Troubles alimentaires et souffrance psychologique: des patineurs «prêts à tout pour atteindre un podium» | 24 heures
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Troubles alimentaires et souffrance psychologique: des patineurs «prêts à tout pour atteindre un podium»

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Ils étaient prêts à tout pour une médaille olympique: dans le documentaire Pression, coréalisé par Marie-Christine Noël et Ninon Pednault, sept patineurs canadiens racontent la souffrance psychologique qu’ils ont endurée. 

«Ça commence à un très jeune âge, explique Ninon Pednault, reporter au Bureau d’enquête. Les patineurs ont une forte pression pour rester minces. L'argument, c’est: “Tu vas sauter plus haut, tu vas mieux virer.”» 

Ces sept patineurs olympiques, à la retraite ou encore en activité, ont raconté aux deux journalistes les multiples commentaires culpabilisants qu’ils ont reçus sur leur poids. À cause de cette pression pour avoir un corps parfait, plusieurs de ces athlètes se pesaient plusieurs fois par jour ou consignaient les calories ingurgitées pendant la journée dans un carnet.  

Boulimie et anorexie    

Pire encore: certains ont développé des troubles alimentaires, comme la boulimie ou l’anorexie. 

«On essaie tout, puis on voit ce qui fonctionne le mieux», explique Shawn Sayer, qui a participé aux Jeux olympiques de Turin en 2006 et qui a été interrogé dans le cadre du documentaire. 

Au mépris de leur santé mentale et physique, «ils étaient prêts à tout pour atteindre un podium», résume Marie-Christine Noël, elle-même une ancienne patineuse de niveau intermédiaire. 

Commotions non traitées    

À travers le témoignage de Juliane Séguin, ex-patineuse en couple, en retraite sportive à 24 ans, le documentaire Pression met aussi en lumière un autre côté sombre de la compétition: les blessures mal traitées que traînent les athlètes. Le documentaire s’intéresse à l’histoire de Juliane Séguin, une ex-patineuse en couple de 24 ans qui est aujourd’hui en retraite sportive. 

Avant les Jeux olympiques de 2018 à Pyeongchang, en Corée du Sud, elle a subi trois commotions cérébrales en un an. Son protocole de gestion des commotions a ensuite été mal suivi et son retour à la compétition trop précoce.  

Résultat: elle vit maintenant avec des séquelles qui l’empêchent d’être autonome. «Elle ne peut plus sortir de la maison, elle ne conduit plus, elle est étourdie, elle a des nausées», énumère Marie-Christine Noël. 

Pas capables de retourner dans un aréna    

Certains éprouvent aujourd’hui un mal-être quand ils retournent dans un aréna. Voilà pourquoi les deux coréalisatrices ont décidé de tourner toutes les scènes de patinage sur des patinoires extérieures.  

Ninon Pednault, qui connaissait peu le monde du patinage avant le documentaire, confie avoir découvert un sport niché et un milieu «très fermé». Le public est soit très partisan du sport, et donc peu enclin à le remettre en question, soit indifférent, ce qui n’encourage pas la prise de conscience du grand public, observe-t-elle.  

Avec Pression, les deux journalistes souhaitent proposer des pistes de solution: respecter rigoureusement les temps de repos prévus dans les protocoles de gestion des commotions, sortir de la logique du poids avant tout et travailler en équipe avec des psychologues ou des biomécaniciens. 


► Le documentaire Pression est maintenant disponible sur Club illico

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