Se faire vacciner et gagner 1 million$: Québec devrait-il lancer une loterie pour mousser la vaccination? | 24 heures
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Se faire vacciner et gagner 1 million$: Québec devrait-il lancer une loterie pour mousser la vaccination?

Image principale de l'article Une loterie pour mousser le vaccin: bonne idée?
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Courir la chance de remporter 1 million de dollars... en se faisant vacciner. Au pays et dans le monde, les gouvernements rivalisent d'imagination pour inciter les gens à se faire vacciner, allant même jusqu'à organiser des loteries.

C'est le cas du Manitoba, qui vient de lancer une loterie dans le cadre de laquelle 2 millions de dollars seront distribués en argent et en bourses d'études. Qui peut y participer? Tous les Manitobains âgés de plus de 12 ans, à condition, bien sûr, d'accepter de se faire vacciner contre la COVID-19. 

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À l'ouest de la frontière, le Nouveau Parti démocratique, qui forme l'opposition en Saskatchewan, avait proposé lundi une loterie de 25 000$ pour tous les résidents entièrement vaccinés. Selon le chef néo-démocrate, ce lot équivaudrait au coût de l'admission d'un patient atteint de la COVID-19 dans une unité de soins intensifs. Le gouvernement a toutefois refusé la proposition. 

Le Canada n'est pas le seul pays où cette idée de loterie fait du chemin. En Ohio, aux États-Unis, où la campagne de vaccination avait commencé à stagner, une loterie a été mise sur pied. Depuis, trois personnes ont mis la main sur un gros lot de 1 million de dollars. En Californie, 15 personnes ont remporté des prix de 50 000$. Encore là, il suffisait de se faire vacciner pour participer. 

Alors que Québec multiplie les efforts pour inciter les 18 à 40 ans à aller se faire vacciner, une telle loterie serait-elle une solution? Des experts en doutent. 

Un consentement libre et éclairé      

Pour le Dr François Marquis, une loterie pour promouvoir la vaccination pose problème sur le plan déontologique. 

«D’un point de vue médical, ça ne devrait pas faire partie des bonnes motivations. Comme un traitement de base, il y a une gêne déontologique. Ça va contre le concept du consentement libre et éclairé. C’est comme si je choisissais entre l’opération A et B et que je te donnais 10 000$, ce n’est plus un consentement libre et éclairé», explique le chef des soins intensifs de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui reconnaît néanmoins qu'une telle mesure pourrait faire augmenter le taux de vaccination. 

Le Dr François Marquis

Photo courtoisie

Le Dr François Marquis

«On va attirer les gens qui ont définitivement besoin d’argent. C’est le même débat aux États-Unis, où ils paient pour les dons de sang, alors qu’ici, c’est quelque chose de bénévole. Ici, on ne veut pas attirer ou forcer les gens à aller donner du sang, car ils ont besoin d’argent», ajoute-t-il.

De la sensibilisation plutôt qu'une loterie   

Même si de tels incitatifs peuvent convaincre certaines personnes de se faire vacciner, Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École nationale de santé publique de l’Université de Montréal, croit, elle aussi, que l'idée d'organiser une loterie devrait être exclue par Québec. «Ce sont des choses qui fonctionnent, malheureusement, mais j’espère qu’on n’en arrivera pas là», mentionne-t-elle. 

Roxane Borgès Da Silva

Courtoisie

Roxane Borgès Da Silva

Selon elle, il faut plutôt continuer de sensibiliser et multiplier les cliniques de vaccination éphémères. 

L'épidémiologiste Nimâ Machouf propose quant à elle d'organiser plus de campagnes dans les communautés culturelles où le taux de vaccination est faible, en utilisant mieux les instances locales, comme les écoles et les centres communautaires. 

Nimâ Machouf

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Nimâ Machouf

Elle ne voit d'ailleurs pas l'utilité d'une loterie. «Je ne trouve pas que ce genre de chose soit nécessaire. Il y a déjà un engouement de la part de la population», souligne Nimâ Machouf. 

Plutôt que de donner de l'argent aux gens pour qu'ils aillent se faire vacciner, il vaudrait mieux utiliser ses fonds en publicité, ajoute-t-elle. 

Il ne faut rien exclure   

Le Dr Guy Boivin croit pour sa part que rien ne devrait être exclu pour convaincre un maximum de gens de se faire inoculer contre la COVID-19. 

«Si on peut avoir des incitatifs pour se faire vacciner, et particulièrement les jeunes, pour qu’ils répondent à l’appel, en autant que ça reste dans le domaine du légal, on ne doit rien exclure», estime le professeur titulaire au Département de microbiologie-immunologie et infectiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. 

Photo Stevens LeBlanc

Le Dr Boivin souhaiterait néanmoins que le gouvernement se tourne vers des mesures moins coûteuses, comme la présence de DJ dans les centres de vaccination. 

Et qu'en pense le gouvernement?    

Le ministère de Santé et des Services sociaux (c) indique qu'il «évalue toutes les possibilités pour promouvoir la vaccination et n'élimine aucune option». 

«Nous avons fait le choix de cibler davantage les 25-45 ans dans notre publicité télé, notamment parce qu’on sait que le taux d’intention est un peu plus bas pour eux. Les moyens de communication seront assez variés: télé, radio, imprimé, web, médias sociaux...», nous a fait savoir le MSSS. 

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