Les chalets locatifs envahissent les régions: un problème pour l'accès au logement | 24 heures
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Les chalets locatifs envahissent les régions: un problème pour l'accès au logement

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Photomontage Marilyne Houde

Passer ses vacances au Québec en louant un chalet en pleine nature, ce n’est pas sans conséquence. L’engouement est si important que des investisseurs y voient des affaires d’or... parfois au détriment des communautés qui habitent les régions.

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En à peine deux ans, le nombre de demandes d’attestations pour tenir une résidence de tourisme a explosé dans les régions prisées* pour passer ses vacances au Québec. Entre les périodes 2017-2018 et 2019 à aujourd’hui, on note à ces endroits une hausse moyenne de 81 % de demandes de permis pour la location à court terme, d’après les données de la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ).  

Ces locations permettent un certain développement économique des régions, mais entraînent aussi des hausses de prix difficiles à absorber pour les gens qui y habitent. Le phénomène est aggravé par la hausse de Québécois qui s’installent en région depuis le début de la pandémie. 

«Certaines personnes sont maintenant dépourvues d’accéder à la propriété en raison du décalage entre le pouvoir d’achat des populations locales et les prix dans les régions qui concordent avec l’arrivée d’une population urbaine», déclare Charles Brant, de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ). 

Frénésie chez les investisseurs  

L’engouement marqué pour la location est vu par plusieurs personnes comme une occasion rêvée de faire fortune. Certains mettent à louer un chalet qui leur appartient déjà, tandis que d’autres achètent des chalets ou des maisons dans le but précis de les louer. 

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«Les gens s’arrachent ce qu’il y a de disponible et ils perdent un peu la tête, lance Maxime Rondeau, un promoteur immobilier de 35 ans dans la région de Lanaudière. C’est comme si la pandémie a créé un effet de peur et qu’acheter un chalet dans le nord, c’est une police d’assurance.»  

Le développeur immobilier autodidacte offre d’ailleurs en location une suite luxueuse, adjacente à sa résidence. Il raconte avoir reçu tellement de questions de la part d’investisseurs dans son entourage au cours des derniers mois qu’il a créé le groupe Facebook «Faire de l’$$$$ avec les chalets locatifs». 

Pour lui, c’est clair : le créneau du marché court terme est en plein essor et même si plusieurs font de bonnes affaires, d’autres font «un peu n’importe quoi».  

«On en voit de toutes les couleurs. Certains deviennent les 48es à faire une offre d’achat sur un chalet. Les gens perdent un peu la tête [pour profiter de l’engouement]», explique l’investisseur.  

Ça crée des problèmes  

Reste que ce nouvel engouement a des conséquences : lorsqu’une propriété est louée à des touristes, elle ne peut évidemment pas être habitée par les gens du coin, ce qui crée des problèmes d’accès au logement.  

Comme c’est le cas en ville, les conditions du marché immobilier ont évolué en faveur des vendeurs. Dans les Laurentides par exemple, il y a quelques années, 12 à 16 mois étaient nécessaires pour écouler l’inventaire de maisons à vendre. Aujourd’hui, ce délai est plutôt de 4 à 5 mois. «Si on a pour 4 ou 5 mois d’inventaire, c’est qu’il y a beaucoup de propriétés dans un état lamentable, difficiles à vendre. Dans un marché de villégiature, ça veut dire qu’il ne reste plus que le fond du baril à vendre», explique Charles Brant. 

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Il met quand même en garde les investisseurs et les spéculateurs : eux aussi pourraient finir par faire le saut en voyant les prix des propriétés. «Il pourrait y avoir des retours de propriétés sur le marché dès qu’il y aura à nouveau un semblant de normalité et que les gens voudront se remettre à voyager», croit le directeur du service d’analyse de marché. 

Riposte  

Devant le phénomène grandissant, des petites municipalités adoptent des mesures pour tenter de limiter les impacts, tant sur le prix et la disponibilité des logements, que sur la quiétude des régions touchées.  

«[Certains] citoyens n’ont rien à faire de l’environnement dans lequel ils s’insèrent. Le milieu de quiétude est bouleversé par la musique et le bruit et ça crée de la frustration dans le voisinage», explique Philippe Morin, directeur général et secrétaire-trésorier de la municipalité de Saint-Jean-de-Matha.  


*Les données utilisées pour cet article concernent les régions suivantes : Bas-Saint-Laurent, Cantons-de-l’Est, Charlevoix, Chaudière-Appalaches, Gaspésie, Lanaudière, Laurentides, Outaouais et Montérégie.


Bon à savoir    

Dans certaines régions, le nombre de permis pour la location court terme a particulièrement augmenté quand on compare les périodes 2017-2018 et 2019 à aujourd’hui :     

  • Outaouais +154 %      
  • Charlevoix +133 %     
  • Lanaudière +134 %     
  • Laurentides +86 %          

La jeune plateforme de réservation de chalets québécoise WeChalet a vu une croissance de 500 % des réservations par rapport à 2019 et envisage même une croissance d’encore 500 % en 2021 par rapport à 2020.

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