Nouvelle règle sur la confidentialité des données d’Apple: qu’est-ce que ça change? | 24 heures
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Nouvelle règle sur la confidentialité des données d’Apple: qu’est-ce que ça change?

Vous possédez un iPhone? Eh bien, il vous est maintenant possible, pour chaque application, d'accepter ou de refuser d’être suivi à la trace. Si cette nouvelle fonctionnalité d’Apple a de quoi réjouir les consommateurs désireux de protéger leur vie privée, c’est tout le contraire pour les annonceurs et les géants du web comme Facebook et Google. On vous explique pourquoi.

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Qu'est-ce qui change?  

Avec le déploiement de la version 14.5 d’iOS hier matin, la fonctionnalité dite ATT (App Tracking Transparency) devient une obligation.

Dorénavant, lorsque vous ouvrez une application qui collecte vos données à des fins commerciales, une petite fenêtre de consentement s'ouvrira. Vous pourrez accepter ou pas que vos données soient récoltées et utilisées. En cas de refus, l'application en question ne pourra plus accéder à votre identifiant publicitaire, un numéro qui permet de vous pister sur les différents sites que vous consultez.

Mais même si les utilisateurs refusent le pistage, des applications comme Facebook ou Instagram pourront continuer à déduire les goûts en fonction de la navigation sur sa propre application, et à afficher des pubs personnalisées. 

Les applis pourront aussi continuer de se servir des données de première main, comme l’âge ou la localisation. Mais elles ne pourront plus, potentiellement, les échanger avec des tiers — qu’il s’agisse de faire des recoupements ou de les vendre, de façon plus ou moins anonymisée.

Pourquoi est-ce important? 

La nouvelle mise à jour d'iOS est importante dans la mesure où elle reconnaît pour la première fois le désir des usagers d'Apple de mieux protéger leur vie privée, explique le professionnel de la sécurité de l'information chez AFI Expertise Steve Waterhouse. 

Selon lui, cette décision pourrait permettre à l’entreprise de se démarquer de ses compétiteurs. Ces derniers pourraient ensuite être tentés d'imiter la marque à la pomme. 

Mais attention: refuser qu'une application comme Facebook utilise vos données ne garantit pas une protection sans faille. Il est important de rester prudent.   

«L’usager doit appliquer une bonne cyberhygiène pour qu’il ne puisse pas être victime et tomber dans le panneau, insiste-t-il. Ça ne prévient pas, en aucun cas, qu’une personne soit victime d’une attaque quelconque.»

Pourquoi Facebook et Google sont-ils fâchés?  

Sur chaque produit Apple se retrouve un identifiant pour utilisateurs appelé IDFA. Les compagnies comme Facebook (dont les revenus sont basés sur la publicité) utilisent cet identifiant pour cibler les pubs et évaluer leur efficacité auprès des usagers. Cet identifiant peut aussi être associé avec d’autres technologies, permettant aux entreprises de mieux cibler vos besoins et préférences.

Les marques payent plus cher pour des pubs ciblées et finement personnalisées, qui rapportent donc plus d’argent aux sites web et applications que les espaces publicitaires en fonction du contexte (annonces pour des hôtels à côté d’articles sur les voyages, par exemple).

Facebook craint donc un impact sur ses revenus. Début février, Facebook a fait savoir qu’il diffuserait ses propres informations aux utilisateurs à côté de celles du fabricant de l’iPhone, sur la fenêtre de consentement.

Quel impact sur la publicité?  

La nouvelle fonctionnalité d'Apple risque de déplaire aux entreprises qui souhaitent acheter de la publicité sur Facebook et Google.  

«Facebook a besoin de traquer le trafic sur le site des annonceurs. Facebook doit pouvoir prouver que [la publicité] a généré des ventes. Mais l’annonceur a aussi besoin d’analyser ce trafic, car il va prendre des actions en fonction [de la performance d'une publicité]», explique le cofondateur de l'agence marketing montréalaise My Little Big Web, Maxence Pezzetta. 

«Le problème, c'est que pour les propriétaires d’iPhone, on va leur dire: est-ce que vous acceptez que Facebook traque votre activité en dehors de Facebook à des fins de publicité? Les gens ne vont pas comprendre et, par réflexe, ils vont dire non», a-t-il mentionné. 

Selon Maxence Pezzetta, l’App Tracking Transparency pourrait donc décourager des entreprises à acheter de la publicité sur le web, ce qui pourrait avoir un impact sur les revenus des géants du web et éventuellement réduire l'offre de service ou de contenu gratuit sur le web.

Il donne l'exemple de YouTube: certaines entreprises payent YouTube en achetant de la publicité. La plateforme, offerte gratuitement aux utilisateurs, rémunère ensuite certains des producteurs en fonction du nombre de visionnements. 

«C’est grâce à la pub que tout ce qu’on a là, c’est gratuit», soutient-il.

- Avec L'AFP

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