Déforestation de l'Amazonie: des dizaines d’entreprises et d'organisations menacent de boycotter le Brésil | 24 heures
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Déforestation de l'Amazonie: des dizaines d’entreprises et d'organisations menacent de boycotter le Brésil

Image principale de l'article Déforestation: le Brésil menacé de boycottage
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La pression monte encore d'un cran pour le président brésilien Jair Bolsonaro, alors que la forêt amazonienne est de plus en plus menacée par les incendies et la déforestation.

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Dans une lettre diffusée mercredi, près de 40 distributeurs, entreprises et fédérations, essentiellement européens, menacent le Brésil de boycotter ses produits agricoles s’il ne retire pas un projet de réforme agraire qui pourrait, selon eux, accélérer la déforestation de l’Amazonie.

Des chaînes de supermarchés, comme les britanniques Asda, Marks and Spencer, Sainsbury’s et Morrisons, l'allemande Aldi et la suisse Migros, s’inquiètent d’un projet de loi qui prévoit la privatisation de terres et qui «menace comme jamais l’Amazonie». Cette nouvelle menace s'ajoute aux feux de forêt et à la déforestation, qui ont atteint «des niveaux extrêmement élevés» l’an passé en Amazonie. 

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Les signataires de la missive adressée aux parlementaires brésiliens soutiennent que «les objectifs pour réduire les niveaux» de déboisement «et les budgets pour y parvenir sont de plus en plus inadéquats».

On souligne aussi, dans la lettre, que «l’Amazonie est une partie vitale du système terrestre [...] essentielle pour la sécurité de notre planète, tout en représentant un élément vital d’un avenir prospère pour les Brésiliens et toute la société».

Les signataires concluent en déclarant que, si le projet de loi en venait à se concrétiser, ils n'auraient «d’autre choix que de reconsidérer [leur] recours à la chaîne d’approvisionnement agricole brésilienne». Ils enjoignent finalement au gouvernement de «reconsidérer cette proposition» législative.

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La forêt amazonienne brésilienne désormais émettrice de carbone 

Cette lettre s’inscrit dans un contexte où les bienfaits de l’Amazonie pour le climat sont en train de s’estomper dangereusement.

La portion de la forêt amazonienne qui se trouve au Brésil a rejeté depuis 2010 plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, un basculement majeur et inédit pour cet écosystème crucial dans la limitation du réchauffement de la planète, selon une nouvelle étude.

Sans les forêts, qui absorbent 25 à 30% des gaz à effet de serre émis par l’humain, le dérèglement climatique serait bien pire.

Mais les scientifiques s’inquiètent depuis plusieurs années d’un essoufflement des forêts tropicales et craignent qu’elles ne soient de moins en moins capables de jouer leur rôle de puits de carbone. La forêt amazonienne, qui représente la moitié des forêts tropicales de la planète, fait notamment l'objet de leurs inquiétudes.

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De 2010 à 2019, l’Amazonie brésilienne, en perdant de sa biomasse, a émis environ 18% plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, 4,45 milliards de tonnes ayant été rejetées, contre 3,78 milliards de tonnes stockées.

«C’est la première fois qu’on a des chiffres qui montrent qu’on a basculé et que l’Amazonie brésilienne est émettrice» nette de carbone, explique à l’AFP l’un des auteurs, Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

Pour l’instant, a priori, «les autres pays compensent les pertes de l’Amazonie brésilienne» et, ainsi, «l’ensemble de l’Amazonie n’a pas encore basculé, mais elle pourrait le faire bientôt», poursuit-il.

L’étude démontre également l’explosion de la déforestation en Amazonie brésilienne en 2019, année de l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, mais aussi d’une sécheresse importante: 3,9 millions d’hectares perdus, soit 30% de plus qu’en 2015, et près de quatre fois plus qu’en 2017 et 2018.

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Pourquoi l’Amazonie est-elle importante pour le climat? 

«Jusqu’à présent, les forêts, en particulier les forêts tropicales, nous protégeaient en permettant de freiner le réchauffement. Mais notre dernier rempart, l’Amazonie, est en train de basculer», met en garde le chercheur. Et «on ne sait pas à quel moment le basculement pourrait être irréversible».

La forêt amazonienne, par le processus de photosynthèse des arbres, absorbe du CO2 tout en rejetant de l’oxygène, ce qui diminue la quantité de gaz à effet de serre libéré dans l’atmosphère. Elle représente également l’habitat d’une très riche biodiversité.

Avec la fonte des calottes glaciaires, le dégel du pergélisol ou la disparition des récifs coralliens, le dépérissement de la forêt amazonienne fait partie des «points de rupture» ou «points de bascule» identifiés par les scientifiques comme des éléments-clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

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