantes avec les câbles, alors que le train à hydrogène peut être bon pour s’établir en campagne ou dans des milieux moins denses», précise le Québécois qui travaille depuis près de neuf ans sur le déploiement de l’hydrogène en Europe.  

«L’hydrogène permet donc une flexibilité d’exploitation et de décarboner plusieurs lignes en même temps. Contrairement au câble [électrique] qui est dédié à une ligne», illustre-t-il. 

Joël Lemay / Agence QMI

M. Ha précise aussi qu’il s’agit d’une technologie plus performante que les batteries. L’industrie n’a pas encore réussi à développer une technologie assez fiable pour parcourir de longues distances et permettre un temps de recharge relativement court. 

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Populaire en Europe  

C’est en 2018 que la multinationale française Alstom a fait rouler le premier train de passagers alimenté par l’hydrogène, en Allemagne. Depuis cette première mondiale, le déploiement de cette technologie intéresse de plus en plus la communauté européenne.   

Des trains à hydrogène de la compagnie Alstom circulent en Allemagne depuis 2018.

AFP

Des trains à hydrogène de la compagnie Alstom circulent en Allemagne depuis 2018.

En Allemagne, 41 engins sont présentement en déploiement alors que du côté de la France, 12 trains voyageurs sont attendus sur les rails. Plusieurs autres pays comme l’Italie ou les Pays-Bas testent à l’heure actuelle cette «nouvelle» technologie.   

La situation au Canada  

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Tandis que plusieurs régions du Canada se sont construites autour de l’industrie ferroviaire, il est logique de se demander si l’hydrogène pourrait être une solution envisageable ici aussi. Même si les premiers trains à hydrogène se font encore attendre de ce côté de l’Atlantique, ce n’est pas parce que nous sommes en retard sur le développement de la technologie, indique M. Lovegrove.  

«Le Canada est l’un des plus grands producteurs d’hydrogène au monde. C’est un signal fort que l’hydrogène s’en vient [dans les transports] et les recherches démontrent qu’il s’agit du meilleur carburant pour lutter contre les changements climatiques», explique le spécialiste sur les trains alimentés à l’hydrogène.  

À l’heure actuelle, l’hydrogène est surtout produit par l'industrie chimique, gazière et pétrolière, où les effets bénéfiques en réduction de carbone sont limités.  

Bien que le gouvernement canadien ait reconnu que l’hydrogène était une solution à envisager dans sa Stratégie relative à l’hydrogène, publiée en décembre 2020, il n’y a aucun projet de trains utilisant cette technologie sur les rails. 

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Voir plus loin que l’industrie ferroviaire   

Photo AFP

Le développement d’un réseau d’hydrogène permettrait de valoriser cette source d’énergie localement. M. Lovegrove voit mal le secteur se tourner vers les pipelines par exemple pour le transport de la ressource, c’est pourquoi bien développer des infrastructures au niveau local représente une bonne solution. De plus, l’hydrogène pourrait servir à alimenter d’autres secteurs d’activités, comme le camionnage.    

Bien que l’hydrogène semble être une avenue plus qu’intéressante, il ne pourrait pas tout régler à lui seul. Plusieurs variables, comme les coûts de productions élevées et les moyens de transporter l’hydrogène, doivent encore être améliorées.  

Une chose est sûre toutefois selon les experts interrogés, l’hydrogène, à condition qu’il provienne de sources renouvelables, peut faire partie de la solution pour verdir le secteur des transports.   

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