Il y aura de plus en plus de feux «zombies», ces incendies de forêt qui survivent à l’hiver | 24 heures
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Il y aura de plus en plus de feux «zombies», ces incendies de forêt qui survivent à l’hiver

Les feux zombies ont contribué à environ 0,8% des zones brûlées entre 2002 et 2018.
CAPTURE D'ÉCRAN GLOBAL NEWS/AGENCE QMI

Les feux zombies ont contribué à environ 0,8% des zones brûlées entre 2002 et 2018.

Vous avez déjà entendu parler des feux «zombies»? Ce sont des feux qui ne s’éteignent pas une fois la saison terminée, tombant plutôt en dormance durant la période froide, pour ressurgir de plus belle le printemps venu. À cause des changements climatiques, on risque d'en voir de plus en plus dans les années à venir.

Ce phénomène n’est cependant pas nouveau; il peut se produire dans les forêts de climats chauds comme dans les savanes ou les déserts, indique Igor Drobyshev, membre du Centre d’étude de la forêt.

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Ce qui est plutôt étonnant, c’est que le phénomène est aussi observé dans les forêts boréales, c’est-à-dire dans un climat froid, selon une étude publiée récemment dans la revue Nature

Après la saison chaude et sèche vient l’hiver, qui, lui, est froid et humide. Ce ne sont habituellement pas des conditions propices à la survie des feux. Or les feux zombies survivent au sol, dans les tourbières riches en carbone, surtout après une intense saison d’incendies. Et la neige agit comme isolant, soutient Sander Veraverbeke, scientifique de l’Université libre d’Amsterdam et coauteur de l’étude.

«Quand les gens pensent aux feux de forêt, ils pensent à des arbres qui brûlent, a-t-il déclaré à l’AFP. Mais dans ces zones du Grand Nord, dans les forêts boréales, environ 90% du carbone émis vient du sol.»

Des données satellites étudiées  

Des scientifiques ont étudié les données satellites des forêts boréales en Alaska et dans le nord-ouest du Canada, dans le but d’y retracer la saison des incendies. Le hic, c’est que l’utilisation des données satellites – sur une période de 17 ans, dans ce cas précis – ne permet pas d’établir une tendance à long terme, prévient Igor Drobyshev.

«Il faut prendre cette démarche-là avec un grain de sel, parce que l’on n'a que 25 ou 30 ans de données compilées avec les satellites, ce qui est relativement peu pour l’étude des changements climatiques. Il faudrait avoir les données d’il y a 100 ou 200 ans, alors que l’activité humaine n’avait pas vraiment d’effet sur la concentration du CO2, pour pouvoir réellement voir l’effet à long terme», explique-t-il.

Cependant, tout porte à croire que les étés chauds et secs, de même que la prolongation de la saison des feux – conséquences des changements climatiques – pourraient rendre les feux zombies plus fréquents.

Le phénomène demeure rare, les coauteurs de l’étude estimant que les feux zombies ont contribué à environ 0,8% des zones brûlées entre 2002 et 2018. Or cette proportion varie fortement en fonction des températures estivales: un seul feu zombie a été responsable de 38% des zones brûlées en Alaska en 2008.

S’attaquer à la cause du problème  

Les auteurs de l’étude soutiennent que prévoir où ces feux zombies émergeront, en se basant sur les incendies de l’année précédente, permettrait de mieux les combattre. Mais malheureusement, il y a peu de choses que l’on puisse faire à ce chapitre, souligne M. Drobyshev.

«Comme le feu est pris dans le sol, il est très dangereux pour les humains de se rendre avec des machines pour tenter d’éteindre le feu. Dans plusieurs pays, dont la Russie, c’est même interdit lorsque l’incendie est classifié comme un feu de tourbière», poursuit-il.

Selon lui, il est plus efficace de s’attaquer à la cause du problème qu’au problème des feux zombies en soi. «Puisque les changements climatiques seraient la cause principale de ce type de feu, il est plus raisonnable de limiter les émissions de gaz à effet de serre.»

– Avec l’AFP

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