Origine de la COVID-19: Facebook décide de ne plus bannir les hypothèses d’un virus créé en laboratoire | 24 heures
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Origine de la COVID-19: Facebook décide de ne plus bannir les hypothèses d’un virus créé en laboratoire

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Facebook fait volte-face et décide de ne plus interdire le partage d'hypothèses d’un virus créé en laboratoire pour expliquer les origines de la COVID-19. Ce changement de cap survient alors que les appels à considérer plus sérieusement ces théories se multiplient.

«À la lumière des investigations en cours sur les origines de la COVID-19 et en consultation avec les experts de la santé, nous ne retirerons désormais plus de nos plateformes les allégations sur le fait que le virus a été créé par l’homme ou a été fabriqué», a indiqué la semaine passée le groupe californien sur son site. 

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Le président des États-Unis Joe Biden avait demandé aux services de renseignements américains de «redoubler d’efforts» pour expliquer l’origine de la pandémie quelques heures avant.

Insatisfaits des résultats de l’enquête menée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dont les résultats ont été publiés fin mars, des scientifiques américains appellent maintenant à ne pas exclure la possibilité d’un accident de laboratoire à Wuhan, en Chine. 

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Dans une lettre envoyée à la revue Science au début du moi de mai, 18 d’entres eux ont soulevé que «seules quatre des 313 pages du rapport et de ses annexes ont abordé la possibilité d’un accident de laboratoire», ce qu’ils jugent nettement insuffisant.

Cette possibilité a longtemps été rejetée par les experts, mais elle revient en force ces dernières semaines dans les discussions américaines. 

Utilisés respectivement par environ deux milliards et un milliard de personnes, Facebook et Instagram bloquaient jusqu’à présent cette théorie, considérée comme dangereuse, de la même façon que les affirmations sur l’inefficacité des vaccins ou leur caractère prétendument nocif. 

Une politique réactive 

La politique de modération de contenu donne régulièrement du fil à retordre à Facebook, entre le respect de la liberté d’expression et la nécessité d’assainir des échanges facilement pollués par le harcèlement, les fausses rumeurs et les théories du complot.

Bien qu’il répète souvent que la vocation de son réseau ne soit pas d’être «un arbitre de la vérité», Mark Zuckerberg et son équipe expliquent qu’ils continuent à «travailler avec les experts pour suivre l’évolution de la nature de la pandémie» et mettre régulièrement ses politiques «à mesure que de nouveaux faits apparaissent». 

Mark Zuckerberg

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Mark Zuckerberg

Une politique approuvée par Rebekah Tromble, professeure de la George Washington University. «Les organisations responsables [...] prennent des décisions en fonction des meilleures infos disponibles, mais restent ouvertes à la possibilité de changer leur évaluation quand de nouveaux éléments surgissent», a-t-elle rapporté à l’AFP. 

De leur côté, YouTube et Twitter n’ont pas modifié leurs règlements. YouTube autorise les différentes théories sur l’origine du virus parce qu’il «n’y a pas de consensus sur ce sujet», a indiqué une porte-parole de la plateforme. 

Le travail de modération des différentes plateformes est grandement compliqué puisque les nombreuses zones d’ombre qui subsistent quant à l’origine de la COVID-19 sont régulièrement exploitées par le complotisme et la désinformation, en plus de faire l’objet d’un combat politique entre les États-Unis et la Chine. 

Les différentes hypothèses expliquées  

De la chauve-souris au pangolin, de l’accident de laboratoire à la théorie d’un virus fabriqué: voici ce qu’on sait (et ce qu’on ne se sait pas), selon l’AFP, sur les origines du virus ayant tué plus de 3,5 millions de personnes dans le monde en près de 18 mois.

Un virus fabriqué: entre erreur d’interprétation et théories bidon  

La théorie d’un virus fabriqué a pris beaucoup d’ampleur sur les réseaux sociaux en grande partie en raison d’erreurs d’interprétation. 

Le réseau de vérification des faits de l'AFP a consacré des dizaines d'articles, par exemple (1, 2, 3) à des publications qui, sur les réseaux sociaux, affirmaient avoir des «preuves» montrant que le Sars-CoV-2 avait été fabriqué en laboratoire et même breveté par des Américains ou des scientifiques français.

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Le problème, c’est que les faits présentés reposaient sur une mauvaise compréhension des termes utilisés dans les publications dénoncées. 

Erreurs d’interprétations   

Par exemple, cet article explique que des publications criaient au loup en présentant des brevets qui dataient d’avant 2019 et qui contenaient la mention «coronavirus». Ils oubliaient cependant de dire qu’il s’agit d’une famille de virus et qu’il existe de nombreux coronavirus. Normal qu’on en ait fait mention avant 2019, donc. 

Théories scientifiques bidon  

La théorie de la fabrication repose aussi sur l’idée qu’il y aurait eu des «insertions» de matériel génétique d'autres virus, en particulier celui du VIH (responsable du Sida) dans le génome du virus qui a causé la pandémie actuelle. 

La plus connue avait été relayée par le biologiste virologue français Luc Montagnier, lauréat du Prix Nobel de médecine en 2008. Il a depuis été désavoué par une grande partie de ses pairs. 

Le problème ici, c’est que l’hypothèse venait d’un texte qui était disponible sur une plateforme de «prépublications», BioRxiv, où des scientifiques peuvent déposer leurs travaux avant qu’ils ne soient relus et validés pour fin de publication. Le texte a fait l’objet de vives critiques dans l’univers scientifique, au point qu’il a été retiré par ses auteurs, qui ont ensuite expliqué que ces similitudes relevaient du hasard. 

Virus naturel et accident de laboratoire   

Cette théorie, jugée plus crédible que celle de la fabrication, stipule qu’un virus naturel serait sorti d’un laboratoire par erreur alors que les chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan travaillaient à mieux le comprendre. Relancée depuis quelques semaines aux États-Unis, les appels – y compris de la communauté scientifique – se multiplient pour qu’elle soit davantage enquêté.

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Il n’y aurait pas de nouvelles preuves pour expliquer cet engouement renouvelé, mais plusieurs déclarations publiques sèment la confusion. 

Par exemple, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait lui-même demandé une nouvelle enquête sur cette hypothèse, affirmant que les experts internationaux «avaient fait part de leur difficulté à accéder aux données brutes» pendant leur passage en Chine. 

Les animaux   

Dès l’émergence du virus, les scientifiques ont pointé du doigt la chauve-souris: le 20 janvier 2020, une étude dans l’Académie chinoise des sciences indique qu’elle serait «le réservoir» probable du virus. 

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Cependant, les chercheurs ajoutent rapidement que le Sars-CoV-2 a probablement transité par une autre espèce avant d’atteindre l’homme. 

Le 7 février 2020, des chercheurs de l’Université d’agriculture du sud de la Chine vont désigner un animal étrange que tout le monde connait maintenant : le pangolin. 

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Le petit insectivore fait partie des animaux sauvages qui étaient vendus au marché Huanan de Wuhan, là où la plupart des premiers cas de COVID-19 étaient liés. 

C’est toujours l’hypothèse la plus probable selon les experts de l’OMS, qui ont aussi évoqué le blaireau-furet comme suspect dans la transmission à l’homme.

- Avec les informations de l'AFP

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