Insultes et politique : des solutions pour s'impliquer sans se décourager | 24 heures
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Insultes et politique : des solutions pour s'impliquer sans se décourager

Daniel Côté, maire de Gaspé, et Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun.

Daniel Côté, maire de Gaspé, et Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun.

Faire de la politique en 2021, ça peut aussi vouloir dire recevoir des messages très désagréables sur les réseaux sociaux, au point où certains abandonnent carrément le projet. Mais si vous pensez à vous impliquer, ne vous découragez pas trop vite: il existe quand même plusieurs solutions pour gérer cette problématique. 

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Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun depuis 8 ans, a reçu des messages si virulents qu’il a décidé de ne pas se représenter. Il raconte avoir fait le pari d’être très présent et accessible sur les réseaux sociaux dès le départ, mais qu’il ne s’attendait pas du tout aux attaques personnelles qu’il a reçues.  

«Quand les commentaires négatifs concernent mon travail, ça va. Mais quand ils deviennent personnels, qu’on me traite de “cave”, de “stupide” et d’“idiot”, c’est là que tu sens que tu deviens un punching bag», précise-t-il. 

Jean-François Parenteau

Félix Lacerte-Gauthier

Jean-François Parenteau

De son côté, Daniel Côté, maire de Gaspé et président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), dit avoir vécu une période trouble l’année dernière lors de la saga du camping sauvage sur les plages publiques de la ville. Ce qu’il qualifie de «grosse tempête» l’a presque fait jeter l’éponge avant la fin de son mandat.  

«C’est le seul moment où les menaces sont devenues difficiles à prendre. Une chance que ça s’est calmé rapidement, parce que si ça avait duré deux ou trois mois, je n’aurais pas été capable d’endurer ça. J’ai pensé démissionner. Mais quand on a repris le dessus, on s’est remis en mode positif et on a pu continuer le travail», indique-t-il. 

Daniel Côté

Photo Nelson Sergerie

Daniel Côté

Malgré ces messages, il a finalement décidé le mois dernier de solliciter un troisième mandat à la mairie de Gaspé, ajoutant que les attaques personnelles n’ont pas été un facteur déterminant dans sa décision. 

Heureusement, les maires à qui on a parlé soutiennent que les gens sont généralement courtois avec eux en personne. C’est plutôt l’anonymat que procurent les réseaux sociaux qui est un catalyseur de la haine qu’ils peuvent recevoir, disent-ils. 

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La pandémie comme point de bascule  

Le président de l’UMQ affirme que la pandémie a réellement été un point de bascule à partir duquel la problématique de l’intimidation envers les élus – qui, sans être généralisée, était déjà présente avant la crise sanitaire – s’est exacerbée. 

«Le confinement est venu jouer dans l’état mental des citoyens, affirme M. Côté. Les gens se sont trouvés isolés, avec moins de contacts sociaux et les élus ont joué le rôle d’échappatoire.» 

«Comme notre rôle amène une grande proximité avec la population, on était comme le paratonnerre des citoyens rendus anxieux par la pandémie», relate Jean-François Parenteau. La situation lui a permis de voir un côté pas nécessairement positif de la population qu’il n’avait jamais vu, dit-il. 

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Se débarrasser des trolls  

Avec sa campagne de sensibilisation «La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie», l’UMQ compte outiller les élus et leurs équipes dans la gestion de leurs réseaux sociaux. M. Côté cite comme exemple le développement d’une nétiquette permettant à l’élu ou à son équipe de sanctionner ou de facilement bannir de la page des personnes qui ne la respectent pas. 

En attendant, Jean-François Parenteau estime que parler de la situation qu’un élu vit réussit à sensibiliser les gens à la problématique. «J’ai eu tellement de commentaires positifs à la suite de l’annonce de mon départ, mais aussi des gens qui m’ont écrit pour s’excuser de certains messages qu’ils m’ont déjà envoyés. Je pense que ça leur a ouvert les yeux sur le fait que les élus sont d’abord et avant tout des êtres humains», dit celui qui ne regrette pas du tout son passage dans la sphère publique. «C’est une expérience merveilleuse et je considère que c’est noble aller en politique municipale. C’est du service public et c’est magnifique!»  

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Pour l'UMQ, ce sont quand même les sociétés propriétaires de réseaux sociaux qui devraient sévir envers les trolls. «Les Facebook et Twitter de ce monde se doivent d’avoir de meilleurs mécanismes de contrôle pour s’assurer que les personnes qui sont sur les réseaux sociaux sont de vrais humains qui ne sont pas là pour poser des gestes à la limite de la légalité», explique Daniel Côté.  

Comme ça ne risque pas de changer demain, voici quelques conseils pour mieux gérer vos réseaux sociaux si vous vous impliquez en politique.

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Guide des bonnes pratiques pour une gestion saine des réseaux sociaux  

Que vous soyez élu ou non, les réseaux sociaux n’ont pas à être un fardeau. Plusieurs solutions peuvent être mises en place pour éviter que les commentaires haineux aillent jusqu’à affecter la santé mentale. En voici quelques-unes.  

1. Établir une nétiquette 

La nétiquette est une charte de règles basées sur des valeurs de respect, de tolérance et de politesse visant à régir les comportements des utilisateurs sur une page ou un forum. En établissant clairement des règles qui s’appliquent aux abonnés, la personne faisant la gestion d’une page publique détient plus de latitude pour sanctionner les utilisateurs fautifs, par exemple en les bannissant.  

2. Bloquer, bloquer, bloquer! 

D'ailleurs, si une personne envoie des messages allant à l’encontre des règles de la nétiquette, il ne faut pas hésiter à la bloquer. Cette action permet d’éviter que cette personne ait accès à ce profil, que ce soit pour commenter sous une publication ou pour envoyer des messages privés. 

Solution moins drastique que de bloquer quelqu’un : rendre muets certains contenus. Il est possible de ne pas afficher de messages contenant certains termes ou expressions déterminés par le gestionnaire d’une page, ce qui rend les messages qui les incluent invisibles par défaut. 

3. Documenter les messages haineux 

Inutile de le faire pour les événements isolés, mais lorsque les messages haineux sont répétés, accumuler des preuves peut justifier les actions qui sont prises contre la personne les perpétrant. Et si ces commentaires deviennent menaçants au point où la police doit intervenir, il s’agit d’une corde de plus à votre arc. 

Plusieurs informations doivent être incluses, comme la date et l’heure, le type de communication (message privé, image, commentaire sous une publication, etc.), le nom du réseau social où le message a été envoyé et la nature de la menace. 

4. Répondre intelligemment (si ça vous tente)

Si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi répondre aux personnes qui émettent un commentaire haineux. Il faut cependant faire attention de ne pas nourrir l’animosité en visant toujours le message – et non le messager. L’objectif est d’atténuer la situation tendue. 

Il est d'abord conseillé de nommer les conséquences du harcèlement, puis, de condamner le contenu haineux sans attaquer la personne qui a écrit le message. Il est aussi possible d’utiliser le message reçu pour expliquer en quoi le commentaire est néfaste, ce qui peut, dans le même temps, faire de la sensibilisation auprès des autres. Et jamais, ô grand jamais!, utiliser des noms dégradants ou de menacer l’autre personne. 

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Pour plus de trucs et astuces sur les façons avec lesquelles une personne peut gérer les attaques personnelles sur les réseaux sociaux, suivez ce guide de l’organisme PEN America (en anglais seulement). 

Sources : Online Harassment Field Manual de l’organisme PEN America et Office québécois de la langue française 

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