Vous croyez avoir aperçu un OVNI mercredi soir? Il y a une explication | 24 heures
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Vous croyez avoir aperçu un OVNI mercredi soir? Il y a une explication

Une photo des satellites de Starlink au-dessus de la Floride en février dernier
AFP

Une photo des satellites de Starlink au-dessus de la Floride en février dernier

Vous croyez avoir vu un objet volant non identifié (OVNI) mercredi soir pendant que vous observiez les étoiles? Ne vous en faites pas! Il s’agit en fait de Starlink, la constellation de satellites appartenant à l’entreprise spatiale d’Elon Musk, SpaceX.

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Dans une publication faite hier soir vers 22h sur son compte Facebook, l’entrepreneur Alexandre Champagne indique qu’il revenait d’une marche à Saint-Lambert lorsqu’il a aperçu l’objet en question en regardant vers le ciel. 

«Je ne crois pas aux extraterrestres du tout. Genre fuck all. Mais ça, c’est la chose la plus inexplicable que j’ai vue», a-t-il écrit dans la publication à laquelle des centaines de personnes ont répondu. 

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Si l’objet céleste, une ligne argentée composée de plusieurs petits points alignés semblables à des étoiles, avait de quoi piquer la curiosité et inquiéter ceux qui l'ont aperçu à Montréal et dans les environs, le directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan, Olivier Hernandez, assure qu'il ne s'agissait pas d'un vaisseau extraterrestre. 

«J’ai vérifié, et c’était un train de satellites, puisqu’il y a eu un lancement Starlink hier après-midi», affirme l’astrophysicien. 

L’entreprise SpaceX, qui appartient au milliardaire Elon Musk, a également confirmé hier soir, sur son compte Twitter, l’envoi de 60 satellites. 

Projet phare de l’entreprise, la constellation Starlink vise à fournir l’internet haute vitesse partout dans le monde, notamment dans les zones les plus reculées, grâce à des réseaux de satellites communicants. 

Il y en a actuellement plus de 1500 en orbite et, à terme, la compagnie prévoit d'en déployer jusqu’à 45 000, au grand désarroi d’Olivier Hernandez et des astrophysiciens du monde entier. 

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«Nous sommes très mécontents de cet abus de la basse orbite de la Terre. Les projets du genre vont occasionner beaucoup de problèmes pour les astronautes, mais aussi pour la population en général», prédit-il.

Un frein à la lutte contre les changements climatiques  

Notre compréhension des phénomènes météorologiques dépend de notre capacité à les observer à distance grâce aux satellites, note le scientifique. 

«Plusieurs systèmes de défense face aux changements climatiques passent par la prévision des phénomènes à venir, comme les ouragans, les inondations, la fonte des places et les sécheresses, qui est possible grâce aux satellites», rappelle-t-il.

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Or les satellites météo pourraient être mis à mal par l’arrivée en orbite basse de satellites comme ceux de SpaceX. Pourquoi? Parce que les fréquences sur lesquelles ils sont déployés se chevauchent et cette interférence pourrait influencer la qualité des données récoltées.

«Si on n’a pas accès aux données, les modèles de prévision seront moins précis. Le retard créé viendrait en quelque sorte augmenter l’effet des changements climatiques», s’inquiète Olivier Hernandez au bout du fil. 

Regarder les étoiles, un droit fondamental  

Les constellations artificielles, qui sont relativement nouvelles, sont lancées sans tenir compte des conséquences qu'elles pourraient avoir sur notre capacité à observer le ciel, dénonce aussi M. Hernandez. «Dans tous ces processus-là, on n’a jamais fait attention à une chose fondamentale: notre droit au patrimoine céleste, soit de regarder les étoiles», déplore-t-il. 

Le fait est que ces satellites réfléchissent fortement la lumière du soleil lorsque les gens observent le plus le ciel, soit au lever et au coucher du soleil. «Hier, c’était un train de 60 satellites. Alors imaginez, quand on en aura des milliers et qu’ils seront tous éclairés... c’est certain que nous n’aurons plus accès aux étoiles», se désole-t-il.

Un manque de réglementation   

M. Hernandez dénonce d'ailleurs le manque de réglementation pour encadrer ce qui se fait dans l'espace. «À peu près n’importe qui peut faire n’importe quoi. Un milliardaire veut envoyer des satellites dans l’espace? Il n’y a rien que nous puissions faire», bien que nous en subissions tous les conséquences.

Il faudrait, selon lui, un organisme qui puisse poser les bases nécessaires à la protection de l’environnement spatial avant que les milliardaires de ce monde ne l'accaparent. 

«L’espace n’appartient pas à Elon Musk, il appartient à tout le monde. Ce n’est pas normal que des compagnies privées comme la sienne puissent en profiter sans rencontrer aucune interdiction de la part des États et des citoyens», conclut-il.  

Elon Musk

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À l’heure actuelle, seuls deux organismes réglementent l’envoi de satellites dans la zone LEO (low Earth orbit): la Commission fédérale des communications (FCC), un organisme américain semblable au CRTC ici, et l’Union internationale des communications, qui fait la même chose à l'échelle mondiale. Leurs pouvoirs sont toutefois limités. 

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