Peu ou pas de recours pour les créatrices d’OnlyFans lorsque leur contenu est volé | 24 heures
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Peu ou pas de recours pour les créatrices d’OnlyFans lorsque leur contenu est volé

Les leaks, côté sombre d'OnlyFans

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Les créatrices qui postent des photos et des vidéos osées sur OnlyFans se font voler leur contenu de toutes parts par des utilisateurs malhonnêtes, qui les diffusent ensuite ailleurs. Elles dénoncent l’absence de soutien de la plateforme, qui prélève pourtant 20% de leurs revenus.  

Des histoires sont sorties dans les médias depuis le début de la pandémie sur les sommes impressionnantes que certaines Québécoises ont pu gagner sur la plateforme en quelques mois. Ce n’est qu’un seul côté de la médaille, préviennent plusieurs créatrices.  

Posséder un compte OnlyFans demande aussi de lutter contre un fléau en pleine croissance sur le site : les fuites de contenu en ligne, surnommées leaks en bon français. 

Gabrielle Giroux, qui vit exclusivement du revenu que lui rapportent ses quelques 1000 abonnés OnlyFans, a eu un choc la première fois où elle s’est rendu compte que son contenu lui avait été volé. «J’ai ouvert Google, j’ai mis mon nom d’utilisatrice OnlyFans, puis j’ai vu des dizaines et des dizaines de pages s’afficher avec mon contenu», raconte-t-elle. «C’est quelqu’un qui a acheté mon contenu et qui le revend maintenant.»  

Et on ne parle pas simplement d’une photo ou d’une vidéo glanée sur sa page, mais plutôt «d’une centaine de photos et d’une vingtaine de vidéos» où elle pose nue, fait remarquer Gabrielle Giroux.  

Une vague de leaks frappe les créatrices  

«Il y a comme une vague de leaks en tout genre en ce moment», déplore Frédérique Cloutier, elle aussi créatrice sur OnlyFans.  

Bien informée du milieu du travail du sexe sur OnlyFans au Québec, elle garde contact avec plus d’une soixantaine d’autres créatrices qui craignent aussi de voir leur contenu leaké.  

Une fois que le contenu a fuité, on le retrouve sur des réseaux très accessibles, comme Reddit, ou même sur des sites de porno comme Pornhub ou YouPorn. Des sites exclusivement dédiés aux leaks, comme OnlyLeaks, existent aussi en toute impunité.  

Des revendeurs de leaks annoncent aussi leurs forums Discord privés un peu partout en ligne dans l’espoir d’attirer des clients à qui ils pourront revendre des très grosses quantités de photos et de vidéos volées à un prix moindre que l’abonnement demandé par les créatrices.  

La solution trouvée par Frédérique Cloutier pour remédier aux fuites innombrables qui l’accaparent? Engager un tiers parti pour les débusquer. «Je paye chaque mois de l’argent que j’ai gagné en vendant mon propre contenu pour qu’il soit enlevé d’internet, moi ça me fait mourir», s’enflamme-t-elle.  

À l’heure actuelle, la créatrice de 28 ans paye presque 200 dollars par mois à une entreprise chargée de surveiller si son contenu fuite. En mars dernier, Frédérique Cloutier juge avoir fait un épuisement professionnel à cause des leaks de son compte OnlyFans.  

Elle trouve aussi que l’attitude de ces personnes qui volent le contenu est misogyne. «Ce que je trouve le plus dérangeant c’est la mentalité en arrière de ça, remarque-t-elle, tu vas être sur les forums de leaks pis les gens vont dire “mettez pas le nom de la pute”. Faque ces gens-là s’abonnent à nous mais sans avoir un bon œil sur nous.» 

«Pourquoi aller acheter mes nudes à un gars qui fait de l’argent sur mon corps sans que je sois consentante et au courant?» rajoute Gabrielle Giroux. 

Pas de soutien d’OnlyFans  

Gabrielle Giroux ne compte plus le nombre de fois où elle a fait appel aux administrateurs d’OnlyFans pour tenter de punir des voleurs de contenu ou faire retirer ses photos de la Toile. 

La plateforme OnlyFans, dont le siège social est au Royaume-Uni, se fie à la loi américaine du Digital Millenium Copyright Act (DMCA), pour les questions de droit d’auteur, ce qui peut lui donner le pouvoir de retirer du matériel volé d’Internet. Si en 2020 la plateforme était plutôt efficace pour retirer les leaks, leur multiplication a drastiquement ralenti le processus, selon de nombreuses créatrices OnlyFans interrogées.  

Et même si OnlyFans peut retirer du contenu d’Internet en vertu du DMCA, il est très difficile, voire impossible, de faire payer les responsables des leaks, puisque de nombreuses lois nationales, donc du pays de résidence du voleur, doivent s’appliquer, et cela dans la mesure où on peut le retrouver, puisque beaucoup agissent avec des VPN qui changent leur localisation.  

«Je sais que je ne peux rien faire, que OnlyFans ne va rien faire, puis que personne ne va rien faire», déplore Gabrielle Giroux.  

OnlyFans prélève pourtant 20% du revenu fait par les créatrices sur la plateforme. 

«Sur mon application de banque je ne peux pas prendre de screenshots, j’ai un anti-screenhshots, ce serait quoi de mettre ça sur le site?» demande Gabrielle Giroux. 

Dans un échange de courriels, le porte-parole d’OnlyFans a mentionné au 24 heures que cette proposition pourrait être évaluée à l’avenir, mais que rien pour combattre les leaks n’a encore été envisagé par l’entreprise jusqu’à présent. 

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