La poutine, un moyen de se rebeller contre l’ordre établi: on a parlé avec l’auteur de Poutine Nation | 24 heures
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La poutine, un moyen de se rebeller contre l’ordre établi: on a parlé avec l’auteur de Poutine Nation

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Autrefois méprisée, la poutine est aujourd’hui admirée mondialement. Dans son livre Poutine Nation, Sylvain Charlebois, professeur à l’Université Dalhousie d'Halifax, revient sur le contexte politique dans lequel est né ce plat iconique. Pour en parler, on a partagé avec lui une poutine, à distance.

«Je me rendais compte, en vivant à l’extérieur du Québec et en voyageant à travers le monde, que la poutine était vraiment connue partout et que la culture québécoise était identifiée par ce biais», explique l’universitaire. 

On connaît bien Sylvain Charlebois pour ses analyses du secteur agroalimentaire ou encore ses chroniques dans Le Journal, moins pour l'intérêt qu'il porte à la poutine, un sujet qui peut sembler futile. Mais c'est avec toute la rigueur qu'on lui connaît qu'il souhaitait retracer les origines de ce plat rassembleur.  

Émergence durant la «Grande Noirceur»    

Le contexte politique dans lequel la poutine a vu le jour pourrait en partie expliquer son succès, avance l'auteur. 

«C’est une histoire de ruralité. En région, dans les années 50, l’Église jouait un grand rôle. C’était durant les années Duplessis, durant la Grande Noirceur, une époque où la libre expression n’était pas comme aujourd'hui.» 

La rigueur de cette période aurait servi de catalyseur à l’avènement de la poutine. Dans son livre, Sylvain Charlebois la voit comme un moyen de se rebeller contre l’ordre établi. «Le besoin de se faire plaisir, de fuir la triste réalité au moyen d’un mets réconfortant allait dans le sens contraire de l’obéissance à un régime. La poutine contrevenait à toutes les règles sociales ou physiques que l’on peut imaginer s’imposer.» 

Une fierté... canadienne?    

Victime de son succès, la poutine est désormais érigée au rang de mets typique du Canada. Elle a pourtant longtemps été dédaignée par le reste du pays pour son manque de raffinement. 

• À lire aussi: Selon un article de la BBC, la poutine est seulement québécoise et non canadienne

Dans la revue Cuizine, en 2016, l’auteur Nicolas Fabien-Ouellet mentionnait qu’elle avait été utilisée comme «une forme de stigmate contre un groupe minoritaire qui est encore en danger d’absorption culturelle». 

Sylvain Charlebois pense la même chose. «Ni les élites québécoises, qui préféraient prendre la France pour référence culinaire, ni les Anglo-Canadiens, qui la ridiculisaient en la qualifiant d’aller simple vers le cimetière, n’en voulaient.» 

Aujourd’hui, le plat est régulièrement cité comme une attraction culinaire du pays. On trouve un festival de la poutine à Ottawa et le gouvernement en parle comme de la #BestThingAboutCanada sur ses médias sociaux. 

Tout ça, c’est de la «canadanisation» de la poutine, écrit Nicolas Fabien-Ouellet. L’auteur de l’article Poutine Dynamics observe qu’avec cette nouvelle fierté s’opère un «revirement de l’injure» de la part des Québécois. 

Et c’est bien pour cela qu’il faudrait protéger le contexte culturel qui l’entoure, selon Sylvain Charlebois. 

Une appellation protégée pour la poutine?    

La solution serait peut-être une appellation protégée, croit le chroniqueur du Journal. Actuellement, seules cinq appellations réservées existent dans la province, pour des produits comme l'agneau de Charlevoix, le cidre de glace ou le maïs sucré de Neuville. 

«C’est toujours important de comprendre pourquoi certaines choses ont été inventées», explique le professeur, qui pense qu’une certification pourrait «permettre au peuple québécois de s’approprier son histoire». 

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