Dans l’univers musical de Louis-Jean Cormier | 24 heures
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Dans l’univers musical de Louis-Jean Cormier

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  •  Images: Sébastien Dorion   

Après quatre ans sans sortir d’album entre 2016 et 2020, le leader de Karkwa a enchaîné coup sur coup deux albums en autant d’années.

Louis-Jean Cormier semble avoir lui aussi profité de la pandémie pour être plus prolifique que jamais. 

Le ciel est au plancher, son dernier opus en date, a été une véritable catharsis pour le musicien qui a perdu son paternel, Marcel Cormier, à peine quelques semaines avant de lancer Quand la nuit tombe.

Tu as sorti un album en 2020 et tu nous reviens dès l’année suivante avec un autre album. Est-ce que le contexte pandémique t’a permis d’écrire plus rapidement?

Inévitablement. Il y a deux choses qui ont favorisé la rapidité de la sortie de l’album: la pandémie et le sujet, qui était le décès de mon père. Le processus de deuil. Dans ces moments-là, on dirait qu’on est un peu plus à fleur de peau et les mots nous arrivent plus rapidement. 

Peux-tu nous parler de Marcel Cormier le mélomane?

Marcel Cormier est un amant de la chanson, du chant choral et de la musique classique. Quand je pense à lui, je pense à des classiques de la chanson comme Georges Moustaki, Jacques Brel, Léo Ferré. Il avait aussi dans son bagage beaucoup de Beethoven, Mozart, Fauré, Bach, etc. 

C’est quoi le premier show dont tu te souviens?

La famille de ma mère a fondé le Festival de la chanson de Petite-Vallée. J’y allais chaque année. J’espionnais les tests de son de Pierre Flynn et de Jim Corcoran. Je dînais avec Gilles Vigneault parce que mon père était un de ses collègues d’école. 

Pour revenir à mon premier show, ça a certainement été un spectacle de chorale. Mes parents faisaient beaucoup de chorales. Je me rappelle des concerts de fin d’année de la chorale de Sept-Îles. 

Ton spectacle le plus mémorable?

Le spectacle 4 saisons dans le désordre de Daniel Bélanger. J’avais à peu près 14 ans. Je commençais à plancher à l’idée de faire ça dans la vie. Il est passé à Sept-Îles et j’étais déjà un peu en contact avec Rick Haworth, son guitariste. J’étais allé les voir dans l’après-midi et j’avais regardé son kit de guitare et son pedalboard. Je vivais un moment d’extase. 

J’allais justement te demander quel show t’a mis dans la tête de faire ce métier-là...

C’est l’amalgame de plusieurs choses. À Petite-Vallée, j’avais vu un concert de Jim Corcoran avec le guitariste Bob Cohen. Il avait des mains très agiles, de grands doigts. Je me disais «j’ai aussi des grands doigts...» Je jouais de la guitare 4 heures par jour. J’étais vraiment dans une furie de vouloir devenir un virtuose... Ce que je ne serai probablement jamais! (Rires) 

Tu as travaillé sur le spectacle Seul Ensemble consacré à l’œuvre de Serge Fiori. Quel autre monstre sacré de la chanson québécoise mériterait un tel spectacle?

Michel Rivard. C’est impressionnant parce qu’il n’a jamais arrêté. C’est une source d’inspiration pour nous parce qu’on n’a pas envie que ça s’arrête de notre bord non plus. 

Quand tu repenses à tes albums, es-tu capable de te rappeler ce que tu écoutais au moment où tu les composais?

Tout le temps! François Lafontaine, mon claviériste avec qui j’ai coréalisé l’album, et moi, on est des boulimiques de musique. Les influences vont apparaître de tous bords, tous côtés. 

Au moment de faire le dernier album, on avait des références précises de David Bowie, de certains disques de l’étiquette jazz ECM. Du Philip Glass des années 80, du Sufjan Stevens. On a travaillé avec des trucs hyper modernes autant que des vieux synthés des années 70-80. On a fait venir des cuivres en studio pour aller chercher le son de Wayne Shorter ou Miles Davis

Ton parolier préféré, ce serait qui?

Il y a des grosses phrases sorties de la tête de Stéphane Lafleur d’Avec pas d’casque. Aussi, Philippe B est d’après moi un de nos plus grands auteurs de chansons. Il a fait des disques énormes dont Variations fantômes. Martin Léon a une rigueur au niveau de la recherche des mots. 

J’ai nommé trois dudes mais je pourrais nommer des filles extraordinaires. Des autrices-compositrices comme Francine Raymond. Je suis aussi un fan de Laurence-Anne. Klô Pelgag, elle est extraordinaire à tous niveaux: musical, poétique, direction artistique. 

Quel album est le mieux réalisé toutes époques confondues?

Au Québec, je trouve que dans Trompe-l’œil de Malajube, il y a eu une démarche concrète de direction artistique qui était extraordinaire. Même chose pour Rêver mieux de Daniel Bélanger ou 4 saisons dans le désordre. Daniel Bélanger avait ce désir d’homogénéité très impressionnant. 

Certains albums comme L’heptade d’Harmonium vont posséder en eux-mêmes un espèce de contexte, d’étampe du temps. Même chose pour Jaune de Jean-Pierre Ferland. C’est important pour moi qu’un disque puisse traverser la barrière de la temporalité. 

Dans ton studio, as-tu gardé des vieux instruments qui datent de tes débuts?

Tu devrais voir ça! C’est un musée! On a des vieux instruments, des pièces de collection de toutes les époques. On aime la nostalgie musicale autant que les fantômes dans les vieilles guitares, les vieux synthétiseurs. J’aime jouer avec ma Stratocaster 1971 qui est vraiment dans le style de Jimi Hendrix. Elle a du vécu. Elle a une moustache cette guitare-là! (Rires) 

Est-ce qu’il y a un groupe séparé dont tu souhaites la réunification?

Il y en a plein! J’aimerais revoir un show de Malajube. Ou des trucs impossibles comme voir les Beatles ou les Beach boys dans la version originale. Il y a aussi un trio de jazz que j’avais vraiment aimé. Je les avais vus à deux reprises, c’est Medeski, Martin & Woods. On a réécouté ça en tournée dernièrement, ça n’a pas pris une ride. 

Écoutez la playlist de Louis-Jean Cormier.