Six Cinquième: prendre un risque en amour... et en affaires | 24 heures
/portemonnaie

Six Cinquième: prendre un risque en amour... et en affaires

Dans la série «Se choisir contre l’avis de ses parents», Porte-monnaie a rencontré trois entrepreneurs montréalais tous issus de l’immigration. Alors qu’ils portent en eux le rêve de se lancer en affaires, l’obstacle de décevoir leurs parents qui ont tout sacrifié se dressent contre eux. Désirant à tout prix plaire à leurs géniteurs, ils poursuivent plutôt des études traditionnelles et une carrière stable avant de véritablement choisir leur voie.

• À lire aussi: RM Kandy: Délaisser l’entreprise familiale pour suivre sa propre voie

• À lire aussi: Ils quittent leur carrière d’ingénieur pour devenir créateurs de mode

Ashley Philips et Miro LaFlaga, tous deux afro-descendants, forment un couple en affaires et dans la vie. Ensemble, ils fondent l'agence Six Cinquième, spécialisée dans l'image de marque. Leur destinée n'a pourtant pas toujours été clairement dessinée. 

Ashley est designer graphique. Elle travaillait pour des entreprises reconnues, mais collaborait de temps à autre avec des artistes locaux sur divers projets. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle a rencontré Miro. À l’époque, il poursuivait des études universitaires en business management à l’université McGill. 

«Avant de rencontrer Ashley, je suivais un chemin dans lequel je n’étais pas heureux. Vous savez, je viens d’une famille jamaïcaine et pour rendre mes parents fiers, je me disais que je devais trouver un bon travail payant», raconte Miro. 

«Je suis avant tout une personne créative. Dans mes temps libres, je travaillais sur des projets comme styliste et photographe pour des artistes», poursuit-il. 

Une rencontre avec Cupidon qui change tout 

Il y a six ans, lors d’un contrat sur lequel Miro et Ashley collaborent, le duo tombe amoureux et ils se rendent rapidement compte de la force de leurs talents respectifs.  

«J’ai pris un énorme risque. J’ai quitté mon travail payant et abandonné ma dernière session à l’université. J’ai tout laissé derrière moi», lance Miro, président et conseiller en image de marque de Six Cinquième. 

«C’est là qu’on s’est dit qu’on était complémentaires et que tout était si naturel et organique lorsqu’on travaillait ensemble», renchérit Ashley, directrice de création. 

De fil en aiguille, le couple décroche des petits contrats de production visuelle et de branding pour des entreprises et des artistes. Après trois ans comme travailleurs autonomes, ils se lancent en affaires en 2018.    

La question qui tue : quelle a été la réaction première de leurs parents? 

Comme plusieurs enfants issus de l’immigration, Miro et Ashley doivent rassurer leurs parents, qui ont la crainte de ne pas voir leurs enfants réussir dans un domaine moins traditionnel.  

«Ils n’approuvaient pas le modèle instable de nos carrières. Pour eux qui ont tout sacrifié pour nous offrir une vie, c’était de prendre trop de risques. C’est totalement de l’inconnu pour eux », relate Miro. 

Aux débuts de l’entreprise, le couple vivait chez la mère de Miro. La matriarche ne comprenait pas le domaine dans quel évoluait son fils. La situation est tout autre du côté d’Ashley. 

« Mon père est un artiste. Il peint et il est aussi graphiste. Alors, qu’importe le choix de carrière artistique que je décidais d’entreprendre, il était fier. Ma mère était tout aussi fière, mais elle craignait que j’emprunte cette voie, en étant témoin des embûches que mon père avait traversées comme artiste », relate Ashley. 

« Je crois que d’avoir eu mon père comme exemple m’a aidé de ne pas associer la peur à une carrière artistique », ajoute-t-elle. 

Encourager d’autres entrepreneurs noirs 

C’est en en établissant leur marque à Montréal que le couple réalise qu’il y a peu d’agences de marketing fondées par des personnes noires. 

«Les entreprises ont toujours tendance de travailler avec les mêmes agences. Le fait d’être une agence tenue par un couple noir nous démarque du lot. Les gens viennent même nous chercher des États-Unis», mentionne-t-il. 

Le couple tient des workshops au sein de la communauté pour encourager d’autres entrepreneurs noirs à se lancer en affaires. 

«La demande est criante. On a besoin de diversité et ça se voit dans les demandes des entreprises avec qui on fait affaire. Il ne faut pas avoir peur», fait remarquer Ashley. 

«Les gens commencent à comprendre la valeur de la diversité au sein d’une équipe lorsqu’il vient le temps de façonner une marque. Les idées doivent venir de perspectives différentes», dit-elle. 

À lire aussi

Et encore plus