Les restes de 215 enfants autochtones retrouvés à Kamloops: la pointe de l’iceberg? | 24 heures
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Les restes de 215 enfants autochtones retrouvés à Kamloops: la pointe de l’iceberg?

215 paires de chaussures d'enfants ont été déposées devant le tribunal de Kamloops.
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215 paires de chaussures d'enfants ont été déposées devant le tribunal de Kamloops.

Les restes de 215 enfants ont été retrouvés sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique. Il pourrait y avoir d’autres fosses du genre ailleurs au pays; voici ce qu’il faut savoir sur cette situation.

La communauté autochtone Tk’emlúps te Secwépemc a indiqué qu’un expert avait utilisé un géoradar pour faire la macabre découverte. «Certains n’avaient que 3 ans», affirme la cheffe Rosanne Casimir.

Selon elle, la mort de ces enfants, dont on ne connaît ni la cause ni la date, n’a jamais été documentée par la direction du pensionnat, même si leur disparition avait déjà été évoquée par des membres de cette communauté.

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L’enquête avec l’expert en géoradar se poursuit, et les résultats préliminaires devraient être connus vers la mi-juin.

Une situation possible partout au pays?    

Des leaders et des experts autochtones de la Colombie-Britannique demandent que les sites des anciens pensionnats soient protégés pour qu'on y mène des enquêtes, rapporte CBC. 

Selon eux, les restes de centaines d’enfants retrouvés «ne représentent qu’une petite partie des milliers d’autres qui sont morts pendant que ces écoles étaient en activité».

Le directeur de la First Nations House of Learning de l’Université de Colombie-Britannique, Linc Kesler, a affirmé que ce n’était qu’une question de temps avant que «les horreurs des pensionnats autochtones canadiens soient révélées par la même technologie que la communauté Tk’emlúps te Secwépemc a utilisée». 

«Ce n’est absolument pas un incident isolé», a-t-il ajouté en entrevue à CBC.

Pour en avoir le cœur net, la Commission de vérité et réconciliation du Canada avait pourtant demandé au fédéral une somme de 1,5 million de dollars pour trouver des cimetières sur les sites des pensionnats autochtones en 2009. L’argent lui avait alors été refusé par le gouvernement de Stephen Harper, rapporte Global News.

François Legault reconnaît d’ailleurs que de telles découvertes pourraient être faites sur les sites d’anciens pensionnats au Québec, rapporte l’Agence QMI. 

En entrevue avec Le Journal, la directrice du programme d'études autochtones de l’Université de Montréal, Marie-Pierre Bousquet, a affirmé que le bilan ne serait pas aussi lourd qu’en Colombie-Britannique si des recherches étaient faites au Québec.

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Le monde politique réagit    

Un débat de plusieurs heures s’est tenu mardi soir à la Chambre des communes, au cours duquel Justin Trudeau a reconnu la «faute du Canada» et a promis de ne pas «fermer les yeux» après la découverte des restes des 215 enfants, rapporte l’AFP. 

«Aujourd’hui, certains des enfants retrouvés à Kamloops – et ceux qu’il reste à découvrir ailleurs dans le pays – auraient pu devenir grands-parents ou arrière-grands-parents. Ils ne le sont pas devenus. Et c’est la faute du Canada.»

Il a d’ailleurs promis des «actions concrètes» en faveur des communautés autochtones, sans préciser quelles pourraient être ces mesures.

«Notre pays a manqué à son devoir envers les centaines d’enfants enterrés près d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, a-t-il poursuivi. On ne peut pas fermer les yeux et faire comme si de rien n'était.»

Alors que les appels à fouiller l’ensemble des sites d’anciens pensionnats se multiplient, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Belgrade, a demandé à Ottawa d’«aider les communautés à retrouver [leurs] enfants perdus».

«On ne peut pas exclure qu’il se soit passé la même chose ici, au Québec. C’est gênant, c’est choquant, c’est révoltant, et [...] on doit des réponses à ces familles-là», a déclaré François Legault à l’Assemblée nationale, mardi.

Le gouvernement Legault envisage de sécuriser les sites des pensionnats autochtones situés sur le territoire québécois afin d’effectuer des fouilles. Or, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, affirme vouloir d’abord consulter les familles avant d’aller de l’avant, mais croit que cela pourrait se faire rapidement.

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Les partis d’opposition réclament de leur côté une enquête publique et indépendante sur la disparition des enfants. Lafrenière a écarté cette possibilité dans l’immédiat, sans pour autant l’exclure à plus long terme.

«Qu'est-ce que ça va prendre à M. Legault pour envoyer un signal clair aux Premières Nations, qui demandent depuis des lustres que, concernant la disparition des enfants, que ce soit dans un système de santé ou le système de pensionnat, la lumière soit faite?» a questionné la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.

L’histoire des pensionnats autochtones    

Les pensionnats autochtones ont été mis en place et gérés par l’Église catholique au nom du gouvernement canadien, des années 1830 jusqu’à 1996, année où le dernier pensionnat a fermé ses portes. Celui de Kamloops, qui était le plus grand établissement du réseau, ouvert en 1890, et a été fermé en 1969.

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Quelque 150 000 enfants autochtones, inuits et métis ont été amenés de force dans les 139 pensionnats du pays. Ils ont ainsi été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture. On estime que 4100 enfants sont morts dans les pensionnats, de mauvais traitements ou de maladie.

Au Québec, une douzaine d’établissements ont été actifs sur une période d'une cinquantaine d’années, à compter des années 1930. Des pensionnats se trouvaient notamment dans le Nord-du-Québec et en Abitibi-Témiscamingue.

Des engins de «génocide culturel»    

Selon le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, les pensionnats autochtones ont été utilisés par l’Église catholique, puis par le gouvernement fédéral, pour commettre un véritable «génocide culturel».

«Pendant plus d’un siècle, les objectifs centraux de la politique indienne du Canada étaient les suivants: éliminer les gouvernements autochtones, ignorer les droits des Autochtones, mettre fin aux traités conclus et, au moyen d’un processus d’assimilation, faire en sorte que les peuples autochtones cessent d’exister en tant qu’entités légales, sociales, culturelles, religieuses et raciales au Canada», peut-on lire dans le sommaire du rapport. Et les pensionnats ont été un élément central de la mise en œuvre de la politique indienne du gouvernement.

En effet, l’envoi des enfants dans les pensionnats «n’a pas été fait dans le but de leur offrir une éducation, mais essentiellement pour briser le lien avec leur culture et leur identité», indique la commission.

Même si les pensionnats autochtones sont aujourd’hui fermés, les vestiges de cette politique continuent de subsister, notamment avec la Loi sur les Indiens, qui date de 1876 et est toujours en vigueur aujourd’hui.

C’est cette loi qui a notamment converti les gouvernements autochtones en conseils de bande sans réels pouvoirs et conféré aux Autochtones le statut «d’enfants de l’État», avec des droits limités. Ces droits ont cependant été sanctuarisés par la Loi constitutionnelle de 1982.

Les séquelles laissées par les pensionnats affectent non seulement les survivants, mais aussi leurs proches et leur collectivité, souligne la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

– Avec l’AFP et l’Agence QMI

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