COVID-19: l’avenir du dépistage passerait-il par les chiens? | 24 heures
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COVID-19: l’avenir du dépistage passerait-il par les chiens?

Photo prise lors d'un test dans une université de Bangkok.
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Photo prise lors d'un test dans une université de Bangkok.

Les chiens sont plus efficaces que de nombreux tests pour détecter la présence de COVID-19 dans la sueur humaine, conclut une étude française publiée la semaine dernière. Au Québec, des experts espèrent pouvoir les utiliser pour le dépistage de masse lors de grands rassemblements, mais les recherches traînent la patte.  

En plus de pouvoir détecter le virus avec une efficacité de 97%, les chiens ont reconnu dans 91% des cas les échantillons négatifs, selon la plus récente étude menée en mars et avril par l’École nationale vétérinaire d'Alfort et l’unité de recherche clinique de l’hôpital Necker-Cochin de Paris.

Plus efficaces que les tests PCR    

Des résultats encourageants qui ne surprennent en rien Hélène Carabin, chercheuse et professeure titulaire du Département de pathologie et microbiologie de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, qui se bute depuis des mois à des portes closes. 

«D’un point de vue de santé publique, ça m’enrage qu’on utilise encore seulement des tests PCR. Les chiens pourraient même être plus sensibles que ces tests, puisqu’ils ne se concentrent pas sur une seule chose, mais sur un ensemble de réactions. Il y a des données de la Finlande qui suggèrent que les chiens détectent les cas avant les tests PCR», indique la détentrice d’un doctorat en épidémiologie et biostatistique de l’Université McGill.

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Les tests PCR (Polymerase Chain Reaction) sont les plus répandus dans le système de santé québécois en ce moment. Ils reposent sur des prélèvements faits dans les cavités nasales et dans la gorge. Bref, c’est le test lors duquel on vous insère un long bâton semblable à un coton-tige dans le nez et dans la gorge. 

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Les chiens utiles    

Sans commenter directement ces résultats, les experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) confirment que, selon la littérature scientifique, les chiens peuvent être très utiles dans la détection d’une multitude de maladies, infectieuses ou non. 

«En termes de performance pour la détection, il a déjà été observé que les chiens de détection médicale bien entraînés font habituellement preuve de grande sensibilité et spécificité», précisent-ils par courriel.

Mais comment les chiens pourraient-ils être meilleurs que des tests à la fine pointe de la technologie? 

Comme des mégaordinateurs   

Le fait est que les chiens sont des êtres extrêmement sensibles, explique Hélène Carabin. 

«Une fois formé, un chien, c’est comme un mégaordinateur qui est capable de gérer des quantités massives de données pour identifier l’ensemble des composés qui correspondent à la COVID», illustre-t-elle. 

Ces superordinateurs canins seraient en mesure de détecter les différentes compositions chimiques plus rapidement que des tests qui ciblent un éventail de données moins large, poursuit la scientifique.

«Lorsqu’elles sont soumises à un stress comme un virus, nos cellules produisent une composition chimique qui diffère d’une pathologie à l’autre. Au début de l’exposition, quand le virus ne s’est pas encore beaucoup reproduit, il n’y a peut-être pas encore beaucoup d’ARN d’excrété par la gouttelette, donc le test PCR par écouvillons ne le détecte pas nécessairement. Par contre, les cellules, elles, ont déjà réagi», explique celle qui travaille depuis des mois à préciser les avantages de la méthode. 

Un déploiement plus rapide et moins coûteux   

L’approche canine pourrait permettre de répondre à ce que l’INSPQ considère comme l'un des grands défis de la lutte contre la COVID-19: le dépistage de masse. Alors que le Québec se déconfine, il pourrait être avantageux d’utiliser les chiens dépisteurs lors de grands rassemblements, comme des événements sportifs ou des concerts, ou encore à l’aéroport, comme c’est le cas en Finlande.

Un chien renifleur à l'aéroport d'Helsinki.

AFP

Un chien renifleur à l'aéroport d'Helsinki.

«Elle permettrait de dépister très rapidement un grand volume d’individus et d’obtenir leur résultat simultanément. Ceci répondrait ainsi à l'un des grands défis du dépistage. Par exemple, certains auteurs estiment qu'un seul chien pourrait dépister environ 250 individus par heure en prenant seulement une fraction de seconde par échantillon», explique l’INSPQ par écrit. 

De son côté, Hélène Carabin a des objectifs encore plus ambitieux. 

«L’objectif, pour nous, ça serait la détection de masse où on met des échantillons en rangée, puis un chien serait en mesure de renifler 250 échantillons en 15 minutes», détaille celle qui est aussi professeure au Département de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

En plus d’être rapides, les tests auraient l'avantage d'être simples. Les gens n’auraient qu’à se frotter les aisselles ou le visage une trentaine de secondes avant que l’échantillon soit amené aux chiens qui, eux, pourraient y détecter le virus en quelques secondes à peine. 

Elle précise aussi que les coûts engendrés seraient nettement moins importants que ceux qui sont associés aux tests PCR. 

Des chiens renifleurs à l'aéroport d'Helsinki.

AFP

Des chiens renifleurs à l'aéroport d'Helsinki.

Plus de données nécessaires   

Malgré ces signes encourageants, Hélène Carabin et les experts de l’INSPQ s’entendent pour dire que des études de plus grande envergure sont nécessaires pour mieux documenter les limites de cette approche. 

Par exemple, il n’existe pas de données précises sur le temps requis pour former un chien, puisque chaque bête est différente. Alors que certains chiens peuvent être formés en quelques minutes, d'autres ont besoin d'un entraînement allant jusqu'à deux semaines. 

Il faudrait aussi avoir accès à plus d’échantillons de sueur pour mener des études plus précises; un manque d'échantillons est le principal frein aux recherches d’Hélène Carabin et de ses collègues. 

Selon elle, le gouvernement gagnerait à s’impliquer davantage, puisque ces avancées ne seraient jamais perdues.

«Les chiens sont récupérables. Une fois formés, ils peuvent être formés pour plusieurs autres maladies. De plus, si on veut éradiquer la COVID, ce sera important d’avoir des tests plus précis quand la prévalence de la maladie va diminuer», conclut-elle. 

Ailleurs dans le monde, des recherches sur le dépistage canin menées en Australie, en Allemagne et en Grande-Bretagne ont aussi donné des résultats intéressants. Dans la dernière année, les Émirats arabes unis ont également lancé des essais avec des chiens renifleurs à l’aéroport international de Dubaï. 

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