Pierre Fitzgibbon démissionne de son poste de ministre de l’Économie: fil des évènements | 24 heures
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Pierre Fitzgibbon démissionne de son poste de ministre de l’Économie: fil des évènements

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Photo d'archives Stevens Leblanc

François Legault perd un poids lourd de son cabinet. Visé par un nouveau rapport de la commissaire à l'éthique, son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a quitté ses fonctions, tout en demeurant député. Son collègue aux Finances, Eric Girard, occupera les deux fonctions.

Le premier ministre défendait son ministre vedette depuis plusieurs mois, mais un quatrième rapport de Me Ariane Mignolet est venu sceller son sort. La décision, assure M. Legault, a été prise d’un commun accord.  

«Si Pierre Fitzgibbon n'est pas en conflit d'intérêts, il reste que, dans sa forme actuelle, il ne respecte pas le code [d’éthique], et donc pour protéger la réputation, l'image, la confiance, malheureusement, la seule solution, c'est que Pierre Fitzgibbon quitte ses fonctions de ministre de l'Économie», a déclaré François Legault lors d’un point de presse.  

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La commissaire à l’éthique venait tout juste de recommander qu’on retire au ministre le droit de siéger à titre de député, jusqu’à ce qu’il ait vendu ses participations dans deux entreprises, White Star Capital et ImmerVision, qui entretiennent des liens avec l’État.  

Un rapport précédent lui avait demandé, déjà, de se départir de ses parts, mais M. Fitzgibbon se trouvait toujours en infraction six mois plus tard, se disant incapable de vendre sans encaisser une perte d’au moins un million de dollars.     

En plus de «miner la confiance du public envers ses élus et les institutions démocratiques», la situation du ministre le plaçait dans l’illégalité, puisqu’il se trouvait en contravention d’un code via une loi de l’Assemblée nationale.  

Un ministre, deux ministères

La relance de l’économie post-pandémie incombera donc désormais au ministre des Finances, Eric Girard, qui dirigera les deux ministères.  

François Legault assure que l’ex-banquier sera bien épaulé par lui-même, qui est «un peu ministre de l'Économie aussi». De plus, le premier ministre compte continuer de profiter de l’expérience de Pierre Fitzgibbon: «[...] je ne vois pas pourquoi je me priverais de ses conseils», dit-il. 

D’ailleurs, un retour de M. Fitzgibbon autour de la table du Conseil des ministres n’est pas exclu, s’il trouve un acheteur pour ses intérêts.  

Pour cette raison, le gouvernement votera contre la recommandation de la commissaire, a annoncé François Legault. Celle-ci exige que ses intérêts soient placés dans une fiducie sans droit de regard, ce qui l’empêcherait de les vendre afin de regagner son siège de ministre.   

Voici ce qui a mené à la démission de Pierre Fitzgibbon     

1er octobre 2018     

Arrivé du monde des affaires, Pierre Fitzgibbon obtient l’appui de 43% des électeurs de la circonscription de Terrebonne aux élections générales de 2018. Quelques semaines plus tard, le 19 octobre, le premier ministre François Legault le nomme ministre de l’Économie et de l’Innovation.

Pierre Fitzgibbon

Photo d'archives, JEAN-FRANCOIS DESGAGNÉS

Pierre Fitzgibbon

Novembre 2018     

À peine assis dans son siège de ministre, M. Fitzgibbon évoque la possibilité que Québec vole au secours de Bombardier, alors que l'entreprise laisse entrevoir d’importantes coupes. Le nouvel élu détient toutefois des actions dans Héroux‐Devtek, une entreprise qui entretient des relations avec le manufacturier québécois. Le député du Parti québécois Martin Ouellet demande à la commissaire à l'éthique et à la déontologie, Ariane Mignolet, de se pencher sur l’affaire.

