«Il y a un manque flagrant de diversité corporelle et ethnique dans l’industrie de la mode» | 24 heures
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«Il y a un manque flagrant de diversité corporelle et ethnique dans l’industrie de la mode»

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Il y a trop peu de femmes de taille moyenne ou encore qui sont issues de la diversité dans le monde de la mode. C'est le constat que font deux mannequins montréalaises.

«Dans l’industrie, il y a beaucoup de tailles zéro, un et deux, ou alors des tailles plus, constate la mannequin Annie Roy. Mais où se trouvent les femmes dans le milieu?», poursuit-elle, dans une entrevue réalisée dans le cadre de notre série Poing levé

Tania Rivera Tavarez, elle aussi mannequin, y voit un paradoxe. «On va souvent mettre l’emphase sur les tailles courbes ou fines, mais pas les tailles moyennes, qui sont 80% de la société», souligne-t-elle. 

Tania Rivera Tavarez note que certains maquilleurs n'ont pas toujours les teintes adaptées à des peaux mates lors des photoshoots.

Alejandra Carranza

Tania Rivera Tavarez note que certains maquilleurs n'ont pas toujours les teintes adaptées à des peaux mates lors des photoshoots.

Ce manque de représentativité se reflète dans les produits qu’on peut retrouver en magasin, explique Annie Roy, rencontrée en marge d’une séance photo avec Kabouki Productions, dans le studio Focus, à la Cité de la mode. Elle observe notamment qu’elle doit souvent opter pour une taille en principe supérieure à sa taille réelle. 

«Demandez à des femmes de ma grandeur où elles s'habillent, lance la mannequin de 5 pieds 9 pouces. Elles vont sûrement vous répondre: “À pas beaucoup d’endroits!”» 

Maquillage et coiffure pas adaptés            

Autre ombre au tableau: il y a trop peu de diversité ethnique dans le monde du mannequinat, déplore Tania Rivera Tavarez. 

«Quand j’ai commencé, j’ai eu beaucoup de refus, se rappelle-t-elle. On me disait que mes cheveux étaient différents, qu’il y avait déjà des gens de la même couleur que moi.» 

L’entrepreneuse souligne aussi que, lors des séances photo, certains maquilleurs n’ont pas toujours les teintes de maquillage adaptées à des peaux foncées. Des coiffeurs, quant à eux, «n’ont pas nécessairement l’expertise pour travailler avec des types de cheveux plus afros», mentionne-t-elle. 

Quelles solutions?            

Chacune agit à sa manière pour changer les choses: tandis qu’Annie Roy vient de signer un contrat de trois ans comme mannequin de taille moyenne chez Dulcedo Management, Tania Rivera Tavarez a créé sa propre agence artistique, TYNDY, pour mettre de l'avant des professionnels issus de la diversité, tant devant que derrière la caméra. 

Mais ça ne s'arrête pas là. Pour contrer les biais dans leur milieu, les deux mannequins ont des idées, à commencer par développer l’acceptation de soi et des autres, dès le plus jeune âge. 

Tania Rivera Tavarez pense aussi qu’il faut miser sur l’inclusion des personnes racisées à tous les niveaux de la production, «pas seulement pour l’image et la visibilité, mais pour l’ancrer dans la vision d’une compagnie, en tant que valeur».  

Annie Roy rêve du jour où on n'emploiera plus le mot «normal» et où on arrêtera de catégoriser les mannequins selon leur poids ou leur âge.

Alejandra Carranza

Annie Roy rêve du jour où on n'emploiera plus le mot «normal» et où on arrêtera de catégoriser les mannequins selon leur poids ou leur âge.

Annie Roy imagine qu’une réglementation, au moyen de quotas par tranche de poids, pourrait avoir un effet bénéfique sur la visibilité de toutes les tailles. 

Il faut enfin que chacun prenne conscience de son pouvoir d’influence sur les marques, poursuit la mannequin de taille moyenne. 

«En tant que consommateur, vous pouvez interpeller les compagnies, vous manifester sur les réseaux sociaux et demander d’avoir plus de diversité corporelle.» 

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