Billet : voici ce que dirait le courriel que j’aimerais recevoir | 24 heures
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Billet : voici ce que dirait le courriel que j’aimerais recevoir

Image principale de l'article Le courriel que j’aimerais recevoir
Photomontage Alexandre Pellet

BILLET - Quand on prend la parole dans l'espace public, on reçoit toutes sortes de courriels, et rarement ceux qu'on aimerait avoir. Comme un certain chroniqueur, moi aussi je rêve parfois à des courriels que j'aimerais recevoir.

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C'est sûr que prendre la parole pour quelqu'un qui vit une réalité différente de la nôtre et s'approprier ses expériences, c'est loin de favoriser les échanges. Mais si on rêve, j'aimerais bien en recevoir un, d'un professeur blanc très cultivé, de l'âge de ma mère, qui impressionne seulement par sa présence, et qui me dirait ceci.    

Des regrets  

Je regrette, dirait-il, que le racisme anti-Noirs, anti-Autochtones, anti-Arabes ou anti-Asiatiques soit encore si brûlant d’actualité qu’il mène à des querelles culturelles. Comment ose-t-on contester ou ignorer l’indignation légitime résultant de la mort de Joyce Echaquan ou encore de l’arrestation fautive de Mamadi III Fara Camara ?  

Je regrette, dirait-il, que l’on ne puisse pas encore comprendre les notions de l’appropriation culturelle versus l’appréciation culturelle. C’est encore abstrait pour plusieurs, certes, mais il me semble qu’il est toujours préférable de laisser place au dialogue entre les cultures plutôt qu’à l’esprit colonialiste qui tente toujours de vouloir tout s’approprier. 

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Je regrette, dirait-il, que sur les plateaux de débats télévisés, on ne soit pas plus sensible à la diversité des opinions, des prises de position multiples, des valeurs de la nuance, des perspectives plus actuelles, surtout lorsqu’on aborde les questions sur la discrimination basée sur la couleur de peau.

Je regrette, dirait-il, qu’on ne se penche pas plus sur une réforme scolaire des livres d’histoire du Québec contemporain, plutôt que de s’entêter à ne pas reconnaître le racisme systémique. On pourrait s’attarder à des personnages historiques comme Yvette Bonny ou Monia Mazigh, qui ont contribué à la construction de la Belle Province.  

Je regrette, dirait-il, que plusieurs des activistes pertinents des communautés culturelles ouverts au dialogue ne soient pas plus souvent conviés à des forums économiques, sociaux ou à des rencontres politiques organisés par les instances gouvernementales. 

Je regrette, dirait-il, que l’on ne soit pas plus conscient de la complexité des phénomènes comme le port du voile ou le profilage racial. Au moins, le fait de commencer à y réfléchir et d’en débattre est un pas vers l’avant. 

Je regrette, dirait-il, que ce Québec qu’on aime tous et qu’on chérit tous soit encore habité par la haine de quelques groupes extrémistes heureux de cracher leur venin raciste sur des plateformes, cachés derrière leurs écrans d’ordinateur. 

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Il poursuivrait ainsi : ces regrets que je vous partage, Mademoiselle Etienne, ne sont que les balbutiements d’une société en éveil, qui prend conscience du changement qui s’opère et qui désire le progrès entre personnes civilisées. 

Ce n’est qu’un rêve  

Comme je vous l'ai dit dès le départ, je n'ai pas reçu ce courriel.  

Je viens moi aussi de l’inventer, puisé dans mon subconscient, là où sommeillent mes rêves les plus fous. 

Mais je vous jure les amis, moi aussi j’aurais vraiment aimé le recevoir. 

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