Comment l’Inde en est arrivée là? | 24 heures
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Comment l’Inde en est arrivée là?

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L’Inde n’est pas au bout de ses peines, alors que des gens meurent dans les stationnements des hôpitaux des suites de la COVID-19, selon des journalistes sur place qui analysent la dégringolade qu’a connu le pays depuis les deux derniers mois.  

«Personne ne l’avait vu venir parce que y’a encore deux mois les cas étaient très bas», raconte Côme Bastin, un journaliste stationné à Bangalore, dans le sud du pays.  

Avec plus de 300 000 cas par jour depuis la semaine dernière, l’Inde est en train de se tailler une place dans le palmarès des pires bilans de la crise. L’explosion des cas serait liée au «relâchement complet de la discipline», selon Côme Bastin, mais aussi à deux événements que les autorités auraient dû réprimer : d’abord, la fête religieuse de la Kumbh Mela, et ensuite les rassemblements politiques organisés pour les élections législatives.  

La Kumbh Mela  

Plus grand pèlerinage au monde, la Kumbh Mela est un festival qui a lieu quatre fois aux douze ans en fonction des analyses de certains astrologues hindous. En 2013, la Kumbh Mela avait rassemblé un nombre record de 100 millions de pratiquants. «Les participants vont se baigner dans le Gange à des endroits précis pour se purifier de leurs péchés», explique Frédérick Lavoie, un journaliste basé à Mumbai qui a déjà participé au pèlerinage.  

Malgré la pandémie, le festival a démarré depuis déjà près de trois mois. «Certaines journées on s’est retrouvé avec quelques 3 millions de personnes qui se baignaient en même temps», raconte-t-il. Le festival se termine dans quelques jours et les autorités craignent de voir ces millions de personnes retourner dans leurs villes respectives.  

Déjà des personnalités publiques, comme l’ancien roi du Népal, ont fait la manchette après avoir contracté le virus lors de l’événement.  

Les autorités ont réagi «trop peu trop tard», entre autres parce que Narendra Modi, le premier ministre de l’Inde, «est un nationaliste hindou, les fêtes religieuses sont donc importantes pour sa base électorale», explique Frédérick Lavoie. 

Les élections législatives 

Au début avril, le premier ministre de l’Inde a aussi mené campagne au Bengale-Occidental, un État indien typiquement détenu par ses opposants politiques. Des rassemblements partisans «monstrueux» regroupant «des dizaines de milliers de personnes, parfois au nombre de deux par jour» ont donc eu lieu dans cette région de l’Inde, selon Côme Bastin. «[Le premier ministre Narendra Modi] se vantait sur les réseaux sociaux d’avoir réussi à amasser des foules incroyables», affirme Frédérick Lavoie. 

La pointe de l’iceberg  

Les 350 000 cas par jour seraient «des statistiques qui sous-représentent la réalité», selon Frédérick Lavoie. Côme Bastin abonde dans le même sens. «Par rapport aux États-Unis, au Canada ou à l’Europe, l’Inde fait six à sept fois moins de tests [en proportion du nombre d’habitants]. Donc les 350 000 cas, faut les multiplier par cinq ou six [...] et là t’es à plus d’un million de cas par jour.»  

Les autorités sont aussi accusées de cacher les vrais chiffres pour éviter la panique. «Par exemple dans l’Uttar Pradesh, qui est l’État le plus peuplé de l’Inde, les autorités ont déclaré 100 morts en une journée, mais un seul crématorium local avait brûlé 110 corps», raconte Côme Bastin. 

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