Un psychologue nous explique pourquoi les anti-masques se filment dans leur voiture | 24 heures
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Un psychologue nous explique pourquoi les anti-masques se filment dans leur voiture

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Avec la pandémie se sont multipliées, sur Facebook, les vidéos dans lesquelles des citoyens crient leur colère face aux mesures sanitaires en se filmant en mode selfie assis dans leur voiture. Pourquoi choisir systématiquement ce lieu? C’est une question de contrôle, selon un psychologue avec qui on a fait une visio (en voiture, bien sûr).

«En contexte de pandémie mondiale, on est plusieurs à vivre énormément d’impuissance, d’insécurité, constate Marc-André Dufour. Or, notre voiture, c’est familier, on décide où on va.» Se filmer en position de conducteur serait donc un moyen de reprendre du contrôle sur un espace, analyse-t-il. 

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Le contexte d’une vidéo filmée avec un téléphone créerait aussi de la familiarité et de la spontanéité, avec lesquelles il est facile de s’identifier. «On est loin d’un ton plus académique, protocolaire, avec un expert sur une estrade en complet et cravate», explique le psychologue. 

Une bulle à l’écart du reste du monde       

Le professionnel de la santé mentale y voit aussi un aspect très pratique. «Dans le contexte du confinement, c’est quand même difficile de se trouver un endroit tranquille», observe-t-il. 

Crier sa colère seul en voiture est donc un moyen d’éviter de faire peur au monde à la maison. «Ça crée une espèce de bulle, à l’écart du reste de la civilisation.»

Parodié par Arnaud Soly       

Enfin, M. Dufour y voit un effet de style: par un phénomène de «contagion sociale», la vidéo selfie en «char» est devenue un genre à part entière. Cette mode a d’ailleurs été détournée par des humoristes, comme Jerr Allain ou Arnaud Soly, et tournée en dérision par des pages de memes, comme «Les illuminés du Québec»

Selon le psychologue, on ne peut d’ailleurs nier une certaine recherche d’attention de la part des gens qui se filment, ce qui transparaît dans l’intensité de leurs messages, souvent véhéments. 

Difficulté à accepter sa vulnérabilité       

D’ailleurs, pourquoi toute cette colère? Selon l’auteur du livre Se donner le droit d’être malheureux, elle découle d’une difficulté à accepter ses sentiments dits négatifs. 

«Ce n'est pas rare que des gens se sentent vulnérables ou impuissants et associent cela à de la faiblesse, explique le psychologue. Donc, ils vont transformer ça en colère, qui est associée à la puissance.» 

Arrêtez de crier       

Au lieu de refouler cette impuissance, Marc-André Dufour propose une autre approche: «Plutôt que de faire cette crise-là, pourquoi vous n’en profiteriez pas pour expirer, inspirer, prendre des nouvelles de vos proches, reprendre contact avec vos valeurs?» 

Et, en dernier recours, aller chercher de l’aide. En appelant, par exemple, la ligne Info-Social au 811. 

«On a le droit de trouver ça difficile, assure-t-il. L’important, c’est de ne pas rester tout seul avec ça.» 

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