Un boum de cultivateurs de champignons au Québec | 24 heures
/panorama

Un boum de cultivateurs de champignons au Québec

Agriculture locale

s

Pleurotes, chanterelles, hydnes et hericium: retenez ces noms, puisque des producteurs urbains veulent inonder le marché québécois de ces champignons méconnus qui n’ont rien à voir avec les petits champignons blancs qu’on retrouve en épicerie.

En tête de file de ce mouvement, la ferme Les 400 pieds de champignons, une petite organisation du nord de Montréal en pleine expansion. «À notre première année d’opération, on a fait 60 000$, puis pour la troisième année, on vise entre un et deux millions de dollars en revenus», explique Michaël Loyer, cofondateur de l’entreprise. 

Au début, la ferme se trouvait dans un bâtiment industriel où elle occupait un espace de 400 pieds carrés – d'où le nom de la compagnie. Elle a dû agrandir son espace de production depuis, et s'apprête à le faire encore: des serres supplémentaires, qui permettront de doubler la production, sont en train d'être construites.

L'hydne corail, un champignon comestible, croyez-le ou non.

Manu Chataigner - Agence QMI

L'hydne corail, un champignon comestible, croyez-le ou non.

En un peu plus d’un an, l’équipe de six employés est passée d’une production de 250 livres de champignons par semaine à un peu plus de 800. «Avec nos nouvelles serres, on espère faire 1000 livres, 1200 livres de plus», raconte Michaël Loyer. Il ouvre même une boutique au Promenades Saint-Bruno.

«Il y a un gros boum en ce moment [dans l’intérêt pour les champignons], constate Michaël Loyer. J’ai l’impression qu’il y a un nouveau cultivateur de champignons qui apparaît à tous les deux mois.»

La demande est forte  

S'il y a autant de producteurs qui se lancent en affaires, c’est que la demande est forte: il semble que la pandémie s’est avérée un bon prétexte pour découvrir les champignons produits localement. 

Entre mars 2020 et mars 2021, le groupe Facebook «Champignons du Québec», dédié à l’identification et à la culture de champignons, est passé de 5000 membres, un total patiemment acquis depuis 2017, à 22 000 membres. «Les gens se sont remis à découvrir le Québec en randonnée, estime l’administrateur du groupe, David Fortier. Ils ont vu des champignons et ils ont été curieux.»

À peine 5 à 10% dans les épiceries  

Cet intérêt renouvelé représente une occasion pour Michaël Loyer et pour plusieurs autres cultivateurs. En ce moment, la proportion de champignons qui viennent du Québec dans les épiceries «est minuscule», selon lui. «C’est de l’ordre de 5 à 10%, le reste vient de l’Ontario, de la Colombie-Britannique, beaucoup de la Pologne, de la Chine, ils viennent des États-Unis», déplore-t-il.

Les champignons peuvent poussent dans des serres d'intérieur très humides. Ils n'ont généralement pas besoin de lumière.

Manu Chataigner - Agence QMI

Les champignons peuvent poussent dans des serres d'intérieur très humides. Ils n'ont généralement pas besoin de lumière.

Alors que certains pays comme le Japon ou la Corée cultivent des champignons spécifiques à leur terroir, comme le shiitake, Michaël Loyer s’explique mal qu’on ne produise pas les champignons qu’on mange au Québec. Avec le voyagement qui peut prendre jusqu’à deux semaines, les champignons venus d’ailleurs sont «médiocres» et sont déjà «vieux» lorsqu’on les cuisine, selon lui. 

«Des champignons comme les pleurotes, c’est frais pendant dix jours si tu les gardes au frigo», renchérit Dominique Lynch-Gauthier, de la ferme Blanc de gris. Ce genre de produit doit être distribué localement puisqu’il a l’avantage de pouvoir être produit en serre n’importe où, selon elle.

Production écoresponsable  

La drêche de brasserie, le résidu des céréales brassées pour faire la bière, est un déchet encombrant que les fermes de champignons peuvent recycler.

Manu Chataigner - Agence QMI

La drêche de brasserie, le résidu des céréales brassées pour faire la bière, est un déchet encombrant que les fermes de champignons peuvent recycler.

La ferme Blanc de gris exploite un autre avantage de la culture de champignons: leur terreau peut être aménagé avec différents produits organiques. Dominique Lynch-Gauthier recycle la drêche (les dépôts qui restent après qu’on eut brassé la bière) des microbrasseries de l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve pour faire pousser ses champignons. 

«Ils me payent pour que je les en débarrasse, explique-t-elle. C’est vraiment [important] d’avoir une production écoresponsable.» 

Sur le même sujet

À lire aussi

Et encore plus