[BILLET] La COVID-19 aurait une incidence sur la dysfonction érectile: comment parler de ce sujet tabou? | 24 heures
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[BILLET] La COVID-19 aurait une incidence sur la dysfonction érectile: comment parler de ce sujet tabou?

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BILLET - Une étude italienne avance que les hommes qui ont eu la COVID-19 ont plus de risques de connaître des troubles érectiles. Oh, et que ceux qui vivent déjà avec une dysfonction érectile auraient plus de risques de contracter le virus! Évidemment, la nouvelle fait jaser et je remarque qu’une certaine tendance se dessine dans les articles qui en font mention: on juge que le problème est grave, mais on se permet aussi de l’aborder avec un petit sourire en coin... Qu’y a-t-il donc de gênant dans ce sujet?

Dans les médias, quand on parle de cette étude menée auprès d’environ 7000 hommes — dont l’âge moyen est de 33 ans —, on ajoute souvent des pointes du type: «Voilà une bonne raison de porter le masque, messieurs!» J’en suis venue à me demander pourquoi on peine à parler sérieusement de dysfonction érectile.  

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«Je pense que, si on a un sourire en coin, c’est qu’il y a encore un tabou autour de la question, m’explique le sexologue Maxime Lévesque. Le sujet est délicat et il nous gêne! Mais je crois aussi que le pénis fait rire en général. On n'a qu’à penser aux graffitis dans les toilettes publiques ou aux dessins qu’on fait sur le visage d’un ami saoul...»  

Une vision de la masculinité    

Effectivement, on a fait du pénis une source d’humour! Reste que la dysfonction érectile touche environ 30% des Canadiens, selon l’Association des urologues du Canada, et que, pour plusieurs d’entre eux, elle n’a rien de drôle.  

«Ça peut engendrer des symptômes dépressifs ou de l’anxiété de performance, car ça touche notamment la question de la masculinité, précise Maxime Lévesque. On éduque encore beaucoup les gars autour de l’importance de l’érection et on n’imagine pas très bien James Bond avoir des troubles sur ce plan... Par contre, il y en a d’autres qui vivent très bien avec la dysfonction érectile! Ça a mené certains hommes à être plus créatifs, parce qu’ils ont découvert d’autres formes de sexualité qui ne sont pas centrées autour de l’érection.»  

Quoi faire en cas de trouble    

L’important est donc d’en parler. Mais comment? Voici ce que conseille le sexologue: «Quand on veut aborder un sujet qui nous tracasse, je suggère de commencer en indiquant ce que ça nous fait vivre, d’avoir à en parler. Je me sens stressé en ce moment, j’aurais besoin de ton écoute... Ça met notre interlocuteur dans une posture d’accueil.»   

Or il est aussi important d’en discuter avec notre médecin, parce qu’un trouble érectile peut être signe d’un autre enjeu de santé. Cette étude sur la COVID-19 en est un bon exemple. Pourtant, seul le quart des hommes français ayant une dysfonction érectile ont consulté un professionnel à ce sujet en 2019. 

Comment briser ce tabou? Selon Maxime Lévesque, il faut d’abord se demander si on se sent en confiance avec notre professionnel de la santé. «Ensuite, rappelez-vous qu’il est habitué de traiter cette condition comme n’importe quelle autre, conseille le sexologue. Vous pouvez ouvrir la discussion en une phrase simple: J’ai remarqué une différence dans mes érections... Je conseillerais également aux médecins de ne pas se gêner pour demander à leurs patients comment va leur santé sexuelle.» 

La fin d’un tabou, c’est une responsabilité partagée. 

En attendant la fin de la gêne, je souligne que la COVID aura eu du bon en amenant cette discussion: qui sait, grâce à elle, on apprendra peut-être à mieux aborder les troubles d’érection... 

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