Coup vicieux à l'endroit de Jake Evans: des accusations pour Mark Scheifele? | 24 heures
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Coup vicieux à l'endroit de Jake Evans: des accusations pour Mark Scheifele?

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  • Une mise en échec aussi violente et vicieuse que celle qui a mis K.O. Jake Evans pourrait avoir des répercussions judiciaires.
  • La jurisprudence regorge de décisions judiciaires qui condamnent des incidents violents semblables, tant au criminel qu’au civil.
  • L’attaquant des Jets Mark Scheifele a été suspendu pour une durée de quatre matchs.

Une mise en échec aussi violente et vicieuse que celle qui a mis K.O. l’attaquant du Canadien Jake Evans pourrait avoir des répercussions judiciaires, tant au criminel qu’au civil, croient des experts en droit criminel.

«Le geste que j’ai vu, selon moi, il n’y a pas l’ombre d’un doute que ça pourrait être interprété comme criminel. Quand on lit la définition de voies de fait, c’en est», lance le criminaliste Patrick Davis.

Le coup brutal porté à la tête du joueur Jake Evans par Mark Scheifele des Jets à moins d’une minute de la fin du match à Winnipeg mercredi soir en a choqué plusieurs. 

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D’ailleurs, la jurisprudence regorge de décisions judiciaires qui condamnent des incidents violents semblables, tant au criminel qu’au civil. 

Certes, le hockey est un sport où les mises en échec, mais aussi des contacts physiques sont permis.

Démontrer une intention

«Il y a un degré de contact physique inhérent aux sports. Si je fonce sur un passant avec mon épaule sur la rue, cela peut être vu comme violent, mais un simple coup d’épaule sur la glace, ce ne l’est pas», explique la criminaliste Me Danièle Roy.

Pour qu’un coup au hockey devienne criminel, il faut démontrer que l’intention, elle, était criminelle.

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«Une mise en échec, l’intention n’est pas de blesser, ça fait partie du jeu. Mais partir du bout de la patinoire pour la faire, ça, ça ne fait pas partie du jeu. Et si ça ne fait pas partie du jeu, ça peut être vu comme des voies de fait», ajoute Me Roy.

La juge à la retraite Nicole Gibeault est d’avis que la gravité des séquelles pour Evans, qui souffre d’une sérieuse commotion cérébrale, pourrait mener à des accusations aussi sérieuses que de voies de fait graves, si des procédures étaient entamées.

Porter plainte

Mais avant tout, il faudrait qu’une enquête criminelle soit déclenchée.

«Ils devront regarder les vidéos, analyser la séquence, mais aussi l’ensemble de la partie», explique-t-elle.

Et par la suite, s’il devait y avoir des accusations criminelles de déposées, le procureur de la Couronne devrait être en mesure de prouver hors de tout doute raisonnable que Mark Scheifele, qui a été suspendu pour une durée de quatre matchs, avait une intention criminelle.

Pour en arriver à cela, une ou des plaintes pourraient être portées, pas seulement par Jake Evans ou les joueurs, membres des équipes et spectateurs présents au Bell MTS Place de Winnipeg. Mais n’importe quel amateur de sports qui visionnait la partie dans son salon peut également se plaindre, indique Me Davis.

«N’importe qui peut aller voir la police, dire : j’ai été témoin de voies de fait, voici la preuve vidéo, je veux porter plainte», dit-il.

La police de Winnipeg ou les procureurs de la Couronne du Manitoba, où a eu lieu la scène, pourraient aussi décider d’ouvrir une enquête ou de porter des accusations sans qu’aucune plainte ne soit déposée.

Changer la réglementation

Même s’il est devenu tétraplégique à la suite d’un accident au hockey, un avocat croit pour sa part que cela ne réglerait pas la situation de mêler la justice aux sports. Il milite davantage pour que les sanctions soient plus sévères.

«Il faut changer la réglementation. On pourrait le bannir pour un an», suggère Me Alexandre Poce.

Et selon lui, si la Ligne nationale de hockey refuse de comprendre les graves conséquences qu’ont des gestes violents comme celui dont a été victime Jake Evans, des actions juridiques civiles pourraient être prises pour protéger davantage les joueurs.

VOICI QUELQUES EXEMPLES DE CAS OÙ LA VIOLENCE AU HOCKEY S’EST RENDUE DEVANT LES TRIBUNAUX

8 M$ EN DÉDOMMAGEMENT

Un jeune hockeyeur qui avait 16 ans lorsqu’il a reçu un coup salaud qui l’a rendu tétraplégique a obtenu 8 millions $ en dédommagement en 2016.

Andrew Zaccardo a été gravement blessé à la suite d’une mise en échec par-derrière lors d’un match midget AA en 2010.

Puisqu’il ne prétendait pas que le joueur fautif avait intentionnellement voulu le blesser, la victime et sa famille s’étaient plutôt tournées vers le civil pour démontrer que le coup vicieux était téméraire.

Ludovic Gauvreau-Beaupré a en effet été condamné à verser la somme faramineuse solidairement avec l’assurance Chartis, qui l’assurait.

«PAS DE MANIÈRE INTENTIONNELLE»

Un joueur de la Ligue nord-américaine de hockey a été accusé en 2010 de voies de fait causant des lésions après une violente mise en échec par-derrière. L’homme qui jouait pour l’Isothermic de Thetford Mines a été acquitté au terme de son procès. La victime avait subi une commotion cérébrale ainsi que plusieurs fractures. Elle n’a jamais plus joué au hockey. Le Tribunal avait malgré tout conclu que le ministère public ne s’était déchargé de son fardeau d’établir «hors de tout doute raisonnable» que l’accusé avait «d’une manière intentionnelle», appliqué la force contre l’autre joueur sans son consentement, «qui doit être apprécié et déduit en fonction du contexte d’un match de hockey disputé entre des joueurs d’une ligue dite semi-professionnelle».

UN CASIER JUDICIAIRE POUR UNE MISE EN ÉCHEC

  • Un joueur d’une ligue de garage de hockey a été condamné à des travaux communautaires pour avoir fait une sournoise mise en échec à un adversaire.
  • «Le droit criminel ne tolère pas [...] des actes excessifs qui n’ont rien à voir avec le hockey et qui sont souvent posés pour amuser une partie de la galerie qui préfère la violence au jeu ou pour flatter l’orgueil mal placé», avait dénoncé le juge Michel Boudreault en condamnant le mois dernier Maxime Godbout pour des voies de fait.
  • La mise en échec est survenue en novembre 2018, lors d’une joute amicale sans contact. Après avoir été mise en échec, la victime avait été incapable de se relever. Le hockeyeur s’en était tiré avec une commotion cérébrale.

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