Avril 2019      

Avant même le dépôt de son premier rapport sur M. Fitzgibbon, Ariane Mignolet reçoit deux autres demandes d’enquête visant le ministre. L’une des requêtes concerne la vente d'actions que détenait le ministre dans l’entreprise MOVE Protéine, alors que l’autre concerne la nomination de Guy Leblanc comme président-directeur général d’Investissement Québec. 

Juin 2019     

M. Fitzgibbon est blanchi par la commissaire à l'éthique dans le dossier en lien avec Bombardier. Malgré ses déclarations publiques portant sur Bombardier, l’élu caquiste n’a pas influencé le cours de ses actions dans Héroux-Devtek, conclut-elle.

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

Octobre 2020     

Dans un nouveau rapport, la commissaire recommande cette fois-ci de sanctionner le ministre Fitzgibbon. En voulant se départir d’actions dans l’entreprise MOVE Protéine, l’élu a demandé l’aide d’un ami, qui a ensuite effectué des activités de lobbyisme auprès du ministère de l’Économie. Il s’agit là d’un manquement au Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale, affirme Me Mignolet.

«Est-ce que j’aurais pu être plus prudent dans cette situation? Probablement», convient M. Ftizgibbon, sans toutefois affirmer qu’il s’est retrouvé en situation de conflit d’intérêts.

Novembre 2020    

Le code d’éthique stipule qu’un élu peut recevoir un blâme symbolique si deux tiers des députés votent en faveur d’un rapport de la commissaire. Le 13 novembre, l’Assemblée nationale se prononce presque à l'unanimité en faveur d’une réprimande. Pierre Fitzgibbon devient le seul ministre québécois de l’histoire à être officiellement blâmé par ses collègues. Il garde néanmoins son poste au Conseil des ministres.

Décembre 2020      

Ce n’est pas terminé pour Pierre Fitzgibbon. Moins d’un mois plus tard, la commissaire Mignolet rend public un nouveau rapport. Le document d’une soixantaine de pages recommande de nouveau des sanctions contre le ministre. Elle exhorte également l’élu à se départir au plus vite de ses intérêts dans deux entreprises auxquelles il est toujours lié.

François Legault se porte à la défense de son ministre. Il est devenu particulièrement difficile pour M. Fitzgibbon de se départir de ses actions, affirme-t-il. «À l’impossible, nul n’est tenu», ajoute-t-il.

François Legault et Pierre Fitzgibbon

Photo Stevens Leblanc

François Legault et Pierre Fitzgibbon

Le premier ministre précise par ailleurs ses intentions de réformer le code d'éthique, qui décourage, selon lui, les hommes et les femmes d’affaires de faire le saut dans la sphère politique. 

Juin 2021     

Nouvelle sortie de la commissaire contre le ministre Fitzgibbon. Dans un nouveau rapport, Me Mignolet demande à l’Assemblée nationale de suspendre le droit de M. Fitzgibbon de siéger au Salon bleu.

François Legault affirme que, d'un «commun accord» avec lui, M. Fitzgibbon a décidé de quitter le Conseil des ministres. 

M. Fitzgibbon demeurera député et continuera vraisemblablement de siéger à l'Assemblée nationale. Le premier ministre ouvre d’ailleurs la porte à ce que le député de Terrebonne récupère son poste de ministre après s’être départi de ses actions.

LE RÔLE DE LA COMMISSAIRE À L’ÉTHIQUE     

C'est le chien de garde de l’éthique à l'Assemblée nationale. Depuis 2010, le commissaire applique le code d’éthique des élus provinciaux et recommande des blâmes si nécessaire.

La commissaire à l’éthique, Me Ariane Mignolet

PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

La commissaire à l’éthique, Me Ariane Mignolet

Ariane Mignolet a accédé au poste en 2017. Depuis l'arrivée du gouvernement Legault, elle a produit neuf rapports. Quatre d’entre eux concernaient Pierre Fitzgibbon, dont trois recommandaient des réprimandes à l'endroit de l'élu. 

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