Avion détourné, journaliste arrêté, communauté internationale indignée; voici ce qui se passe au Bélarus | 24 heures
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Avion détourné, journaliste arrêté, communauté internationale indignée; voici ce qui se passe au Bélarus

Roman Protassevitch
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Roman Protassevitch

Un avion dans lequel se trouvait Roman Protassevitch, un journaliste de 26 ans et opposant au président du Bélarus, a été détourné dimanche vers la capitale de ce pays alors qu'il ne devait que le survoler. Le jeune homme a été arrêté sur place, et l'ONU et l'Union européenne, entre autres, demandent sa libération immédiate.

Voici quelques notions pour mieux comprendre l'affaire. 

Qui est Roman Protassevitch?      

Roman Protassevitch est l'ancien rédacteur en chef du média d'opposition bélarusse Nexta, qui a joué un rôle clé dans la vague de contestation de la réélection, en 2020, du président Alexandre Loukachenko à la tête de ce pays d'Europe de l'Est. 

Roman Protassevitch en 2012

AFP

Roman Protassevitch en 2012

Loukachenko est au pouvoir depuis 1994. Le scrutin de 2020 a été largement critiqué par la communauté internationale, qui le jugeait frauduleux. 

Alexandre Loukachenko

Photo d'Archives, AFP

Alexandre Loukachenko

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre l'administration de Loukachenko à l'été et à l'automne derniers dans les rues de la capitale Minsk, mais la protestation s'est progressivement étouffée face à des arrestations massives, à des violences policières ayant fait au moins quatre morts, à un harcèlement judiciaire permanent et à de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes, rapporte l'AFP. 

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En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB) avaient placé M. Protassevitch sur la liste des «individus impliqués dans des activités terroristes». Il demeurait en Pologne jusqu'à son arrestation. 

Le vol Ryanair FR4978      

Le 23 mai, le vol Ryanair FR4978 a décollé d'Athènes, en Grèce, en direction de Vilnius, en Lituanie. Alors qu'il survolait le Bélarus, il s'est plutôt posé dans la capitale du pays, Minsk, où Protassevitch a été arrêté avant que l'avion poursuive son vol jusqu'en Lituanie. 

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Les autorités bélarusses affirment que l'avion a dû interrompre sa trajectoire en raison d'une «alerte à la bombe», qui se serait avérée «erronée», selon l'aéroport de Minsk. 

Des passagers qui étaient sur le vol ont raconté à l'AFP que Roman Protassevitch avait paniqué quand il s'est rendu compte que l'avion était détourné vers le Bélarus, certain que c'était à cause de sa présence à bord. «Il s'est juste tourné vers les gens et a dit qu'il risquait la peine de mort», a raconté la Lituanienne Monika Simkiene, notant qu'il semblait «très calme» une fois certain de son arrestation après l'arrivée à Minsk.

Sa conjointe Sofia Sapéga a également été arrêtée.

Lorsque l'avion a finalement atterri en Lituanie, des supporters de Roman Protassevitch étaient sur place. 

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Les «aveux»  

Dans une vidéo diffusée à la télévision publique du Bélarus lundi, Roman Protassevitch affirme collaborer avec les enquêteurs. «Le personnel se comporte avec moi de façon tout à fait adéquate et en respectant la loi, je continue de collaborer avec les enquêteurs et suis passé aux aveux concernant l’organisation de troubles massifs», affirme-t-il dans cette vidéo dans laquelle il s’exprime assis à une table, face à la caméra, l'air fatigué.

Il indique se trouver dans la Maison d'arrêt N°1, située dans le centre de Minsk, et dit être en bonne santé. 

L'opposition a rapidement dénoncé la vidéo. Des médias de l'opposition ont affirmé qu'il avait des traces sur le visage, ce qui laisserait présager selon eux de possibles mauvais traitements. 

Par le passé, les autorités bélarusses ont déjà été accusées d’avoir diffusé des confessions de détenus obtenues sous la contrainte. «Voici à quoi ressemble Roman sous pression physique et morale», a écrit sur Twitter la figure de l’opposition en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, dénonçant une vidéo diffusée par «les chaînes de propagande du régime». 

La cheffe de l'opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaya, exilée à l'extérieur du pays, a dénoncé l'arrestation.

AFP

La cheffe de l'opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaya, exilée à l'extérieur du pays, a dénoncé l'arrestation.

Ce qu'en dit la communauté internationale     

Bon nombre de pays et d'organismes croient que la prétendue alerte à la bombe n'était qu'un prétexte pour arrêter Protassevitch.     

  • En Europe, l’UE a décrié «une action complètement inacceptable» et a fermé son espace aérien aux appareils du Bélarus. La chancelière allemande Angela Merkel estime que les raisons invoquées par le Bélarus ne sont «pas crédibles». La Pologne, pays voisin soutenant l’opposition en exil, a parlé d’«acte de terrorisme d’État».        
  • Ailleurs dans le monde, les États-Unis ont dénoncé un «détournement forcé» et appellent à la libération de Roman Protassevitch. L'OTAN parle d'«un incident sérieux et dangereux».     
  • Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau a dénoncé l'arrestation : «c’était clairement une attaque envers la démocratie et la liberté de presse», a-t-il dit. Le Bélarus a fermé son ambassade au Canada.
  • Du côté de l'aviation, le patron de la compagnie irlandaise Ryanair, Michael O’Leary, a dénoncé un acte de «piraterie» et affirme que des agents des services de sécurité bélarusses, le KGB, ont pu se trouver à bord du vol. L’organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal, va organiser une réunion d’urgence de son organe directeur jeudi. Le Royaume-Uni a demandé à ses compagnies aériennes de contourner le Bélarus. La Lituanie et l’Ukraine ont interdit tous les vols via ce territoire. Plusieurs compagnies aériennes font de même (Air France, Lufthansa, Singapore Airlines). 
  • La Russie soutient le Bélarus. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, juge que Minsk a agi de manière «raisonnable» en promettant une «transparence totale» sur l’incident.          

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov

Photo d'archives, AFP

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov

Et maintenant?     

On ne sait pas pour le moment ce qui arrivera à Roman Protassevitch et sa conjointe. 

Le président Alexandre Loukachenko a signé lundi une loi interdisant aux journalistes de couvrir les manifestations jugées illégales. 

Mardi, sept opposants à son régime ont été condamnés à des peines de 4 à 7 ans de prison pour avoir participé à «des troubles massifs», référence au vaste mouvement de contestation de 2020. 

- À partir des informations de l'AFP

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