Billet : Exiger le passeport vaccinal pour entrer au Canada accentuerait les inégalités entre les pays | 24 heures
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Billet : Exiger le passeport vaccinal pour entrer au Canada accentuerait les inégalités entre les pays

Image principale de l'article Le passeport vaccinal accentuerait les inégalités

BILLET - Essayons de nous projeter dans un futur imaginaire, mais pas très lointain : septembre 2021. Le royaume composé des pays du G7 a conclu une entente sur le passeport vaccinal. Au pays de la feuille d’érable, le prince Trudeau annonce solennellement que pour entrer sur son territoire, le Canada, il faut désormais un passeport vaccinal. 

Dans ce monde fictif (mais pas tellement), les Canadiens peuvent d’un côté voyager à l’international en montrant une preuve de vaccination contre la COVID-19, jusqu’à la fin formelle de cette pandémie.  

L’inverse est aussi vrai : le Canada exige à toute personne désirant entrer au pays un une preuve qu’elle a reçu deux doses. 

On peut le comprendre : dans le royaume du G7, on s’apprête à gagner la guerre contre le monstre COVID-19.

(Ça y est, vous embarquez dans mon conte?)

La campagne de vaccination fait son effet. Les cas du méchant virus sont grandement à la baisse, grâce aux vaccins, faciles d’accès et gratuits. Aux pays de l’Oncle Sam et de la feuille d’érable, le peuple a même eu le luxe de refuser les vaccins d’AstraZeneca pour se faire administrer les potions de Pfizer.  

Les sujets canadiens et américains ont hâte de visiter la tour Eiffel dans la Ville Lumière, les lagons romantiques de Venise ou les magnifiques îles grecques.  

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Les riches au détriment des pauvres  

Toutefois, il y a un problème. Pendant que les sujets du royaume G7 jouissent des merveilles du monde en raison d’un passeport vaccinal, il y a les royaumes avoisinants qui ne jouissent pas des mêmes privilèges...  

Ces royaumes avoisinants sont les pays en voie de développement. Là, ce n’est pas facile de se faire vacciner : l’OMS a même qualifié l’inégalité vaccinale de «grotesque» et fait remarquer qu’elle n’est pas étrangère à l’apparition des variants et à l’atroce flambée des cas qu’on a pu observer dans certains pays.  

Là, on laisse tomber le conte de fée.

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Immigration et travailleurs étrangers

Sortons de la fiction : j’ai creusé la question de la légitimité d’un passeport vaccinal dans ce contexte en discutant avec Fernando Belton, avocat spécialisé en droit criminel et de l’immigration. 

«Il faut comprendre que le marché du vaccin est contrôlé par les pays industrialisés qui ont les moyens financiers pour fournir les doses à leur population. Puis, il reste un petit nombre pour les pays sous-développés», explique Me Belton. 

Alors si on exigeait un passeport vaccinal, «c’est un choix que le Canada ferait au détriment d’une certaine équité envers les différents pays, par rapport à l’accessibilité du vaccin. Je ne crois pas que ce soit illégal, mais je pense qu’au niveau de l’égalité, ça soulève des questions intéressantes auxquelles il faut réfléchir», croit-il.  

Indeed, il faut vraiment y réfléchir. Je ne suis pas une experte dans les relations internationales, mais à lire et à regarder tout ce qui se passe dans le monde depuis un an, pas besoin de la tête à Papineau pour comprendre que la pandémie a creusé un méga fossé entre les pays pauvres et les pays riches. 

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Alors, oui ou non pour le passeport vaccinal? 

Si je me mets à la place de Justin Trudeau ou de la ministre de la Santé Patty Hadju, considérer le passeport vaccinal pour permettre aux Canadiens de voyager à l’international, c’est une chose. Mais l’instaurer pour les étrangers qui veulent accéder au pays, c’en est une autre. 

Dans mon livre à moi, de multiples conséquences pourraient en dériver : freiner les processus d’immigration (qui sont déjà interminables), paralyser l’économie nationale, car les entreprises canadiennes ont besoin des travailleurs étrangers pour fonctionner, brimer les relations internationales et économiques avec des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.  

Je préfère penser que l’on veuille ENSEMBLE se battre pour contrer ce virus, qui est une pandémie MONDIALE, je le rappelle.  

D’ailleurs, le programme Covax, une initiative mondiale de partage de vaccins soutenue par l’ONU, est la preuve qu’on peut arriver à réunir les royaumes.   

Mais pour ça, il faut être prêt à faire quelques sacrifices par humanité. En serons-nous capables? Je l’espère. 

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